Société Arts & culture Sports Chroniqueurs Concours Annonces Classées

  CHRONIQUEURS / L'Agora

Enfin, un pilote dans l’avion !

 Imprimer   Envoyer 
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi 14 janvier 2026

Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve que cela fait du bien de voir notre conseil de ville à Sherbrooke travailler dans le calme et la sérénité. Depuis son élection, madame Marie-Claude Bibeau a pris un certain nombre de positions qui tranchent avec le cirque auquel nous avons eu droit au cours du règne mouvementé de l'ex-mairesse Évelyne Beaudin. Elle a tenu parole sur le taux de taxation et elle a maintenu, malgré les défis financiers énormes, un taux de hausse à 2,77 % soit bien en deçà du taux promis par madame Bibeau de 3 % durant la dernière campagne électorale. Par ailleurs, celle-ci n'a pas tardé à mettre son pied à terre eu égard au dossier de l'aéroport de Sherbrooke qui a fait l'objet d'un rapport d'enquête troublant de la part de la Commission des affaires municipales du Québec. Bien sûr, vous me direz qu'il est bien tôt pour faire le bilan d'une administration qui vient à peine d'arriver à l'hôtel de ville, je suis d'accord. Néanmoins, on peut féliciter la nouvelle mairesse d'avoir su établir un climat plus serein pour les débats au conseil de ville malgré la présence d'un parti d'opposition qui continue de réclamer du financement malgré les avis discordants du ministère et des avis juridiques. Chose certaine, le début du mandat de Marie-ClaudeBibeau est encourageant malgré les énormes défis qui se posent à notre ville.

Les grands défis de l'administration de Marie-Claude Bibeau

Il y a d'abord les investissements nécessaires au maintien de nos actifs parmi lesquels figure le dossier de la station d'épuration des eaux. Madame Bibeau répond présente dans son budget en y investissant 67 % de tous les investissements de la Ville pour l'année qui vient. Il faut ici rappeler que Sherbrooke comme toutes les villes du Québec souffre d'un immense déficit dans le maintien de ses infrastructures qui se chiffre à 1,5 milliard de dollars. Des représentations seront nécessaires auprès des gouvernements du Québec et du Canada. Nos gouvernements ne peuvent laisser les villes aux prises avec de tels déficits d'infrastructures sans poser des actions énergiques pour aider notamment Sherbrooke à s'adapter aux changements climatiques.

Un autre défi qui attend l'administration de la mairesse Bibeau c'est la réduction des dépenses qui commence par une rationalisation de la main-d'œuvre. Sous l'administration précédente, on a multiplié les embauches. Dans les quatre dernières années, 289 postes ont été créés. Pour madame Bibeau, comme elle l'a dit au cours de sa campagne électorale et répété au soir du budget cela était démesuré. Voilà pourquoi son objectif pour la première année est de n'avoir aucune augmentation de postes permanents et elle promet une réflexion en profondeur sur cette question pour les années qui viennent.

Le plus grand défi de tous est bien entendu est la mise à niveau de l'usine de traitement des eaux qui nécessitera à elle seule plus de 100 millions d'investissements. Sur ce sujet particulier, il est évident que la Ville de Sherbrooke doit faire des représentations auprès de Québec afin d'obtenir de l'aide pour la mise à niveau de cette infrastructure essentielle à sa qualité de vie et à son développement.

 

Bien sûr, la question du logement et de l'itinérance est une priorité urgente. La preuve c'est que le budget de cette année prévoit un investissement de 10 millions de dollars pour le développement de l'offre de logement abordable. Par ailleurs, une somme de 1,5 million de dollars a été réservée pour l'acquisition possible d'un immeuble pour un éventuel projet d'habitation concernant l'itinérance. Il n'y a pas à en douter, l'assiette de notre conseil est pleine pour la prochaine année. Nonobstant, il y a aussi le développement économique pour lequel notre ville doit se préoccuper et au premier chef la question de l'aéroport de Sherbrooke.

L'aéroport de Sherbrooke

Aussi loin que je puisse me souvenir, l'aéroport de Sherbrooke a toujours fait l'objet de débat à Sherbrooke et en Estrie. Depuis sa création, l'aéroport de Sherbrooke est au cœur de débats récurrents, parfois passionnés, souvent polarisants. La localisation, la vocation, la pertinence d'une liaison aérienne avec Montréal, les tentatives avortées de connexions vers Toronto ou Boston, et plus récemment les controverses entourant sa gestion ont contribué à nourrir un scepticisme durable dans l'opinion publique. Pourtant, derrière ces échecs successifs et ces querelles politiques se posent une question fondamentale : Sherbrooke peut-elle réellement se permettre de renoncer à toute ambition en matière de transport aérien régulier, alors qu'elle demeure l'une des seules villes de sa taille au Québec sans lien aérien structuré ? Je crois que c'est une tâche importante pour Marie-Claude Bibeau que de doter Sherbrooke d'un lien aérien vers Montréal. Dès l'origine, l'aéroport de Sherbrooke a souffert d'un déficit de consensus. Sa localisation, éloignée du centre urbain et mal connectée par le transport collectif, a été perçue comme un handicap structurel. Contrairement à d'autres villes de taille comparable - Saguenay, Québec, même Rouyn-Noranda - Sherbrooke n'a jamais réussi à faire de son aéroport un véritable outil de développement régional. À cela s'ajoute une ambiguïté persistante sur sa mission : aéroport commercial, plateforme d'affaires, infrastructure de formation aéronautique, ou simple équipement de loisir ? Cette absence de vision claire a fragmenté les investissements et affaibli la crédibilité du projet auprès des transporteurs aériens.

