Le gouvernement du Québec envisage un plan d'action pour éviter la radicalisation. C'est ce que le premier ministre Philippe Couillard a annoncé le 17 novembre dernier lors d'une rencontre avec des membres des communautés musulmanes.
Cette décision d'instaurer des rencontres régulières entre le gouvernement et les dirigeants musulmans du Québec fait suite à la fusillade à Ottawa et le meurtre d'un soldat à Saint-Jean-sur-Richelieu qui ont eu lieu à la fin du mois d'octobre. Deux gestes qui ont été commis par deux jeunes Québécois nouvellement convertis à l'islam.
Afin de consolider l'intégration des membres de la communauté musulmane, le plan d'action prévoit de favoriser l'éducation et l'emploi des membres de cette communauté, notamment en simplifiant le processus de reconnaissance des diplômes étrangers. La ministre de l'Immigration, Kathleen Weil, a d'ores et déjà entamé le travail en ce sens.
Mouvement de radicalisation
Les forces de sécurité et les services de renseignement mentionnent qu'il y a plus de 93 individus qui ont été identifiés comme potentiellement susceptibles de commettre des crimes terroristes au Canada.
À Sherbrooke, la Gendarmerie royale du Canada ainsi que le Service canadien de renseignements de sécurité enquêtent sur la disparition de trois hommes sherbrookois portés disparus depuis quelques mois. Rien n'est pour l'heure confirmé, mais plusieurs éléments d'enquête laissent présager que les trois jeunes hommes auraient pu traverser la frontière de la Turquie pour se rendre en Syrie.
Selon M. Hamdache, président de l'Institut des mondes Arabe et Musulman de l'Estrie (IMAM), l'application du plan d'action engagera le Québec dans la bonne voie. Les mesures annoncées sont primordiales pour permettre une meilleure intégration de la communauté musulmane et une prévention du radicalisme, a-t-il indiqué. Or il soutient qu'il y a du travail de longue haleine qui doit être entrepris pour combattre l'islamophobie, les préjugés et les stéréotypes qui pèsent lourd chez les personnes musulmanes et qui ont sans doute des répercussions sur le mouvement de radicalisation.
La scolarisation et l'intégration sociale, économique et culturelle des immigrants dans les pays d'accueil sont des éléments clés à la lutte contre la radicalisation, soutient Sami Aoun, professeur de sciences politiques à l'Université de Sherbrooke et directeur de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.
Les guerres responsables de cette radicalisation
Selon le professeur, le phénomène de radicalisation n'est pas nouveau. Il s'amplifie lorsqu'il y a des guerres : « les guerres attirent des combattants qui croient s'engager dans une guerre juste. La guerre d'Espagne a attiré plusieurs Européens. Il y a de nombreuses guerres dans le monde qui ont attiré des volontaires parce qu'ils croyaient venir à la rescousse des victimes », a-t-il expliqué.
Quant au mouvement de radicalisation qui a cours en ce moment, M. Aoun estime que les conflits en Irak et en Syrie y sont des vecteurs : « Il y a plusieurs personnes qui considèrent qu'il y a des adeptes de leur communauté qui sont victimes. Il y a une attraction pour aller porter main forte à ceux perçus comme injustement traités. »
Pour contrer cette accélération de la radicalisation, Sami Aoun est d'avis qu'il y a un travail d'éducation, de dialogue interculturel et interreligieux et d'initiation à la citoyenneté dans l'espace démocratique qui est indispensable. « Il faut également insister sur le fait que les conflits ne peuvent être résolus par des actions violentes. » C'est plutôt dans l'arène politique et diplomatique que la résolution de conflits sera possible, a-t-il ajouté.
Le professeur prévient que la radicalisation est un phénomène que l'on constate dans diverses organisations, que ce soit les laïcs, qui sont parfois intolérants, les écologistes et dans l'ensemble des religions : « c'est d'abord un travail sur la réhabilitation de la culture de la tolérance et du non usage de la violence pour régler les divergences et de la culture citoyenne qui doit être fait », a-t-il conclu.
Une marche pour la paix et pour dénoncer les actes de violence et d'intolérance a eu lieu le 1er novembre dernier au marché de la Gare (photo ci-jointe). Le président de l'IMAM assure qu'une rencontre sera organisée au mois de décembre prochain afin d'engager un dialogue entre la communauté musulmane et les Estriens.