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La tendance de la pollution

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Photo : Selon le glossaire français de marketing, le terme fast-fashion peut être décrit comme « une expression utilisée pour désigner le renouvellement, le plus rapidement possible, des collections d’articles de la mode vestimentaire. - Rosemarie Lacroix
Rosemarie Lacroix Par Rosemarie Lacroix
Mercredi 24 avril 2019

Cessez tout ce que vous faites pour une seconde. Déposez vos cafés, mettez de côté votre téléphone adoré et regardez l'étiquette de votre chandail. Si, sur le dit étiquette, les mots Bangladesh, Indonésie, Taiwan ou Chine, un grand classique, apparaissent, vous contribuez malheureusement, en ce moment même, à un des plus grands vices du monde actuel.

Présentement, dans l'ère d'Instagram, des influenceurs et des tendances hebdomadaires qui disparaissent de nos feeds aussi rapidement qu'elles y sont apparues, on devrait s'attendre à ce que l'industrie de la mode soit la deuxième plus polluante, juste après celle du pétrole. Je dis que l'on devrait s'y en attendre, car visiblement, on ne s'y attend pas.

Lorsque l'on sensibilise la population à son empreinte biologique, on acclame l'utilisation du transport en commun, l'achat local, et même parfois l'adoption de la tendance électrique pour la voiture, toutes des initiatives très bénéfiques, bien évidemment. Par contre, jamais on ne prend la peine de se questionner pour arrêter de se laisser berner par les petits prix sur les toutes nouvelles collections de vêtements, jamais on ne mentionne que le magasinage annuel d'été au H&M coûte autant pour la planète que de faire brûler l'essence de leur véhicule pendant une semaine. Jamais on ne pense que la façon la plus facile de réduire son empreinte serait de magasiner un peu moins et beaucoup plus consciencieusement.

On n'y pense jamais justement parce que l'on n'en parle pas, très peu prennent la peine de s'éduquer sur l'un des plus colossaux problèmes environnementaux de notre décennie.

Selon le glossaire français de marketing, le terme fast-fashion peut être décrit comme « une expression utilisée pour désigner le renouvellement, le plus rapidement possible, des collections d'articles de la mode vestimentaire. Le fast-fashion concerne le plus souvent des produits à prix peu élevés et qui ne sont pas destinés à être conservés d'une saison à l'autre par l'acheteur. »

En d'autres mots, si votre magasin favori semble toujours renouveler ses allées de morceaux au rythme de ce que vos célébrités favorites arborent, celui-ci contribue au phénomène du fast-fashion. Prenons par exemple H&M, un des géants internationaux qui domine, à l'aide de ses lettres rouges fluorescentes, le monde de la mode et des magasins de prêt-à-porter. Cette multinationale vend en moyenne 600 millions de morceaux de vêtements par année. Si l'on considère que confectionner un seul tee-shirt et une paire de jeans requiert au moins 20 000 litres d'eau, c'est la quantité colossale de très approximativement 6 000 000 000 000 litres d'eau venant tout droit de notre planète en détresse que ces compagnies utilisent chaque année.

Évidemment, la confection de ses morceaux pensés pour ne survivre qu'une saison n'est pas le seul tort que l'on peut reprocher aux chaînes comme Zara et Forever21 ; leur éthique de travail et traitement des travailleurs est tout aussi horrifiant. Selon le rapport de pauvreté d'Oxfam, neuf employés sur dix faisant partie de l'industrie du textile au Bangladesh ne sont pas payés assez pour fournir de la nourriture à leur famille et à elle-même, les forçant à réduire leur consommation alimentaire à tout au plus un seul repas par jour.

L'ironie dans la situation réside dans le fait que les compagnies, dans leur mentalité centrée sur le profit, savent très bien que s'ils haussaient les revenus de ces travailleurs à l'équivalent du salaire minimum américain, le prix global de nos vêtements n'augmenteraient que d'un pourcentage, à peine assez pour que les consommateurs le remarquent.

Évidemment, tout le mal du monde ne peut pas être mis sur les épaules des dirigeants de ces énormes compagnies, une partie du blâme revient aussi à nous, les consommateurs. En moyenne, la population américaine se débarrasse de 12,7 millions de tonnes de vêtements par années, parmi lesquels seulement 1,60 millions de tonnes sont recyclés. Une des solutions les plus faciles pour surmonter ce problème serait simplement d'aller déposer les vêtements qui ne nous plaisent plus à la friperie ou dans des points de dépôts pour familles démunies, là où vos vêtements serviront plus que dans un dépotoir à relâcher du méthane dans notre atmosphère déjà fragile.

Vous pourriez aussi perfectionner vos talents en couture et rapiécer le petit trou dans vos bas à la place de jeter la paire complète et d'aller en acheter une toute nouvelle chez, sans surprise, H&M. Si votre portefeuille vous le permet, il existe aussi de plus en plus de marques écologiquement et éthiquement responsables, qui offrent une variété de vêtements de très bonne qualité, des compagnies comme Reformation ou Once again. Quel que soit votre budget ou le niveau d'implication que vous êtes prêts à mettre pour contrer le fast-fashion, l'important est tout simplement de s'éduquer et de peser les impacts de nos gestes.

Nous sommes en plein dans un siècle où un tournant massif dans nos habitudes de vie est nécessaire et cela peut-être effrayant. L'essentiel, c'est de faire de notre mieux pour contribuer à notre façon à un monde plus écologique, que ce soit par des actions spectaculaires ou par des gestes de tous les jours. Nous avons tous nos torts et tous, il ne faut pas l'oublier, le potentiel et surtout le pouvoir de changer les choses. Si tout le monde se réunit et prend conscience de son pouvoir, nous pouvons tous aider à reconstruire un monde meilleur.

Rosemarie Lacroix, La parole est aux ados


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