Notre histoire en archives : Le parc Antoine-Racine, un lieu de
mémoire
Par Geneviève Leblanc, stagiaire à Bibliothèque et Archives nationales
du Québec
Dans le cœur urbain de Sherbrooke, le parc
Antoine-Racine offre un espace paisible qui a longtemps été riche de sens pour
la communauté locale. Situé dans le quartier sud, bordé par les rues Gillespie,
Ball et Brooks, ce parc représente bien plus qu'un simple espace vert : il
constitue le poumon du quartier, un lieu de respiration au milieu des maisons
ouvrières.
Le point d'ancrage d'une communauté : Monseigneur
Antoine Racine

Monseigneur
Antoine Racine, vers 1890. Archives nationales à Québec, fonds J. E. Livernois
Ltée (P560, S2, D1, P1102). Photo : J. E. Livernois.
En décembre 1890, le terrain est cédé à la
municipalité par la British American Land Company, une entreprise foncière
importante dans le développement de Sherbrooke. Les autorités municipales
cherchent à aménager des espaces publics pour améliorer la qualité de vie des
habitants, notamment dans les quartiers populeux de la ville. Le parc est
officiellement créé en 1891.
Le parc est nommé en l'honneur d'Antoine Racine, une
figure religieuse importante dans l'histoire de la ville de Sherbrooke. Antoine
Racine (1822-1893) est curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste à Québec depuis
21 ans lorsqu'il est nommé premier évêque du diocèse de Sherbrooke en 1874. Figure
clé du développement religieux et social des Cantons-de-l'Est, il a favorisé
l'implantation de nombreuses communautés religieuses afin de renforcer la
présence catholique dans la région, par exemple les Sœurs de la Présentation de
Marie à Coaticook, les Frères du Sacré-Cœur à Sherbrooke et les Ursulines à
Stanstead. Il a également contribué à la fondation de la Société de
colonisation de Sherbrooke en 1881, qui a favorisé l'installation de
francophones catholiques dans des cantons dont le profil était alors majoritairement
anglophone et protestant.
Au cœur de l'urbanité

Extrait
de la planche Topo 21E05-010-2409 illustrant le parc Racine, Ville de
Sherbrooke, Services techniques, Division de l'arpentage, vers 1972. Collections de BAnQ (0005069936).
Avec l'autorisation de la Ville de Sherbrooke.
Le plan du secteur permet de mieux comprendre
l'organisation du parc et son intégration dans le tissu urbain de Sherbrooke.
Le parc Antoine-Racine est aménagé à la rencontre de la
rue Ball avec les rues Gillespie et
Brooks. L'école du Sacré-Cœur, qui veille à l'éducation des garçons, trône en
maître à l'intersection. Le parc est principalement bordé par des immeubles de
style « grande boîte carrée » de deux ou trois étages et par des
maisons en rangées permettant de loger densément plusieurs familles d'ouvriers.
Quelques logis de style vernaculaire américain de deux étages et demi et quelques-uns
de style Queen Anne, reconnaissables à leurs tourelles, ajoutent du relief à
l'ensemble du quartier.
D'ailleurs, comme en témoigne le bottin d'adresses de 1902-1903
ci-dessous, les habitants de ce quartier sont majoritairement des gens de
métiers d'origine canadienne-française. On y trouve notamment des machinistes,
des charpentiers, des charretiers, des peintres, des plombiers, des
ferblantiers, des mouleurs...

Extraits des résidents des rues Gillespie, Ball et Brooks bordant
le parc Racine, Sherbrooke City Directory, for 1902-1903,Sherbrooke, J. P Royer Éditeur.
Archives nationales à Sherbrooke, fonds Freeman Clowery (P14).
À travers ce maillage serré de lots résidentiels
fortement densifié, le parc agit comme un réel poumon pour le quartier. La
présence d'un espace vert aux dimensions généreuses offre aux habitants un lieu
de détente à l'écart des usines, du bruit incessant et de la poussière.

Deux écoliers
au parc Antoine-Racine, vers 1950. Archives nationales à Sherbrooke, fonds
Jacques Darche (P5, S1, SS3, D1, P298). Photo : Catherine Bédard. À
l'arrière-plan, maisons en rangée de quatre unités donnant sur le parc, au
168-178 de la rue Gillespie, dotées d'une belle ornementation de toit.

Le parc Racine de
Sherbrooke sous la neige, 1967. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques
Darche (P5, S2, SS6, D1965B). Photo : Jacques Darche. À l'arrière-plan,
les tourelles des domiciles 182 et 181 bordant la rue Brooks.
Paysages et aménagements du parc
Au fil du temps, le parc Antoine-Racine connaît
plusieurs transformations qui modifient progressivement son aménagement et son
apparence. Vers 1930, on y trouve notamment un court de tennis ainsi qu'un
kiosque à musique où les fanfares locales donnent des concerts durant l'été.
Ces activités attirent les habitants du quartier et contribuent à faire du parc
un lieu animé et rassembleur.
En 1935, la Commission des parcs de Sherbrooke
entreprend une réorganisation importante de l'espace. Des parterres de fleurs
sont installés, tandis que des allées en forme de croix organisent la
circulation des visiteurs. Un escalier d'accès est également aménagé pour
faciliter l'entrée dans le parc. Au centre, un étang artificiel agrémenté d'une
fontaine devient un élément central du paysage. Cet étang est alimenté par
l'ancien ruisseau, dont l'eau descend en cascade vers le cœur du parc.
La présence de cette fontaine et des aménagements
paysagers confère au lieu une atmosphère paisible et presque méditative. L'eau
en mouvement, les arbres et les espaces fleuris créent un environnement propice
à la promenade, à la détente et à la contemplation.

