Vivre ensemble. Deux mots qu'on a réunis par un trait
d'union pour n'en faire qu'un : vivre-ensemble. En fait, on en a
fait un nom commun. Comme dans « le vivre-ensemble » est
préoccupant dans notre société contemporaine.
Depuis des décennies, des centaines d'auteur ont publié des
bouquins sur le lâcher prise, la redécouverte de soi, le moi
enfoui en moi, le me choisir d'abord, le respecte-moi dans ce que
je suis, la petite voix en moi qu'il fait suivre et j'en passe...
Ces auteurs, les ancêtres des influenceurs des médias
sociaux, nous arrivent généralement, de façon souvent plus approximative que
pertinente, avec des recettes toutes faites. Des recettes simples qu'il suffit
de mettre en application pour changer notre vie, certes, mais surtout, pour
atteindre un niveau de paix intérieure qui semble désespérément nous échapper.
Donc, depuis des décennies, on apprend la valeur du
chacun-pour-soi et, aujourd'hui, on se demande comment vivre ensemble.
La grande contradiction
Depuis des décennies, donc, on cherche à comprendre et à
favoriser le déploiement de notre moi. Les yeux tournés vers nous-mêmes, on n'a
pas vu que les choses changeaient autour de nous.
Je généralise, je sais. C'est fait exprès.
Les choses ont changé. On a entendu les politiciens se
relancer sur un nombre d'immigrants acceptés chaque année. 30 000?
50 000? L'encan était ouvert. Tout cela n'était qu'un nombre, après tout.
Et, concentrés sur nous-mêmes, on avait pas réalisé qu'il y avait des humains
derrière ces chiffres.
À voir les dérives des acceptations à une vie permanente
pour ces gens dans nos terres, on voit que les ressources gouvernementales ont
échappé le ballon plus souvent qu'à leur tour. Encore là, on s'en sort en
disant qu'il y en a 1 000 qui seront retournés. Le nombre évite de nommer
que ce sont des humains qui sont derrière les statistiques.
Bref.
En reportant notre regard sur la société qui nous entoure,
on s'aperçoit que tout n'est plus comme avant. Le comme avant est une notion
floue, mais quand même.
Et là, on s'est mis à s'intéresser aux différences. Toutes
les différences. De culture, d'accents, de couleurs, d'orientation sexuelle, de
look et quoi encore?
Et on s'est mis à créer des sous-groupes homogènes (de même
couleur, de même culture, de même orientation sexuelle, etc.)
Aujourd'hui, il semble avantageux d'avoir une étiquette. De
végane à TDA, en passant par la notion LGBTQ++, on dirait que chacun doit avoir
une étiquette pour s'affirmer comme entité humaine spécifique. Comme on nous a
enseigné de le faire depuis des décennies.
Tout cela est juste et bon.
Mais reste-t-il de la place pour le vivre-ensemble dans ces
quêtes?
Le fait que chacune et chacun se sente complètement entendu,
écouté et respecté avant qu'on puisse aborder le vivre-ensemble est-il une
condition essentielle?
Et le projet de société, là-dedans?
Le seul projet qui nous occupe, c'est le maintien de
l'économie. J'y reviens la semaine prochaine, mais disons que l'économie est
l'assise des assises.
Ce n'est pas un projet qui rassemble. Ce n'est donc pas un
projet de société.
Alors, il est où, le projet de société? Comment arrivera-t-on à y adhérer si la condition
est que chacune et chacun soit complètement reconnu dans ce qu'il ou elle est
avant d'adhérer à quoi que ce soit?
C'est cette question un peu anxiogène qui me trottait dans
la tête quand j'ai pris la mesure, au fil des derniers jours, d'une situation qui
révèle peut-être quelque chose.
L'engouement pour les séries finales des Canadiens de
Montréal au hockey est immense. Plus que jamais. Alors que le circuit Bettman
peine à remplir plusieurs de ses arénas, nous, on remplit des arénas, partout
au Québec, alors que le match y est transmis sur écran géant. À Sherbrooke, le
théâtre Granada accueillait les gens qi voulaient se rassembler pour voir les
matchs. Des résidences pour personnes âgées (RPA) ont dédié leur salle de
cinéma à la présentation des matchs.
Grande opération commerciale?
Pas que. Ce qui se passe est beaucoup plus fort qu'une
stratégie communicationnelle.
Il y a de la joie. Il y a une volonté de vivre des moments
ensemble. Rassemblés. Pour gagner ensemble. Ou se consoler ensemble. Il y a une
équipe formée de jeunes joueurs de partout à travers le monde qui se retrouvent
comme des ti-culs, sourire aux lèvres, à jouer ensemble au hockey. Il y a
l'accessibilité humaine de Martin St-Louis.
L'instant d'un match, on est prêts à offrir et recevoir un
câlin de notre voisin, qu'elle ou qu'il soit gay, de couleur, voilé ou quoi
encore?
Mon exemple peut paraître fort en café.
Mais derrière tout ce vivre-le-moment-ensemble (qui
s'exprime de la base et non commandé par en haut), il y a d'abord une bonne
raison d'être ensemble. Un projet collectif.
Un projet. Une occasion plus universelle qu'individuelle de
vivre ensemble.
C'est ça, le type de quête qu'il faut mettre à l'agenda.
Clin d'œil de la semaine
Même un Français peut soulever les foules sur nos patinoires!
Qui l'eut cru?