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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Les yeux encore un peu collés


4 juin 2012
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J'ai fait une petite pause. Deux semaines, pour être précis.

À mon retour, je sens bien que l'actualité s'est écrite quand même. Dans ce qu'il est convenu d'appeler le conflit étudiant, Monsieur Charest s'est choqué, il s'est assis, s'est relevé et a finalement mis fin aux négociations. Il disait ceci, essentiellement : on a compris le message des étudiants. Ils en veulent à Jean Charest et ils ont comblé leur déficit d'attention. Maintenant, qu'ils arrêtent de déranger tout le monde, il y aura des élections dans un horizon de 18 mois.

Tout ça n'est, à ses yeux, qu'une petite anecdote. Un accroc mineur dans l'histoire du Québec.

J'en doute.

J'ai l'impression que, lentement, on se réveille après une nuit de sommeil qui aura duré trente ans. Après 1982, l'année où les taux d'intérêt ont flirté avec les 20 % sur les hypothèques, on s'est dit, collectivement, que la crise était finie. Que tout ça était derrière. Rassurés, on a appuyé sur l'accélérateur. Vraiment fort.

Les mêmes citoyens qui, dans les années 1970, rêvaient d'une collectivité meilleure sont tombés dans un cycle de vie basé sur le chacun-pour-soi. L'idée nouvelle était de se créer une bulle confortable dans laquelle la réussite se mesurait par l'obtention de biens matériels.

Dans les faits, depuis 1980, les salaires ont doublé. Et les dépenses de base ont quadruplé. Comment se fait-il que ça fonctionne encore? Le crédit. Lors de la crise de 1982, le Québécois moyen disposait d'un bas de laine. Il n'en a plus. Au contraire, il fait partie de la classe nord-américaine des citoyens hyperendettés.

Ce sommeil des trente dernières années a fait en sorte qu'on a délaissé complètement la chose politique. On était animés d'un grand bof collectif. Pas dupes, les politiciens ont navigué, au gré des sondages, et se sont partagé le pouvoir. Avec, plus ou moins, la même attitude : au fil des trente dernières années, ils ont fait en sorte que la dette collective a augmenté de façon vertigineuse. Au même rythme, finalement, que la dette individuelle. Les deux dettes additionnées (il n'y a qu'un payeur, en bout de piste...) ont de quoi faire fuir n'importe quel bailleur de fonds! En d'autres mots, nous sommes techniquement en faillite.

Ce matin, j'entends la chanson d'Alpha Rococo qui dit : rendors-toi, ce n'est pas encore la fin de ce monde... Ça fait trente ans qu'on nous dit de nous rendormir. Que tout ira mieux demain.

Cette année, c'est le bout du bout : augmentation d'un point de TVQ, taxe spéciale sur l'essence, taxe universelle sur les soins de santé et augmentation des frais de scolarité. Tout ça pendant que le vérificateur général nous dit que le modèle, aussi créatif soit-il en terme de comptabilité, ne balance plus : les dépenses ne sont pas contrôlées et les abus se multiplient.    

Je peux comprendre qu'on en veuille aux étudiants. Par le biais des médias sociaux, plusieurs ont multiplié les insultes envers eux. D'autres crient à l'attaque socialiste. Plusieurs accusent les étudiants d'être de vulgaires enfants-roi. En fait, ils sont les enfants d'un roi en faillite. Les enfants qui, eux, n'auront pas accès au royaume paternel.

Revoir les dépenses de l'État, c'est comme faire une planification stratégique dans une entreprise : il ne s'agit pas de tout jeter à la poubelle, il s'agit de revoir nos priorités. De se demander ce qu'il faut faire avec les deniers publics. Et que ceux qui craignent pour leur fortune (lire réussite personnelle) soient rassurés : ce n'est pas demain la veille qu'elle va disparaître...

 Chaque insulte, chaque menace, chaque explication sur le fait que tout coûte cher et qu'il faut payer, tout ça se résume en une expression: rendors-toi.

Pour moi, la désobéissance civile ne devrait pas avoir lieu. En démocratie, le mode d'expression est une élection. Je m'attends de notre chef d'État  qu'il nous dise : « Je perçois, dans tout ce débat, un vaste questionnement sur les manières de faire les choses. J'en prends acte. Je suspends l'augmentation des frais de scolarité pour l'instant. Mais, comme je crois au modèle que je propose, j'en fais un enjeu aux élections qui se dérouleront dans les plus brefs délais. » Dix-huit mois, c'est neuf fois trop long...

Ce qu'on vit présentement n'est pas une anecdote nounoune de bébés gâtés. Et qu'on ne se leurre pas : si la majorité des gens sondés sont pour la fin de la grève étudiante, c'est par allergie aux conflits et non parce que tout le monde appuie fermement la gouvernance globale du gouvernement Charest.

Frapper et insulter les étudiants, c'est comme en vouloir à toutes les poules parce qu'on est allergique aux œufs.

Le réveil est lent. On a encore les yeux collés. Mais il faut les garder ouverts...

Clin d'œil de la semaine

Je m'attends, d'un jour à l'autre, à ce qu'une Brigitte Bardot débarque et revendique le droit des casseroles à ne pas être tabassées...


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