Société Arts & culture Sports Chroniqueurs Concours Annonces Classées

  CHRONIQUEURS / Juridique

L’affaire Ward

 Imprimer   Envoyer 
Photo : (Photo tirée du Facebook de Mike Ward)
Fontaine Panneton Joncas Bourassa & Associés Par Fontaine Panneton Joncas Bourassa & Associés
Jeudi 11 août 2016

Engel écrivait «... le droit c'est la négation du droit...». Aujourd'hui, on pourrait résumer cet énoncé par le suivant : «... le droit des uns se termine là où commence celui des autres.»

Dans l'affaire Ward, le Tribunal des droits de la personne a eu à décider si l'humoriste Ward a compromis les droits du jeune Jérémy et de sa mère dans la sauvegarde de leur dignité, de leur honneur et de leur réputation sans discrimination fondée sur le handicap ou l'état civil de façon contraire aux articles 4 et 10 de la Charte québécoise des droits de la personne. Du même coup, le tribunal devait décider si Ward exerçait dans ses propos, sa liberté d'expression artistique et, si tel était le cas, la Cour devait l'exonérer de toute responsabilité.

Il faut savoir que Jérémy est né avant terme, qu'il souffrait du syndrome Treacher Collins qui entraîne certaines malformations au niveau de la tête, des oreilles et au palais; Jérémy avait également des problèmes de surdité sévère, il doit recevoir des transfusions sanguines aux trois semaines; depuis sa naissance, il a subi 23 opérations nécessitant une anesthésie générale.

À l'âge de six ans, ses parents décident de lui faire implanter un appareil auditif ostéo-intégré, ce qui lui permet d'entendre de 80 % à 90 % des sons

Jérémy désire mener une carrière artistique. En 2005, il participe à une émission «Donnez au suivant», il chante au Centre Bell l'hymne national avant une partie du Canadien, il chante dans la loge de Céline Dion, il chante pour le pape à Rome; en 2006, il participe à un documentaire sur la maladie Treacher Collins. En 2012, il devient l'ambassadeur pour les hôpitaux Shriners.

De septembre 2010 à mars 2013, Ward présente son spectacle «Mike Ward s'eXpose» à 230 occasions, il vend environ 135 000 billets et plus de 750 exemplaires DVD de son spectacle.

En 2010, Jérémy voit des capsules du spectacle de Ward à son sujet. Selon le tribunal, il se sent dégoûté et blessé que l'on rit de son handicap; il se demande si sa vie vaut moins que celle d'un autre; il développe des idées suicidaires, ses résultats scolaires sont à la baisse; il apprend que sa mère l'aurait floué dans la gestion de son argent.

Ses parents se sentent impuissants, ils espèrent que Ward va cesser cette partie de son spectacle.

Après avoir entendu plusieurs témoins, le tribunal retient les propos suivants du spectacle de Mike Ward :

a) Vous vous rappelez du petit Jérémy t'sais le jeune avec le sub-woofer su'la tête?

b) J'suis allé voir sur Internet c'était quoi sa maladie! «Sais-tu c'est quoi qu'y a? Y'est lette»;

c) Relativement à la maladie de Jérémy, Ward dira qu'il était «mourant, mais n'est pas mort»;

d) De là, la tentative de Ward de vouloir «le noyer» dans un Club Piscine et d'où son constat que Jérémy n'était pas tuable;

Pour le tribunal, «les propos de Monsieur Ward au sujet du handicap de Jérémy et de l'utilisation d'un moyen pour pallier à son handicap ont porté atteinte de façon discriminatoire au droit de Jérémy au respect de sa dignité, de son honneur et de sa réputation» (paragraphe 97).

Il faut savoir que le tribunal des droits de la personne ne s'occupe que de «discrimination» et non de «diffamation». C'est ainsi que le tribunal, composé d'un juge de la Cour du Québec et deux assesseurs qui assistent le juge dans sa prise de décision, a confirmé ne pas avoir juridiction sur les propos diffamatoires de Ward relativement à la gestion des finances par la mère de Jérémy, mais le tribunal a retenu la faute de Ward pour les propos suivants :

«C'est une opération que j'aurais aimé avoir, mais ça l'air que j'aimais mieux mette tout mon argent dans le char sport que ma mère a acheté. Faque là moi, je suis pogné avec ma petite boîte de son sur la tête, ma gueule qui ne ferme pas pis un livre assez moyen merci.» (paragraphe 92).

