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  JOURNAL LE HAUT-SAINT-FRANÇOIS / Actualité

Les travailleurs demandent le rejet de la loi 110

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Valérie Grondin Par Valérie Grondin
valerie@journalhsf.com
Mercredi 19 octobre 2016

Les travailleurs syndiqués accompagnés de Denis Beaudin, président du Conseil central des syndicats nationaux de l'Estrie (CCSNE - CSN), se sont présentés à la dernière séance du conseil municipal de Cookshire-Eaton pour demander aux élus de rejeter le projet de loi 110. Déposé par le gouvernement du Québec, le projet permettra en autres aux municipalités de décréter les conditions de travail de leurs employés en cas de conflits.

Le maire, Noël Landry, a montré une certaine souplesse à considérer la demande, d'autant plus qu'on estime que cette décision s'est prise avec les deux grandes villes soit Québec et Montréal, sans avoir consulté les petites municipalités.

Dans l'hypothèse que le projet de loi soit accepté, M. Beaudin mentionne à la table du conseil « Entendu que pour négocier, ça va avec le respect et la confiance sauf qu'on s'assoit à une table de négociation et qu'on sait que la municipalité a un droit de décréter de façon très rapide, c'est difficile pour les employés de négocier de façon confiante, de négocier en toute confiance. Ça fait en sorte également que lorsqu'on fait face à une problématique, ça détruit très rapidement les relations de travail. » Celui-ci a souligné à deux reprises au maire « je le répète, les employés jugent qu'on a des bonnes relations de travail à Cookshire-Eaton et il faudrait les garder. » Manifestement, le syndicat et les membres sont en défaveur d'un tel projet de loi. « Il y a 5 ans, c'était impensable qu'une municipalité ait un droit pareil et pourtant on est rendu là », cite le président de la CSN. Selon lui, « tout travailleur, toute travailleuse devrait s'inquiéter de cette brèche, car si aujourd'hui ce pouvoir était donné aux municipalités, il faut s'imaginer que dans le futur ça va être donné à qui ? », déclare le président du syndicat.

Faisant référence notamment aux pertes financières dues à l'application de la loi 110 envers les municipalités, M. Beaudin demande entre autres: « à quel montant se chiffre le manque à gagner ? De quelle façon vous allez faire pour combler ce manque ? Une augmentation des taxes ou allez-vous vous servir du droit de décréter pour diminuer les conditions de travail ? » Suite à ces questions, M. Landry précise que « les coupures ont déjà été faites. Nous avons perdu près de 600 000 $. »

Au final, le président de la CSN y est allé avec la question primordiale « Est-ce que s'opposer au projet de loi peut être envisageable pour Cookshire-Eaton ? » Le maire a répondu: « Le cadeau empoisonné a été donné à la UMQ (Union des municipalités du Québec). C'est sûr qu'il faut regarder le projet de loi assez rapidement. Au moment où ça été décidé le pacte fiscal, c'était avec Québec et Montréal, nous, on a fait foi là-dedans, de p'tit chien en arrière qui suivait les autres. On ne nous en avait pas parlé avant à la FMQ (Fédération québécoise des municipalités), y'ont pas été sport avec la FQM qui regroupe quand même 11 000 municipalités. On va en prendre connaissance. » Le président réplique « Pour calmer les inquiétudes de vos employés, est-ce que pour vous, c'est nullement envisageable ? » Le maire rétorque: « C'est compromettant d'une façon ou d'une autre, on va regarder ça comme il faut et on essaiera de clarifier ça avec vous autres. »

Au moment d'écrire ces lignes, les municipalités de Rouyn-Noranda, Ville-Marie et de Sorel-Tracy prenaient la résolution de s'opposer au projet de loi. Ils ont l'intention de ne pas faire appliquer celle-ci, prétextant avoir dans le passé, réussi à négocier dans le respect avec leurs employés municipaux. Le maire de Ville-Marie, en Abitibi-Témiscamingue, dans une tribune, va même à déclarer « vous négociez avec vos gens, vous ne vous entendez pas, vous sortez la fameuse loi... ? » Allant à contresens des valeurs de respect et de négociation, précise-t-il. À la commission parlementaire, selon les maires et le gouvernement, les employés municipaux sont 39 % plus payés que les employés provinciaux. Les représentants des différents syndicats ont nié ces dires. Le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, a affirmé dans une tribune que « la perspective d'une grève générale dans une ville où l'on gère des services publics n'est pas le scénario qui est le plus souhaité », ne reniant pas ainsi le projet de loi. Somme toute, si une ville ne s'entend pas avec un syndicat, c'est l'Assemblée nationale qui au final pourrait adopter une loi spéciale. Selon les sources obtenues, les syndicats ne voient pas la nécessité d'appliquer cette loi puisque 96 % des négociations se règlent sans conflit.

M. Beaudin conclut en rappelant que la loi 110 « fait une brèche monumentale dans le droit fondamental de négocier. »


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