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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Bien accoté sur les normes

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Notre société est encadrée par des normes. Et cela est juste et bon. Généralement. Des fois, en tous les cas...

On établit une norme pour régler un problème. Une situation. Il faut que tu mesures tant de pouces de hauteur pour avoir accès à un manège dans les jeux forains. Le bois destiné à alimenter ton poêle à combustion lente doit être à 48 pouces de la source de chaleur. L'eau qu'évacuent tes gouttières doit être éloignée des fondations du bâtiment d'au moins un mètre.

Vous voyez le principe. Toutes ces normes ont été adoptées à la suite de plaintes ou de problèmes vécus sur le terrain. Je comprends et j'accepte le principe. Ça me va.

Il y a différents aspects pervers, cela dit, à la multiplication de normes un peu partout.

Premièrement, les normes finissent par faire de nous des automates. Le gestionnaire privé ou public qui découvre une norme non respectée agit. Il fait ce qu'il a à faire. Il démantèle. Il fait respecter sa norme. Il est bien accoté sur sa norme. Et on a mis la norme sur un piédestal : la norme c'est la vérité. Point. Pas de discussion.

Pourquoi pas de discussions? « Parce qu'on si on discute, on ne s'en sortira jamais! »

Je veux bien que, parfois, la contestation d'une norme complique les choses. Je n'en veux ni aux normes ni à ceux qui ont la charge de les faire appliquer. J'en veux au fait que la norme devienne une sacro-sainte affaire non discutable. J'en veux au fait que la norme X a été adoptée dans un contexte Y alors que là, on l'applique dans toutes les autres lettres de l'alphabet, sans égards à la nature de la chose dite « hors-norme ».

La situation des mezzanines installées à l'initiative des enseignants dans les écoles primaires de Sherbrooke questionne. On va tout détruire pour une question de non-respect des normes. En disant tout bêtement que, même si c'est génial pour les enfants, il faut tout défaire pour satisfaire une norme. Dommage qu'on n'ait pas la même rigueur quand vient le temps de faire appliquer les normes d'éthique en politique.

Le problème de la norme, c'est qu'elle remplace la logique. Elle devient la logique. Envers et contre la logique, souvent. C'est mon deuxièmement dans ce texte. On applique la norme, on respire mieux. Les collatéraux? On s'en fout.

Aujourd'hui, je revendique l'usage obligatoire de la virgule à la fin des phrases servies pour expliquer l'application d'une norme : « ce n'est pas selon les normes, vos mezzanines, alors on défait tout.» Cette phrase-là ne pourrait plus se terminer par un point. Il faudrait qu'elle se termine par une virgule, une petite virgule qui établirait l'ouverture de l'esprit et introduirait la question : « qu'est-ce qu'on peut faire, alors? »

Mais on ne fera pas ça. Parce que celui qui applique les normes n'est pas celui qui peut autoriser des exceptions. Ou quelque autre problème systémique du genre.

Autre effet pervers, autant les normes surprotègent tout le monde, autant elles ont l'effet totalement inverse. Au-delà de toute logique dite du gros bon sens, un citoyen fera quelque chose de dangereux et il se déculpabilisera en disant : « Ah, tu sais, ils avaient juste à faire une norme, moi, ce n'est pas mon problème. »

Ah! Tiens, je l'ai, je crois. Adoptons une norme qui vient encadrer l'application des normes. Mais ça prendrait du jugement. Et par définition, une norme, ça ne juge pas, ça applique. Point.


Clin d'œil de la semaine
Il y a des normes pour le financement des partis politiques. Une chance, sinon, il y aurait des abus...


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