Pour la Cour, ces propos ont un lien avec le handicap de Jérémy.

C'est ainsi que le tribunal condamne Ward à payer 25 000,00 $ à Jérémy pour dommages moraux et 5 000,00 $ à titre de dommages exemplaires; la mère de Jérémy recevra quant à elle 10 000,00 $ pour dommages moraux et 2 000,00 $ pour dommages exemplaires.

Pour le tribunal :

L'humour peut certes avoir des vertus éducatives ou inclusives, mais il doit, pour ce faire, être exercé dans le respect de la dignité de la personne visée. Aucune forme d'humour ne fait exception à cette règle (paragraphe 133).

... Un humoriste ne peut agir uniquement en fonction des rires de son public; il doit aussi tenir compte des droits fondamentaux des personnes victimes de ses blagues. » (paragraphe 134)

Personnellement, j'endosse les propos du tribunal, on ne peut se servir de sa position d'humoriste pour attaquer les handicaps d'une personne en particulier, l'humilier, la dégrader. Compte tenu des propos que Ward a tenus dans son spectacle, du fait qu'il soit rémunéré pour ce genre de blague et surtout le fait qu'il a toujours maintenu ses blagues de très mauvais goût malgré des procédures à cet effet, j'aurais aimé que le tribunal multiplie au moins par dix les dommages exemplaires accordés à Jérémy et à sa mère.

J'ai bien hâte de lire les commentaires des juges en appel.


Au plaisir.


P.-S. - Vous pouvez lire cette décision à Commission des droits de la personne et de la jeunesse c. Mike Ward rendue le 20 juillet 2016.


  A LIRE AUSSI ...

Les matières qui redéfinissent l'éclairage intérieur en 2026

Jeudi 18 juin 2026
Les matières qui redéfinissent l'éclairage intérieur en 2026
Autoroute 10 à Sherbrooke : un conducteur roulait à 218 km/h

Lundi 8 juin 2026
Autoroute 10 à Sherbrooke : un conducteur roulait à 218 km/h
Le Poças Trava Línguas Douro 2023, vin rouge portugais

Vendredi 29 mai 2026
Le Poças Trava Línguas Douro 2023, vin rouge portugais
NOS RECOMMANDATIONS
Grandes-Fourches Nord : logements, culture et économie au cœur de la transformation

Mercredi 8 juillet 2026
Grandes-Fourches Nord : logements, culture et économie au cœur de la transformation
Sherbrooke : un cycliste est mort des suites de ses blessures

Lundi 6 juillet 2026
Sherbrooke : un cycliste est mort des suites de ses blessures
Notre histoire en archives : le faux centenaire de Sherbrooke en 1937

Mardi 7 juillet 2026
Notre histoire en archives : le faux centenaire de Sherbrooke en 1937
PLUS... | CONSULTEZ LA SECTION COMPLÈTE...

 
Encore un incendie chez Magotteaux de Magog Par Martin Bossé Vendredi, 3 juillet 2026
Encore un incendie chez Magotteaux de Magog
Magog autorise la démolition de l'usine DIFCO et reporte l'ouverture du parc flottant à l'été 2027 Par Martin Bossé Mardi, 7 juillet 2026
Magog autorise la démolition de l'usine DIFCO et reporte l'ouverture du parc flottant à l'été 2027
Un semi-remorque sans conducteur percute plusieurs véhicules à Sherbrooke Par Martin Bossé Lundi, 6 juillet 2026
Un semi-remorque sans conducteur percute plusieurs véhicules à Sherbrooke
Patrimoine culturel : des ententes conclues dans le Haut-Saint-François et le Val-Saint-François Par Martin Bossé Vendredi, 3 juillet 2026
Patrimoine culturel : des ententes conclues dans le Haut-Saint-François et le Val-Saint-François
L’année du réveil de lendemain de veille Par François Fouquet Lundi, 6 juillet 2026
L’année du réveil de lendemain de veille
Collision et arrestation durant la nuit à Sherbrooke Par Martin Bossé Jeudi, 9 juillet 2026
Collision et arrestation durant la nuit à Sherbrooke
ACHETEZ EstriePlus.com
bannières | concours | répertoire web | publireportage | texte de référencement | site web | vidéos | chroniqueur vedette
2026 © EstriePlus.com, tous droits réservés | Contactez-nous