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Notre histoire en archives : Le parc Antoine-Racine, un lieu de mémoire

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Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives nationales du Québec Par Bibliothèque et Archives nationales du Québec
archives.sherbrooke@banq.qc.ca
Mardi 2 juin 2026

Notre histoire en archives : Le parc Antoine-Racine, un lieu de mémoire 

Par Geneviève Leblanc, stagiaire à Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Dans le cœur urbain de Sherbrooke, le parc Antoine-Racine offre un espace paisible qui a longtemps été riche de sens pour la communauté locale. Situé dans le quartier sud, bordé par les rues Gillespie, Ball et Brooks, ce parc représente bien plus qu'un simple espace vert : il constitue le poumon du quartier, un lieu de respiration au milieu des maisons ouvrières.  

Le point d'ancrage d'une communauté : Monseigneur Antoine Racine

Monseigneur Antoine Racine, vers 1890. Archives nationales à Québec, fonds J. E. Livernois Ltée (P560, S2, D1, P1102). Photo : J. E. Livernois.

En décembre 1890, le terrain est cédé à la municipalité par la British American Land Company, une entreprise foncière importante dans le développement de Sherbrooke. Les autorités municipales cherchent à aménager des espaces publics pour améliorer la qualité de vie des habitants, notamment dans les quartiers populeux de la ville. Le parc est officiellement créé en 1891.

Le parc est nommé en l'honneur d'Antoine Racine, une figure religieuse importante dans l'histoire de la ville de Sherbrooke. Antoine Racine (1822-1893) est curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste à Québec depuis 21 ans lorsqu'il est nommé premier évêque du diocèse de Sherbrooke en 1874. Figure clé du développement religieux et social des Cantons-de-l'Est, il a favorisé l'implantation de nombreuses communautés religieuses afin de renforcer la présence catholique dans la région, par exemple les Sœurs de la Présentation de Marie à Coaticook, les Frères du Sacré-Cœur à Sherbrooke et les Ursulines à Stanstead. Il a également contribué à la fondation de la Société de colonisation de Sherbrooke en 1881, qui a favorisé l'installation de francophones catholiques dans des cantons dont le profil était alors majoritairement anglophone et protestant.

Au cœur de l'urbanité

Extrait de la planche Topo 21E05-010-2409 illustrant le parc Racine, Ville de Sherbrooke, Services techniques, Division de l'arpentage, vers 1972. Collections de BAnQ (0005069936). Avec l'autorisation de la Ville de Sherbrooke.

Le plan du secteur permet de mieux comprendre l'organisation du parc et son intégration dans le tissu urbain de Sherbrooke.

Le parc Antoine-Racine est aménagé à la rencontre de la  rue Ball avec les rues Gillespie et Brooks. L'école du Sacré-Cœur, qui veille à l'éducation des garçons, trône en maître à l'intersection. Le parc est principalement bordé par des immeubles de style « grande boîte carrée » de deux ou trois étages et par des maisons en rangées permettant de loger densément plusieurs familles d'ouvriers. Quelques logis de style vernaculaire américain de deux étages et demi et quelques-uns de style Queen Anne, reconnaissables à leurs tourelles, ajoutent du relief à l'ensemble du quartier.

D'ailleurs, comme en témoigne le bottin d'adresses de 1902-1903 ci-dessous, les habitants de ce quartier sont majoritairement des gens de métiers d'origine canadienne-française. On y trouve notamment des machinistes, des charpentiers, des charretiers, des peintres, des plombiers, des ferblantiers, des mouleurs...

Extraits des résidents des rues Gillespie, Ball et Brooks bordant le parc Racine, Sherbrooke City Directory, for 1902-1903,Sherbrooke, J. P Royer Éditeur. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Freeman Clowery (P14).

À travers ce maillage serré de lots résidentiels fortement densifié, le parc agit comme un réel poumon pour le quartier. La présence d'un espace vert aux dimensions généreuses offre aux habitants un lieu de détente à l'écart des usines, du bruit incessant et de la poussière.

Deux écoliers au parc Antoine-Racine, vers 1950. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S1, SS3, D1, P298). Photo : Catherine Bédard. À l'arrière-plan, maisons en rangée de quatre unités donnant sur le parc, au 168-178 de la rue Gillespie, dotées d'une belle ornementation de toit.

Le parc Racine de Sherbrooke sous la neige, 1967. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S2, SS6, D1965B). Photo : Jacques Darche. À l'arrière-plan, les tourelles des domiciles 182 et 181 bordant la rue Brooks.

Paysages et aménagements du parc

Au fil du temps, le parc Antoine-Racine connaît plusieurs transformations qui modifient progressivement son aménagement et son apparence. Vers 1930, on y trouve notamment un court de tennis ainsi qu'un kiosque à musique où les fanfares locales donnent des concerts durant l'été. Ces activités attirent les habitants du quartier et contribuent à faire du parc un lieu animé et rassembleur.

En 1935, la Commission des parcs de Sherbrooke entreprend une réorganisation importante de l'espace. Des parterres de fleurs sont installés, tandis que des allées en forme de croix organisent la circulation des visiteurs. Un escalier d'accès est également aménagé pour faciliter l'entrée dans le parc. Au centre, un étang artificiel agrémenté d'une fontaine devient un élément central du paysage. Cet étang est alimenté par l'ancien ruisseau, dont l'eau descend en cascade vers le cœur du parc.