Grace
Caron devant une fontaine du parc Antoine-Racine, 1941. Archives nationales à
Sherbrooke, fonds famille Poulin (P7, S4, D1,P17). Photographe non identifié. À
l'arrière-plan, l'école du Sacré-Cœur et le domicile à tourelle du 237, rue
Ball.

Grace
Caron sur des escaliers de pierre au parc Antoine-Racine, 1941. Archives nationales
à Sherbrooke, fonds famille Poulin (P7, S4, D1, P43). Photographe non
identifié. À l'arrière-plan, la
tourelle et la toiture du 237, rue Ball.

Grace
Caron devant la cascade enrochée du parc Antoine-Racine, 1941. Archives
nationales à Sherbrooke, fonds famille Poulin (P7, S4, D1, P26). Photographe
non identifié. À l'arrière-plan, appartements de la rue Gillespie.

Hélène
Bédard assise sur un banc près du bassin du parc Antoine-Racine, vers 1944. Archives
nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S1, SS3, D1, P228). Photographe
non identifié.
Un lieu de socialisation
Le parc Antoine-Racine est un lieu de socialisation
pour les habitants du quartier. Depuis sa création, il accueille familles,
couples et groupes d'amis qui viennent s'y retrouver pour profiter d'un moment
de tranquillité.
Les promenades, les rencontres informelles, les
pique-niques ou simplement le fait de s'asseoir sur un banc pour discuter
participent à la vie quotidienne du parc. Ce lieu de rencontres simples et
spontanées joue un rôle essentiel dans la création de liens entre les résidents
et entre les générations.
Aujourd'hui encore, dans un contexte urbain où les
rythmes de vie sont de plus en plus rapides, les parcs de quartier comme
Antoine-Racine demeurent des espaces précieux. Ils offrent aux citoyens un lieu
accessible où se rencontrer, se reposer et profiter d'un moment de calme au
cœur de la ville.

Couple
sur un pont de bois, vers 1942. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques
Darche (P5, S1, SS3, D1, P102). Photographe non identifié. À l'arrière-plan,
les logis 175-185 et 189-193 de la rue Gillespie.

La
famille Darche, vers 1943. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques
Darche (P5, S1, SS3, D2, P4). Photographe non identifié. À l'arrière-plan, l'école
du Sacré-Cœur (à gauche) et le domicile à tourelle du 237, rue Ball.

Couple
au parc Antoine-Racine, vers 1945. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Sydney Guillotte
(P1009). Photographe non identifié. À l'arrière-plan, les maisons en rangée
203-215 de la rue Ball ainsi que le domicile de style néo-Tudor du 144, rue
Brooks (coin Ball).
Un lieu historique à redécouvrir
Le parc Antoine-Racine est un lieu chargé d'histoire,
situé dans un quartier ancien de Sherbrooke. Né du désir des citoyens de
disposer d'un espace vert, façonné par différents aménagements au fil des
décennies et marqué par la mémoire d'une figure importante de la région, il
témoigne de l'évolution de la ville et de ses espaces publics.
Aujourd'hui, ce parc mérite d'être davantage mis en
valeur. Rappeler son histoire et son rôle dans la vie du quartier permet de
redécouvrir ce lieu et de reconnaître son importance dans le patrimoine urbain
et social de Sherbrooke.
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Archives nationales à Sherbrooke
225, rue Frontenac, bureau 401
819 820-3010, poste 6330
archives.sherbrooke@banq.qc.ca
Centre d'archives Mgr-Antoine-Racine (19 octobre 2021). Nos prêtres
dans le paysage sherbrookois : Mgr Antoine Racine [site Web]. Consulté
le 9 mars 2026. https://www.archivesmgrracine.org/diffusion/2021/10/19/nos-pretres-dans-le-paysage-sherbrookois-la-toponymie-et-patrimoine-religieux/
KESTEMAN, Jean-Pierre, Guide historique du Vieux Sherbrooke, Sherbrooke,
La Société d'histoire de Sherbrooke, 1985, 271 p.
KESTEMAN, Jean-Pierre, Histoire de Sherbrooke, vol. 3 : La
ville de l'électricité et du tramway (1897-1929), Sherbrooke, G.G.C.
Éditions, 2002, 292 p.
KESTEMAN, Jean-Pierre, « La condition urbaine vue sous l'angle de la
conjoncture économique : Sherbrooke, 1875 à 1914 », Revue d'histoire urbaine,
no1, vol.12, 1983, p.11-28. https://www.erudit.org/fr/revues/uhr/1983-v12-n1-uhr0862/1018993ar.pdf
LAVALLÉE, Jean-Guy, «
Monseigneur Antoine Racine, premier Évêque de Sherbrooke (1874-1893) », Sessions
d'étude - Société canadienne d'histoire de l'Église catholique, vol. 33, 1966,
p. 31-39. https://www.erudit.org/fr/revues/sessions/1966-v33-sessions1829295/1007319ar.pdf