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Le fils de son père

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Photo : crédit photo: Justin Tang, La Presse canadienne; Justin Trudeau
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi 30 septembre 2020

On affirme souvent à raison qu'il est difficile pour un enfant de se débarrasser d'un patronyme célèbre pour se faire un nom. Parfois, cela a des avantages comme ce fut le cas pour Justin Trudeau à l'égard de son père Pierre Elliott Trudeau. Il ne faut pas s'y méprendre, Trudeau père est un personnage gigantesque de l'histoire politique du Québec et du Canada.

Son passage en politique a profondément transformé le Canada. C'est lui qui a fait du Canada une société chartiste et qui a enserré le Québec et ses aspirations dans les tenailles du multiculturalisme. Adepte d'un fédéralisme centralisateur et paternaliste, l'héritage de Pierre Elliott Trudeau est aussi marqué par sa lutte sans merci à tout accommodement voulant reconnaître la nation québécoise. C'est au nom de cette vision d'un Canada centralisé que Pierre Elliott Trudeau s'est dressé contre l'accord du lac Meech et qu'il contribua à faire échouer. Justin Trudeau nous avait promis une autre vision. Il voulait, disait-il, changer la politique et ramener le pays dans des voies ensoleillées. Aujourd'hui, au lendemain d'un discours du trône décevant, faisons le point sur le bilan de Justin Trudeau comme premier ministre.

Justin Trudeau et les promesses brisées

Ce qui caractérise la gouvernance de Justin Trudeau c'est d'abord et avant tout les promesses brisées. La plus importante de toutes, encore fraîche à nos mémoires, c'est celle concernant le changement du mode de scrutin, promesse prise solennellement le soir de son discours de victoire comme premier ministre. Ce fut la première promesse rompue d'une longue liste. Il en est de même de son vaste projet de réconciliation avec les Premières Nations qui se fait toujours attendre. Il avait aussi promis que son gouvernement changerait la façon de faire de la politique en n'utilisant pas tous les vieux trucs partisans que permettaient les règles parlementaires. Sa décision récente de proroger le parlement pour éviter que perdurent les débats sur WE Charity témoigne éloquemment que cette promesse aussi a été rompue. Justin Trudeau a souvent les bons mots, mais rarement cela est suivi par une action conséquente. Comme on dit chez nous, les bottines ne suivent pas les babines...

Justin Trudeau et le manque de leadership

Justin Trudeau a aussi fait la démonstration depuis qu'il est premier ministre de son manque de leadership. Pensons par exemple à la longue saga de SNC-Lavalin et de l'affaire Jody Wilson-Raybould où il a été incapable de faire preuve de leadership. Ses longs moments d'indécision et son incapacité à faire respecter son autorité de chef ont contribué à miner son gouvernement et à terme à sceller l'avenir du siège social de SNC-Lavalin au Québec.

Ce manque de leadership a aussi été apparent dans le conflit qui a opposé une poignée de résistants autochtones de l'ouest devant son indécision dans la question de la construction d'un pipeline. Son indécision chronique s'est même traduite par une paralysie des voies ferroviaires venant ainsi miner l'économie canadienne juste avant la pandémie.

On ne peut lui reprocher son manque de leadership en matière de politique étrangère avec notamment la Chine et les États-Unis parce que le président de notre puissant voisin américain est un cas en soi. Un être incontrôlable et imprévisible. On peut aussi lui être reconnaissant de ne pas emboîter le pas au chef du parti conservateur, Erin O'Toole, qui donne dans le racisme primaire envers la Chine. Néanmoins, l'indécision chronique qui caractérise la gestion de Justin Trudeau se fait sentir dans la question de Huawei, des otages canadiens et du dossier de la 5G.

Dans l'actuelle crise de la pandémie, on saura bien plus tard comment l'indécision de Trudeau concernant la question de la fermeture des frontières canadiennes aux voyageurs étrangers aura eu un impact sur la transmission de ce virus en terre canadienne. Bien sûr, le concept de pandémie mondiale le dit bien, nous aurions été touchés tôt ou tard. Dans ce cas, il aurait peut-être valu que cela soit plus tard que tôt.

Trudeau et quelques bons coups

Il ne faut pas être de mauvaise foi et reconnaître au gouvernement Trudeau un certain nombre de bons coups. Tout n'est pas gris au royaume des licornes. À cet égard, la négociation de la nouvelle entente de libéralisation des échanges avec le Mexique et les États-Unis étant donné les circonstances a été un succès. L'action énergique du gouvernement Trudeau pour soutenir les Canadiennes et les Canadiens en temps de pandémie doit aussi figurer parmi ses bons coups. Faire un pied de nez à ces vieux discours réclamant l'austérité budgétaire au nom du déficit zéro était fort à propos bien qu'il faille quand même garder les yeux sur la balle. Les déficits ne peuvent être laissés sans contrôle. Ils doivent surtout avoir un ancrage dans la réalité si l'on veut assurer une certaine prévisibilité de l'état des finances publiques canadiennes.

L'un des meilleurs coups du gouvernement Trudeau c'est son appui indéfectible aux familles canadiennes et à la lutte contre la pauvreté des enfants au Canada. Dans toute l'histoire canadienne, jamais un gouvernement n'aura autant fait pour faire reculer la pauvreté chez les enfants.

Trudeau, le Québec et l'unité canadienne

Le plus grand défi de tous gouvernements canadiens c'est de gouverner un pays divisé par ses régions et de gouverner pour le bien commun sans qu'une partie ou une autre du pays se sente aliénée. C'est manifestement le défi dans le dossier de la lutte aux changements climatiques où les provinces de l'ouest tributaires des énergies fossiles pour se développer ne peuvent se sentir des parties prenantes à ce combat essentiel et nécessaire pour sauver la vie des humains sur cette planète. Manifestement, le résultat des dernières élections fédérales et les sondages que l'on peut consulter depuis montrent que nous sommes loin d'un possible consensus sur cette question.

Une autre question centrale est la place du Québec dans le Canada. Depuis son arraisonnement dans sa marche vers l'autonomie par le rapatriement unilatéral de la constitution et l'échec de Meech et du référendum de 1995, le Québec est sans voix quant à la reconnaissance de son identité par l'État fédéral. Justin Trudeau qui disait vouloir changer la politique avait beau jeu de réécrire l'histoire faite par son père et de trouver des voies ensoleillées pour une reconnaissance pleine et entière des droits nationaux des Québécoises et des Québécois. L'occasion était belle puisqu'il pouvait à la fois mener un chantier pour reconnaître les Premières Nations, les Acadiens et le Québec. Non seulement il n'a rien fait en ce sens, mais au contraire il décide d'enfourcher le cheval de son père Pierre Elliott Trudeau d'un Canada centralisé et postnational. Le dernier discours du trône livré par son mauvais choix à titre de gouverneure générale, Julie Payette, fait état d'une litanie de vœux pieux allant tous dans le sens d'une centralisation accrue du pouvoir fédéral au détriment du pouvoir des provinces. Ce qui est un combat politique pour les autres provinces devient un combat identitaire pour le Québec. Justin Trudeau montre ses gros bras pour une fois et semble vouloir faire preuve de leadership, mais au détriment des provinces. Il est bel et bien le fils de son père...


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