La présence de cette fontaine et des aménagements paysagers confère au lieu une atmosphère paisible et presque méditative. L'eau en mouvement, les arbres et les espaces fleuris créent un environnement propice à la promenade, à la détente et à la contemplation.

Grace Caron devant une fontaine du parc Antoine-Racine, 1941. Archives nationales à Sherbrooke, fonds famille Poulin (P7, S4, D1,P17). Photographe non identifié. À l'arrière-plan, l'école du Sacré-Cœur et le domicile à tourelle du 237, rue Ball.

Grace Caron sur des escaliers de pierre au parc Antoine-Racine, 1941. Archives nationales à Sherbrooke, fonds famille Poulin (P7, S4, D1, P43). Photographe non identifié. À l'arrière-plan, la tourelle et la toiture du 237, rue Ball.

Grace Caron devant la cascade enrochée du parc Antoine-Racine, 1941. Archives nationales à Sherbrooke, fonds famille Poulin (P7, S4, D1, P26). Photographe non identifié. À l'arrière-plan, appartements de la rue Gillespie.

Hélène Bédard assise sur un banc près du bassin du parc Antoine-Racine, vers 1944. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S1, SS3, D1, P228). Photographe non identifié.

 Un lieu de socialisation

Le parc Antoine-Racine est un lieu de socialisation pour les habitants du quartier. Depuis sa création, il accueille familles, couples et groupes d'amis qui viennent s'y retrouver pour profiter d'un moment de tranquillité.

Les promenades, les rencontres informelles, les pique-niques ou simplement le fait de s'asseoir sur un banc pour discuter participent à la vie quotidienne du parc. Ce lieu de rencontres simples et spontanées joue un rôle essentiel dans la création de liens entre les résidents et entre les générations.

Aujourd'hui encore, dans un contexte urbain où les rythmes de vie sont de plus en plus rapides, les parcs de quartier comme Antoine-Racine demeurent des espaces précieux. Ils offrent aux citoyens un lieu accessible où se rencontrer, se reposer et profiter d'un moment de calme au cœur de la ville.

Couple sur un pont de bois, vers 1942. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S1, SS3, D1, P102). Photographe non identifié. À l'arrière-plan, les logis 175-185 et 189-193 de la rue Gillespie.

La famille Darche, vers 1943. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S1, SS3, D2, P4). Photographe non identifié. À l'arrière-plan, l'école du Sacré-Cœur (à gauche) et le domicile à tourelle du 237, rue Ball.

Couple au parc Antoine-Racine, vers 1945. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Sydney Guillotte (P1009). Photographe non identifié. À l'arrière-plan, les maisons en rangée 203-215 de la rue Ball ainsi que le domicile de style néo-Tudor du 144, rue Brooks (coin Ball).

Un lieu historique à redécouvrir

Le parc Antoine-Racine est un lieu chargé d'histoire, situé dans un quartier ancien de Sherbrooke. Né du désir des citoyens de disposer d'un espace vert, façonné par différents aménagements au fil des décennies et marqué par la mémoire d'une figure importante de la région, il témoigne de l'évolution de la ville et de ses espaces publics.

Aujourd'hui, ce parc mérite d'être davantage mis en valeur. Rappeler son histoire et son rôle dans la vie du quartier permet de redécouvrir ce lieu et de reconnaître son importance dans le patrimoine urbain et social de Sherbrooke.

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Archives nationales à Sherbrooke
225, rue Frontenac, bureau 401
819 820-3010, poste 6330
archives.sherbrooke@banq.qc.ca

Centre d'archives Mgr-Antoine-Racine (19 octobre 2021). Nos prêtres dans le paysage sherbrookois : Mgr Antoine Racine [site Web]. Consulté le 9 mars 2026. https://www.archivesmgrracine.org/diffusion/2021/10/19/nos-pretres-dans-le-paysage-sherbrookois-la-toponymie-et-patrimoine-religieux/

KESTEMAN, Jean-Pierre, Guide historique du Vieux Sherbrooke, Sherbrooke, La Société d'histoire de Sherbrooke, 1985, 271 p.

KESTEMAN, Jean-Pierre, Histoire de Sherbrooke, vol. 3 : La ville de l'électricité et du tramway (1897-1929), Sherbrooke, G.G.C. Éditions, 2002, 292 p.

KESTEMAN, Jean-Pierre, « La condition urbaine vue sous l'angle de la conjoncture économique : Sherbrooke, 1875 à 1914 », Revue d'histoire urbaine, no1, vol.12, 1983, p.11-28. https://www.erudit.org/fr/revues/uhr/1983-v12-n1-uhr0862/1018993ar.pdf

LAVALLÉE, Jean-Guy, « Monseigneur Antoine Racine, premier Évêque de Sherbrooke (1874-1893) », Sessions d'étude - Société canadienne d'histoire de l'Église catholique, vol. 33, 1966, p. 31-39. https://www.erudit.org/fr/revues/sessions/1966-v33-sessions1829295/1007319ar.pdf

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