Une liaison aérienne Sherbrooke-Montréal ?

Sur papier, une liaison aérienne entre Sherbrooke et Montréal semble évidente. Deux pôles économiques, universitaires et hospitaliers majeurs, séparés par environ 150 kilomètres. Des flux constants de gens d'affaires, d'étudiants, de chercheurs, de patients et de touristes. Pourtant, cette liaison a toujours été la plus difficile à justifier économiquement. Le principal obstacle tient à la concurrence directe du transport terrestre. L'autoroute 10 permet de relier Sherbrooke à Montréal en un peu plus de deux heures dans de bonnes conditions. À cela s'ajoutent les services d'autobus interurbains et, plus récemment, une amélioration de la connectivité numérique qui réduit certains déplacements professionnels. Dans ce contexte, l'avion ne peut pas rivaliser sur le prix ou la simplicité. Les temps de déplacement porte-à-porte, une fois intégrés les contrôles, l'embarquement et les transferts aéroportuaires, annihilent souvent l'avantage du temps de vol. Les tentatives précédentes de dessertes aériennes - que ce soit vers Montréal, Toronto ou Boston - ont laissé des traces. Elles ont créé un réflexe de méfiance chez les décideurs publics et les investisseurs. Chaque échec est venu renforcer l'idée que « Sherbrooke n'est pas viable » sur le plan aérien, sauf en 2013, une entente avec Air Canada avait été conclue qui permettait à Sherbrooke d'avoir un lien avec l'aéroport Trudeau. Cette entente a été torpillée par le ministre des Transports de l'époque Denis Lebel du gouvernement Stephen Harper.

Il serait donc réducteur de conclure que l'échec était inévitable. Il s'agissait davantage d'un problème de volonté politique que d'une condamnation géographique. Sherbrooke est aujourd'hui une agglomération de plus de 200 000 habitants, dotée de deux universités, de centres de recherche reconnus, d'un pôle de santé majeur et d'un tissu entrepreneurial dynamique. Pourtant, elle demeure pratiquement absente des réseaux aériens.

 

Cette situation entraîne plusieurs conséquences :

  • Perte d'attractivité pour les sièges sociaux et les entreprises à vocation internationale ;
  • Difficultés accrues pour le recrutement de talents étrangers ;
  • Dépendance excessive à Montréal pour l'accès aux réseaux mondiaux ;
  • Image de périphérie, voire de marginalité, dans un Québec pourtant très centralisé.

Dans une économie du savoir et de la mobilité rapide, l'absence de lien aérien devient un frein stratégique, même si son utilité n'est pas quotidienne pour la majorité de la population.

Reprendre les débats sur de bonnes bases

Les débats récents sur la gouvernance et la gestion de l'aéroport - qu'ils soient fondés ou exagérés - ont ravivé la méfiance citoyenne. Ils soulignent un problème plus profond : le manque de transparence et de reddition de comptes autour d'une infrastructure publique dont la mission reste floue. Cependant, ces controverses doivent être vues comme un symptôme plutôt qu'une cause. Lorsqu'un équipement public n'a pas d'objectifs clairs, chaque décision devient suspecte, chaque investissement est perçu comme un gaspillage potentiel.

Sans vision partagée, la gestion ne peut qu'être contestée. La question qui se pose aujourd'hui est la suivante : une liaison aérienne Sherbrooke-Montréal est-elle encore d'actualité ? La réponse courte est oui, mais à certaines conditions très précises.

D'abord, il faut accepter que la liaison Sherbrooke-Montréal ne puisse pas être conçue comme une ligne aérienne traditionnelle. Elle ne doit pas viser le grand public ni chercher à concurrencer l'automobile.

Elle doit plutôt être pensée comme :

  • Un outil de connectivité stratégique ;
  • Une extension régionale des hubs aéroportuaires montréalais ;
  • Un service ciblé pour des clientèles spécifiques.

L'avenir d'un lien aérien Sherbrooke-Montréal passe par un modèle de petits appareils, à haute fréquence, avec une intégration fluide aux vols internationaux et transcontinentaux.

