Le sentier du quotidien finit par prendre des airs de
routine. Routine non recherchée, la plupart du temps.
Ou pas consciemment recherchée, du moins!
Nos pas se sont adaptés à la société dans laquelle on vit
notre quotidien. Dans laquelle on baigne, littéralement. Il faut faire un
effort pour qu'il n'en soit pas autrement.
La performance guide nos pas. Même de façon inconsciente. Je
désire me rendre d'un point A à un point B. Je demeure au point A et j'ai un
rendez-vous au point B. Je connais ma ville, j'ai besoin de 15 minutes. Comme
le rendez-vous revêt une certaine importance, je m'en accorde 20. Après tout, 5
minutes, c'est quand même 33% plus de temps que ce que j'avais prévu. Voilà
donc une raisonnable et acceptable zone tampon destinée à absorber les petits
aléas d'un tracé pourtant prévisible.
Je pars donc en paix, habité par un sentiment d'avoir fait
ce que je pouvais légitimement prévoir. Un sentiment de marcher correctement
dans le sentier battu devant me mener à un rendez-vous. À la limite, comme j'ai
prévu une zone tampon équivalent à 33% du temps initial estimé, la culpabilité
d'un retard ne me reviendra pas. L'honneur est sauf. J'ai agi de façon
responsable, avec une dose appréciable de prévisibilité.
Vous me trouvez intense dans l'analyse du chemin d'un simple
rendez-vous?
L'affaire, c'est qu'il m'a fallu deux paragraphes pour
décrire ce que je crois généralement ressenti en temps réel dans notre
quotidien sans même y penser trop. Une sorte de réflexe de performance qui
vient gérer nos moindres actions.
Hors du battu, point de salut?
Il suffit parfois de peu pour sortir du battu. Du tracé
d'avance.
Un sentier battu propose évidemment des avantages certains.
Une prévisibilité rassurante et un sentiment de sécurité apaisant.
Mais si la prévisibilité troublée par des événements
fortuits, voilà que le sentiment de sécurité est remplacé par une anxiété de
performance. Dans un quotidien régit par des horaires fixes, voilà qui est
générateur de stress.
Sortir des sentiers battus peut, lorsque possible, passer
par le fait de se donner plus de temps pour absorber les retards potentiels.
Mais attention, il faudra peut-être gérer du temps neuf. Du temps à tuer
avant un rendez-vous, par exemple.
Du temps à tuer! Intense, comme impression, non?
Qu'est-ce qu'il nous a tant fait, le temps, pour qu'on lui veuille du mal? Dire
qu'on se plaindra qu'on en manque, mais on désire le tuer si on en a trop! Nous
n'en sommes pas à une contradiction près!
Cet été, je me souhaite de me dégager un peu de cette emprise
du temps et de ses contraintes sur mon quotidien.
L'été, c'est le temps des vacances. Et qui dit vacances, dit
voyage. Escapade. Mais quand on ne voyage pas vraiment, peut-on quand même
avoir une sorte de sentiment d'être en vacances? Oui, je crois. Il s'agit de
remodeler un peu son quotidien. D'identifier ce qui nous stresse et d'éviter
ces situations le plus possible.
C'est déjà mettre un pied hors du sentier battu de notre
quotidien.
C'est aussi considérer les moments où on a l'impression de
perdre du temps comme une occasion de le regarder passer, tout simplement. Il y
a du beau pas mal partout. Autant essayer de le reconnaître.
Je sais, je sais, ça sonne un peu ésotérique. Pourtant,
c'est très terre-à-terre : je préfère regarder passer le temps que de le
tuer! Moins violent....
Clin d'œil de la semaine
On tue le temps et le sentier est battu. Rude époque!