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C’est mieux ailleurs?

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François Fouquet - Deux mots à vous dire Par François Fouquet - Deux mots à vous dire
Lundi 31 octobre 2022

Je mets ça dans la colonne des privilèges. Avec ma collègue Caroline Cloutier, qui travaille aussi en coopération, j'ai pu aller à la rencontre d'autres agents de milieux coopératifs qui s'étaient réunis à Rioja, au nord du Pérou.

Voici la page importante du carnet de voyage.

Le voyage en soi

Le voyage. Celui qui dépayse au sens propre et au sens figuré. Celui qui laisse une empreinte dans l'environnement par le déplacement des avions, mais qui laisse une empreinte dans l'esprit et le cœur du voyageur.

Celui qui nous ramène à nous-mêmes, qui déjoue les repères pour un certain temps, forçant au passage une ouverture de l'esprit qui ne se ferait pas autrement. Ou pas de la même façon, du moins.

Le voyage qui, forcément, apporte son lot de comparaisons. Et qui met en perspective tout et son contraire. Ça peut facilement passer du « c'est mieux chez moi » au « c'est tellement mieux ici ».

Je me suis surpris à me demander, à un moment, si je pourrais vivre dans un monde si différent du mien. J'ai réalisé rapidement que la question a plus ou moins de sens. Premièrement, elle est purement théorique. Oui, elle peut être utile pour mettre en perspective les qualités de mes repères de vie, mais elle est bien inutile au sens où elle n'est que pure tergiversation.

En contemplant la beauté d'une vallée qui met en valeur la luxuriante forêt de l'Amazonie péruvienne, une bière ambrée brassée à Cuzco en main, alors que le mercure indique 36 degrés, on pourrait se dire, sourire en coin : « je vivrais ici tout le temps! »

Puis, en constatant la faune, la qualité des infrastructures et les habitudes alimentaires bien différentes des nôtres, on pourrait se dire, pas de sourire en coin, « je ne pourrais pas vivre ici tout le temps! »

Les deux situations ont un point en commun : elles constituent des clichés qui ont bien peu à voir avec la vie. Et on a cette fâcheuse habitude, au Québec, de nous diminuer pour toujours trouver que tout est toujours mieux ailleurs. Tout ça, généralement, à partir de clichés et, aussi, à partir des restants de ce sentiment qu'on est « nés pour un petit pain! ».

Les paysages, ce sont des clichés qu'on peut capturer en photo. Et c'est beau! Mais ce n'est pas la vie. Ici ou ailleurs, la vie, c'est les gens. Ces gens qui font battre le cœur social d'un milieu de vie.

Je suis profondément convaincu d'une chose : ce qui est sous nos yeux, tout le temps, ne nous émerveille pas autant que ce que l'on voit le temps d'un voyage. Après tout, il faut souvent l'œil d'un visiteur pour nous faire prendre conscience du beau qui nous entoure. Je pense qu'il en est de même partout.

De chance à privilège

On peut avoir la chance de voyager. Là où je suis tombé en mode privilège, c'est quand l'interaction avec des Péruviens s'est faite, malgré la barrière de la langue déjouée par des interprètes, ma foi, très sollicités! Des gens qui ont partagé des valeurs de solidarité, d'équité, d'égalité. Des gens qui ont raconté un parcours coopératif quotidien qui crée de la richesse. Une richesse économique, mais surtout collective. La notion de création de richesse se ramène souvent à de simples résultats financiers. À travers l'histoire des actions de ces coopératives, on constate que la création de richesse est d'abord humaine. Et encore plus : que si la création de richesse n'est pas d'abord humaine, elle ne vaut pas l'effort, puisqu'il est vide de sens réel.

Et puis, ils ont démontré une soif de savoir comment c'est fait chez nous. Ce chez nous qui devient leur ailleurs. Alors, les complexes n'existent plus et les échanges prennent toute la place.

Puis, une fois les échanges professionnels terminés pour la journée, voilà que la chaleur humaine toute péruvienne s'exprime autrement : « allez, il faut nous chanter un peu du Québec! »

Suivront de bons et beaux moments. Et ça se terminera avec un : « chère Rioja, c'est à ton tour... »  plein de reconnaissance!

 

Clin d'œil de la semaine

Petit bout de conversation :

- J'y peux rien, moi, c'est de même : c'est bien mieux ailleurs qu'ici!

- Ouin, mais, réalises-tu que  « ailleurs », c'est partout où tu n'es pas?


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