Les politiciens multiplient cette affirmation : « le
vrai sondage, c'est l'élection! »
La question peut devenir harassante, quand on s'y arrête.
Une personne candidate se lance dans une course, propose des idées et des
concepts et se fait demander, au jour 4 de la campagne, de commenter son
positionnement dans les sondages d'opinion.
« Le vrai sondage, c'est l'élection ». Trop facile
de les accuser, par cette réponse, de sortir la « cassette »!
Sol disait : « on prend des sons de vieux et des
sons de jeunes et on a des sons d'âges... »
Sol est bâti pour l'oral. À l'écrit, c'est autre chose!
La question du jour des Coops de l'information, dimanche,
veille des élections était : « Que pensez-vous des sondages en
période électorale? ». Bonne question!
Parmi les réponses proposées : « il y a trop de
sondages »
Ma blonde et moi sommes d'accord : il y en a trop.
La réponse est sortie vite. Un ressenti. Mais c'est le genre
de question qui suscite quand même la réflexion.
Les sondages influencent le public, sûrement, un peu. Il
peut faire sortir le vote si on sent que c'est serré pour la personne qu'on choisit.
Ou ça peut envoyer le message que ça ne donne rien d'y aller, puisque tout est
joué.
Ça peut aussi favoriser une sorte de vote stratégique. Cette
notion est quand même un peu floue du fait que son application dépend d'un
mouvement massif dans le même sens pour réussir, ce qui n'est pas évident à
provoquer.
Au-delà de tout ça, ça influence les déclarations des chefs
de parti. Leur but est de gagner. La tentation est donc forte de chercher à
plaire au plus grand nombre, quitte à se distancer de l'offre globale
initiale.
Cela rend la joute plus simple pour Éric Duhaime, par
exemple. Il sait qu'il ne formera pas le prochain gouvernement. Il peut donc
jouer à contresens des autres. Son discours changera probablement si, lors des
prochaines élections, il y a une option de prendre le pouvoir.
Ce qui me titille le plus des sondages, au-delà du trop grand
nombre de propositions, c'est cette façon de devenir des
« influenceurs » des campagnes. Les moyens informatisés, les
croisements menés en quelques secondes par l'IA, la précision des connaissances
des gens qui répondent, voilà autant de progrès techniques qui viennent rendre
les données très pointues.
Le calcul des probabilités et des spéculations n'a jamais
été aussi facile, efficace et, à la limite, ratoureux...
Prévoir une vague d'une telle tendance plutôt qu'une autre
est une façon de mobiliser les gens.
L'humain est bien dans une vague où il peut se fondre.
Évidemment, ça peut stimuler les tenants des autres options,
mais l'effort est alors plus grand.
Il me semble plus évident que jamais que François Legaut a
géré les accomplissements de ses deux mandats selon les variations proposées
par les sondages.
S'il est vrai qu'un modèle de société doit recevoir une
minimale acceptabilité sociale pour être viable, il est aussi vrai que
l'acceptabilité peut être grandement encouragée ou découragée par les sondages.
Pour moi, un point demeure : si on modifie le modèle de
société au fur et à mesure des sondages, on n'arrivera jamais à un résultat
optimal.
Un point demeure.
Le résultat des élections est un vrai sondage. Le seul qui
compte, au final. Et, par définition, les électeurs votent sous influence.
Influencés par leurs convictions, les promesses ou les sondages prédisant ceci
ou cela.
Bon alors, voici : je vais aller voter à pied. Ça me
donnera le temps de penser à tout ça!
Clin d'œil de la semaine
À la maison, ma blonde et moi avons adopté la joute
démocratique. Quand un différend se présente entre nous deux, on y va d'un
référendum. Simple !