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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Mais la haine, ça, je ne comprends pas…

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François Fouquet Par François Fouquet
Mardi 11 avril 2023

« Heille! Surveille ton langage! »

C'est ma mère qui parlait ainsi alors que j'étais plus jeune. Et que mes mots allaient trop loin. Elle me disait aussi de « calmer mes transports » pour signifier que j'exagérais dans les propos que j'utilisais.

J'avais l'adolescence un brin frondeuse, comme plusieurs d'entre nous au même âge.  Mais aujourd'hui, disons que je comprends pas mal mieux.

L'affaire, c'est que je me disais que les mots, ce n'est pas comme un coup de poing en pleine face. Ça ne fait pas vraiment mal et ça ne laisse pas de traces.

Pourtant...

À bien y penser, quand ma mère intervenait, c'était souvent parce que j'incluais la haine dans mes propos. « Cristie  que je l'haïs, lui! » « Que je l'haïs, elle! »

Note en passant : le « cristie », dans cette chronique, peut être remplacé par n'importe quel mot plus intense, c'est pour vous!

Invariablement, elle voulait savoir « ce que la personne m'avait tant fait ou m'avait tant arraché pour que je la haïsse de même? » Quand je décidais d'en jaser avec ma mère (ce qui était rare, je préférais me retirer de la pièce où on se trouvait!), elle me rappelait que personne n'est complètement mauvais.

Et elle avait bien raison.

Mais sur le coup, j'avais comme une charge émotive à sortir. De quoi à exprimer. Fallait que ça sorte, j'imagine. Et comme je n'étais pas du genre à m'en prendre physiquement à autrui, je passais par un « je l'haïs ! » bien senti.

De retour à notre époque

L'autre soir, en regardant deux minutes de l'émission Tout le monde en parle, je suis tombé sur Barbada, une drag queen rieuse et visiblement structurée dans son propos.

Je regardais la pétarade de couleurs et le sourire, ma foi, contagieux de Barbada et je me suis dit : « voilà, on est rendus là! »

Je veux dire que les temps changent. Que l'expression de la diversité perce lentement des murs autrefois plus opaques.

Ce n'est pas le premier changement qui croise ma route.

Je trahis mon âge, mais j'ai vu des brassières brûler, au tournant des années 1960, lors du mouvement de libération de la femme. J'ai vu le mariage de Michel Girouard avec un autre homme. Et quoi encore?

J'ai entendu des « Cristie que je les haïs, ces femmes-là! ». Ou bien, « Cristie que je l'haïs, Michel Girouard! »  Et bien pire encore, j'avoue!

Et je peux comprendre que l'évolution des choses dérange. Qu'elle déstabilise. Qu'elle sème une certaine insécurité. Que ça vient brasser le modèle établi.

Je comprends que l'expression de la multiplication des genres et le besoin de les nommer à tout prix amènent des questions et des discussions tout à fait pertinentes.

Je comprends tout ça.  

Mais la haine, ça, je ne comprends pas...

Si tout ce qui nous dérange dans notre vision de la société s'exprime autour du mot central « j'haïs » ou par tout autre équivalent haineux, c'est qu'on a abouti dans un étanche cul-de-sac.

Sur l'échiquier mondial, tout semble se polariser. La gauche et la droite se radicalisent, laissant de plus en plus de monde derrière.

De plus en plus, on sent ces appels de groupes plus radicaux : si vous n'êtes pas avec moi, vous êtes contre moi! Ça ou une déclaration de guerre, même combat!

On reconnaît d'ailleurs un mouvement extrémiste à ceci : il ne propose pas, il impose.

À défaut de pouvoir intervenir sur la scène mondiale, je me dis que si, à la base, on essayait de changer l'expression « j'haïs » par « ça me dérange, parce que... », ça amorcerait peut-être quelque chose comme une discussion plutôt que de braquer encore plus les positions respectives.

Une discussion, ça nécessite d'entrer en contact avec l'autre. Et sans contact, pas de possibilité de se comprendre...

Clin d'œil de la semaine

Les libertés individuelles prennent beaucoup de place. Mais entre deux « je » qui s'opposent, il y a un « nous » essentiel qui se cherche une place pour grandir...      

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