Ce modèle existe ailleurs :

  • Vols régionaux subventionnés en Europe ;
  • Liaisons feeder vers des hubs majeurs ;
  • Partenariats public-privé axés sur le développement économique plutôt que le profit immédiat.

Dans cette logique, le succès ne se mesure pas uniquement en billets vendus, mais en retombées indirectes : investissements, emplois, rayonnement. Une telle liaison ne peut fonctionner sans l'engagement ferme des grands acteurs de Sherbrooke :

  • Universités ;
  • Centres hospitaliers ;
  • Grandes entreprises ;
  • Gouvernements locaux et provincial.

Si ces institutions s'engagent contractuellement à utiliser le service, à y transférer une partie de leurs déplacements, la masse critique devient atteignable.

Autrement dit, il faut créer la demande avant d'offrir la ligne, et non l'inverse.

Enfin, l'avenir du lien aérien avec Montréal dépendra de la capacité de Sherbrooke à repenser son aéroport non pas comme un symbole identitaire ou un projet politique, mais comme un outil fonctionnel, sobre et intégré.

Cela implique :

  • Une gouvernance professionnelle et transparente ;
  • Des objectifs mesurables ;
  • Une acceptation lucide des limites du marché ;
  • Une communication honnête avec la population.
L'aéroport de Sherbrooke ne sera jamais un grand aéroport commercial, et il ne doit pas chercher à l'être. Mais renoncer totalement à une connectivité aérienne minimale, dans un monde où les réseaux comptent plus que jamais, serait une erreur stratégique. La vraie question n'est pas de savoir si Sherbrooke mérite un lien aérien avec Montréal, mais quel type de lien, pour quels usages, et à quel coût collectif acceptable ? Tant que le débat restera prisonnier des échecs passés et des querelles de gestion, aucune solution durable n'émergera. Mais si la région accepte de repenser son ambition à la bonne échelle, alors oui : un avenir aérien, modeste, mais structurant, demeure possible pour Sherbrooke. C'est pour cela qu'il faut se réjouir d'avoir enfin un pilote dans l'avion...

  A LIRE AUSSI ...

Le père Noël existe, nous l’avons inventé !

Mercredi 24 décembre 2025
Le père Noël existe, nous l’avons inventé !
L’amitié au soleil !

Mercredi 7 janvier 2026
L’amitié au soleil !
Se remémorer notre sens critique...

Mercredi 17 décembre 2025
Se remémorer notre sens critique...
NOS RECOMMANDATIONS
La 44e édition du Novice-O-Rama débute à Sherbrooke

Jeudi 8 janvier 2026
La 44e édition du Novice-O-Rama débute à Sherbrooke
Miha Fontaine et Marion Thénault : deux quatrièmes places en Coupe du monde Ski acrobatique

Jeudi 8 janvier 2026
Miha Fontaine et Marion Thénault : deux quatrièmes places en Coupe du monde Ski acrobatique
L’amitié au soleil !

Mercredi 7 janvier 2026
L’amitié au soleil !
PLUS... | CONSULTEZ LA SECTION COMPLÈTE...

 
Daniel Nadeau
Mercredi, 14 janvier 2026
Enfin, un pilote dans l’avion !

François Fouquet
Lundi, 12 janvier 2026
La police et l’urgence comme arme ultime

Chat GPT, Le sommelier du journal Estrieplus
Vendredi, 9 janvier 2026
Le Forstreiter Grüner Niederosterreich 2024

Yves Nantel
Jeudi, 8 janvier 2026
Aujourd’hui, on sait

Célébration 2026 : l’Estrie bien représentée au gala télévisé de Loto-Québec Par Martin Bossé Vendredi, 9 janvier 2026
Célébration 2026 : l’Estrie bien représentée au gala télévisé de Loto-Québec
Clic école : le CSSRS facilite le suivi scolaire des élèves Par Martin Bossé Mardi, 6 janvier 2026
Clic école : le CSSRS facilite le suivi scolaire des élèves
Aujourd’hui, on sait Par Yves Nantel Jeudi, 8 janvier 2026
Aujourd’hui, on sait
Les spectacles à voir en janvier 2026 en Estrie Par Martin Bossé Mardi, 6 janvier 2026
Les spectacles à voir en janvier 2026 en Estrie
Une transformation majeure de l’aide alimentaire à Coaticook Par Martin Bossé Jeudi, 8 janvier 2026
Une transformation majeure de l’aide alimentaire à Coaticook
Notre histoire en archives - Show de boucane : les hauts et les bas du tabac Par Bibliothèque et Archives nationales du Québec Mardi, 6 janvier 2026
Notre histoire en archives - Show de boucane : les hauts et les bas du tabac
ACHETEZ EstriePlus.com
bannières | concours | répertoire web | publireportage | texte de référencement | site web | vidéos | chroniqueur vedette
2026 © EstriePlus.com, tous droits réservés | Contactez-nous