Dans la salle d'attente d'une clinique de santé, une dame
commente quelques nouvelles qui tournent en boucle sur le téléviseur placé là
pour divertir les patients. Les nouvelles tournent en boucle sur cette chaîne
d'information continue. « Une chance que je ne suis pas ici pour un état
dépressif! », murmure un monsieur...
La dame commente la triste situation d'une dame qui vient de
subir une augmentation de loyer de plus de 300$ mensuellement. C'est trop pour
elle. Le reportage montre le camion de déménagement qui contient maintenant
tous ses avoirs, sauf une vielle voiture. Elle n'a pas d'endroit pour dormir.
« Elle prévoit dormir dans sa voiture pour les quelques prochains
mois... » dit le déménageur qui entreposera les biens en espérant des matins
plus lumineux pour la dame.
Je ne connais pas la situation de la dame. Ni celle du
propriétaire. Rien de la situation globale, quoi!
Mais.
Mais un fait demeure : quand on a besoin de toutes nos
billes pour combler les cases nécessaires sur le jeu économique de notre vie,
la moindre secousse devient périlleuse.
La moindre...
Dans notre société organisée, riche et avant-gardiste,
comment se fait-il qu'on en soit à un tout petit pas de la précarité ? À un
tout petit pas de devoir se servir de la rue comme domicile très peu fixe?
Le fait de me savoir plus à l'abri qu'un autre ne me console
ni ne me rassure tant. Je conçois mal l'espace qui se crée entre les classes et
le désespoir qui vient combler cet espace.
Quelques minutes, on nous apprend que la terre a maintenant
un billionnaire. Bref, il vaut maintenant 1 000 milliards de dollars. Génie, puissant
manipulateur ou connard social, on s'en fout. L'heure n'est pas au diagnostic.
Ce que je sais, par exemple, c'est que dans une société dont
le dollar est l'unique unité de mesure et le véritable pouvoir, bien, c'est
beaucoup trop de dollars et de pouvoirs dans les mains d'une personne.
Que vous vénériez le génie du gars ou que vous le méprisiez
n'y change rien. Ce n'est pas une question de mérite ou quelque autre truc du
genre, c'est une question de concentration maladive de pouvoir entre les mains
d'une seule personne.
À la télé, ça n'arrête pas. On est sur le point de débuter
la grande aventure du Mondial de soccer qui se déroule, pour la première fois,
dans trois pays différents : États-Unis, Mexique et Canada.
Les deniers publics des différents paliers de gouvernement
canadiens paieront plus d'un milliard de dollars pour tenir ces matchs de
soccer. On parle de 13 matchs à 82 millions de dollars chacun.
Je sais, il y a des retombées économiques (bien que la façon
de les calculer est largement remise en question), mais quand même.
Ça me donne le goût de faire du sarcasme populiste : la
dame, dans sa voiture, bénéficiera-t-elle de ces retombées?
Je comprends très bien les fans de soccer de jubiler. La
question n'est pas là. La question est double : à qui profitera cette
orgie de dépenses faites avec de l'argent public et est-ce que c'est le rôle de
l'argent public de jouer dans ce type de scénario-là?
Le temps des choix
En octobre prochain, on aura des choix à faire.
Le mien est le suivant : avant d'entendre les soupçons
du PQ sur la corruption des libéraux, de la droitesse des conservateurs
dénoncer les gaucheries des autres et avant de dire que la CAQ s'est
complètement réinventée, en une nuit, avec les mêmes joueurs, bref, avant que
la pluie acide des insultes vienne
irriter le parapluie très usé des citoyens, j'aimerais qu'on réponde à quelques
questions.
Pour chaque parti :
- Sous votre gouvernement, à quoi servira l'argent
public? Quelle est votre position par rapport aux investissements dans de
grands projets privés et des sauvetages d'entreprises par de l'argent public?
-
Depuis au moins 40 ans, les priorités sont
l'économie, la santé et l'éducation. Au lieu de le répéter encore cette année,
quelles sont vos intentions et plans réels, sachant que les problèmes y sont
toujours?
-
Comment comblerons-nous le déficit en entretien
de nos infrastructures?
-
Pensez-vous vraiment que l'environnement est un
enjeu? Si c'est non, dites-le haut et fort. Si c'est oui, proposez des
solutions haut et fort!
- Pour votre parti, est-ce que l'accès à un
logement est un privilège ou un droit fondamental? Si c'est un privilège,
dites-le haut et fort. Si c'est un droit, déclinez vos politiques haut et
fort !
Vous vous êtes déjà demandé, chefs de parti, ce qui
expliquait qu'il y a beaucoup de satire politique dans l'air? Réponse
facile : ce sont des spécialistes en communication qui vous disent comment
contrôler le message.
Dit autrement : parler des vrais enjeux ne nous dit
rien sur la façon de s'y prendre pour les régler. Communiquer un message n'est
pas régler une situation. Réussir à entasser des noms sur la liste des patients
d'un médecin ne soigne pas tous ces gens.
La prochaine campagne sera musclée. Ne mettez pas toutes vos
énergies à vous attaquer mutuellement. Gaspiller cette énergie n'est pas
équitable quand une portion de plus en plus grande chaque année de vos
électeurs sont à bout de force et cherche de l'énergie vitale.
Pendant ce temps, plusieurs regardent anxieusement les
nouvelles dans la salle d'attente d'un service de santé...
Clin d'œil de la semaine
Bien hâte de voir si les joueurs de soccer qui jouent au
Canada et au Mexique tôt dans le tournoi devront payer un tarif Trumpien
improvisé pour
mériter de jouer aux z'États !