Depuis le 13 juillet, l'Alberta n'a plus un seul site légal
pour parier en ligne. Elle en a plusieurs. La province vient d'ouvrir
son marché à des opérateurs privés. Le changement remonte à cinq ans,
quand Ottawa a modifié sa loi sur les paris à événement unique.
L'Alberta devient la deuxième province canadienne à sauter le pas.
L'Ontario l'avait fait la première, en 2022.
Une
vingtaine d'opérateurs ont lancé leurs applications dès le premier jour.
Bet365, DraftKings, BetMGM, Bet99, BetVictor : la liste s'allonge
chaque semaine. Envie d'un portrait complet des adresses maintenant
offertes en Alberta, plus de détails
figurent sur cette page tenue à jour par Covers. Le site américain suit
les cotes et les nouveaux marchés réglementés depuis plus de vingt ans.
Une référence pour qui veut comparer, province par province, ce qui est
réellement offert, sans se fier au premier résultat venu sur un moteur
de recherche.
D'où vient ce changement
Le
déclencheur remonte à 2021. Le projet de loi C-218 a modifié le Code
criminel pour retirer l'interdiction fédérale sur les paris à un seul
événement sportif. Avant ça, un parieur canadien devait combiner
plusieurs résultats sur un même billet. Peu importe la province. Le pari
sur un seul match, un seul but, une seule passe, restait interdit
partout au pays. La sanction royale du projet de loi,
en juin de cette année-là, a laissé le champ libre à chaque province :
organiser son propre marché, ou s'en tenir au statu quo.
Un modèle calqué sur celui de l'Ontario
L'Ontario
a ouvert la porte aux entreprises privées en premier, dès avril 2022.
DraftKings, FanDuel, bet365, et une dizaine d'autres marques cohabitent
depuis avec le réseau public. En quelques années à peine, ce marché est
devenu le plus fréquenté au pays. L'Alberta reprend une bonne partie de
la recette. Pas toute la recette. L'Alberta compte environ 4,8 millions
d'habitants, contre près de 16 millions en Ontario. Le marché sera
forcément plus petit. Il reste substantiel, et les grandes marques ne
s'y trompent pas.
Les opérateurs intéressés doivent d'abord
s'inscrire auprès de l'Alberta Gaming, Liquor and Cannabis Commission.
Ensuite vient l'entente commerciale avec l'Alberta iGaming Corporation,
la société d'État chargée de superviser tout ça. Le cabinet Blakes avait
détaillé le calendrier du lancement
plusieurs mois à l'avance. De quoi laisser aux exploitants le temps de
finaliser leurs demandes. Certains avaient d'ailleurs entamé leurs
démarches dès janvier, six mois avant l'ouverture officielle.
Dan
Keene dirige l'Alberta iGaming Corporation. Dans les semaines qui ont
précédé le lancement, il a résumé la logique de l'organisme en une
phrase : convertir le marché illégal existant plutôt que de simplement
faire grossir le jeu en ligne. Le gouvernement s'appuie sur un chiffre
précis pour justifier toute la démarche. Une majorité des mises en ligne
albertaines transiteraient encore, à ce jour, par des plateformes sans
licence locale, selon ses propres estimations internes.
Ce que change vraiment l'ouverture du marché
Avant le 13 juillet, l'Alberta
ne comptait qu'une seule plateforme autorisée : Play Alberta, exploitée
par la société d'État. Le reste des mises passait par des sites
étrangers. Sans supervision provinciale. Sans garantie de retrait. Sans
recours en cas de litige.
Le nouveau cadre change la distribution
des revenus. Une part reste à la province. Une autre revient directement
aux Premières Nations. Une portion plus modeste finance des initiatives
de jeu responsable. L'idée derrière ce partage est simple. Ramener
l'argent qui circulait déjà, pas en faire apparaître de nouveau.
Concrètement,
un parieur albertain peut comparer les cotes entre plusieurs marques.
Profiter d'offres encadrées par la loi. Récupérer ses gains sans
dépendre d'un site enregistré à l'étranger.
La rentrée de la LNH
ajoute un incitatif de plus. Les Oilers et les Flames amorcent leur
saison dans les prochaines semaines. Pour la première fois, les deux
équipes évoluent dans un marché pleinement ouvert aux mises sur un seul
match, un but, ou même une passe précise. Les partisans suivront leur
club avec des options qu'ils n'avaient tout simplement pas l'an dernier.
Plus besoin de passer par un site étranger à la légalité floue, aux
retraits imprévisibles, aux conditions écrites en petits caractères dans
une autre langue.
Le Québec, lui, n'a pas bougé. Mise-o-jeu demeure la seule option légale dans la province,
sous la gestion de Loto-Québec. Aucun projet réglementaire n'est à
l'ordre du jour à l'Assemblée nationale, malgré des appels répétés d'une
partie de l'industrie privée. Les revenus de Mise-o-jeu ont quand même
progressé ces dernières années, portés par l'essor du jeu sur mobile.
Sans que Québec n'envisage, pour l'instant, d'ouvrir la porte à des
concurrents privés.
Reste à voir si d'autres provinces suivront.
La Colombie-Britannique et le Manitoba gardent pour l'instant leur
monopole d'État. L'expérience ontarienne, puis désormais albertaine,
leur sert de test grandeur nature, chiffres à l'appui. Le nombre
d'opérateurs réellement actifs d'ici la fin de l'année sera un premier
indicateur à suivre. Tout comme la part du marché non réglementé que
l'Alberta réussira, ou pas, à convertir. Un chiffre qui, lui, ne mentira
pas.