Se loger est un besoin de base pour l'être humain et une bonne partie de nos revenus est consacrée chaque mois pour le paiement du loyer. Idéalement, la plupart des conseillers financiers vont diront que pour avoir un budget équilibré, cette dépense ne devrait pas représenter plus de 25 % de vos revenus brut par mois.
Or, déjà en 2006, plus de 5 000 ménages sherbrookois consacraient au moins 50 % de leurs revenus pour le loyer mensuellement.
C'est notamment le cas de Cleary Daniel qui à chaque mois s'efforce de « joindre les deux bouts ». « Je reçois de l'aide sociale 575 $ par mois, j'habite un 1 et demie dans un logement privé qui me coûte 405 $ par mois, alors après avoir payé les services de base, il ne me reste environ que 95 $ par mois pour manger. Je dois donc me servir des organismes pour avoir de quoi me nourrir, sinon c'est impossible d'arriver. Je voulais donner mon nom pour avoir un logement social, mais on m'a dit que la liste d'attente était de 5-6 ans et même peut-être plus », explique M. Daniel.
« Une famille monoparentale d'un adulte et deux enfants va payer de 550 à 600 $ pour un logement privé. Après avoir payé son logement, il va rester au parent 6,25$ par jour pour se nourrir et nourrir ses enfants et quand un pépin arrive pendant le mois qui exige des dépenses financières, ça fait en sorte que les gens ne peuvent plus payer leur logement. Bien souvent ça engendre chez ces personnes des problèmes de santé, imaginez le stress qu'une personne ressent lorsqu'elle ne sait pas si elle va pouvoir nourrir ses enfants? À l'association des locataires, on reçoit des appels à tous les jours de gens qui pleurent au téléphone, ils nous disent qu'elles ne peuvent plus payer leur logement et qu'ils n'ont rien dans leur frigidaire », mentionne Normand Couture, porte-parole de l'Association des locataires de Sherbrooke.
Pas suffisamment de logements sociaux
Pour l'Association, le manque de logements sociaux à Sherbrooke et dans la province explique en partie l'ampleur de ce problème. C'est pour cette raison qu'elle joint sa voix à de nombreuses personnes et à d'autres organismes tel le FRAPRU pour réclamer dès le prochain budget provincial, la reconduction du programme AccèsLogis avec un financement suffisant pour la réalisation de 50 000 logements sociaux sur 5 ans dont 1 500 par année pour la ville de Sherbrooke.
« Actuellement sur le marché privé, le coût du logement fait que les ménages les plus démunis payent 50% de leurs revenus pour se loger, les seuls endroits ou ils peuvent s'en tirer avec 25%, c'est au niveau du logement social, mais actuellement, il y a des listes d'attente de plusieurs années pour en obtenir un. Ici, nous tâchons de relocaliser les gens qui se retrouvent sans logement ou qui ont besoin de logements moins dispendieux, mais présentement, tout ce que l'on fait, c'est du déplacement de problèmes. Ce qu'on veut, c'est d'arrêter de déplacer les gens et qu'ils puissent se loger convenablement à 25 % de leurs revenus », explique M. Couture.
Rappelons que le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, s'était engagé à faire construire 100 logements sociaux par année jusqu'en 2013, une initiative que salue M. Couture, mais dont la réalisation dépend également des autres instances gouvernementales. « C'est une bonne initiative, mais cette résolution vient seulement du niveau municipal. Québec et Ottawa doivent aussi faire leur part pour continuer de financer le logement social. L'an passé lors du dépôt du budget, le ministre des finances, M. Bachand annonçait une coupure de 1 000 logements sociaux par rapport à l'engagement pris par M. Charest lors des élections de 2008, soit la réalisation de 3 000 logements sociaux par année pour toute la durée de son mandat. Si le fédéral et le provincial ne mettent pas l'argent nécessaire, il n'y aura pas davantage de logements sociaux à Sherbrooke », affirme-t-il.