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Moment de vérité : Les défis budgétaires du Québec

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 23 mars 2022

Hier, le gouvernement du Québec a déposé son budget. Au moment d'écrire cette chronique, je n'ai aucune idée du contenu de ce discours du budget, mais une chose est certaine c'est qu'il devra être porteur de bonnes nouvelles. Année électorale oblige, le gouvernement de François Legault voudra marquer le coup de son empathie avec la population québécoise qui fait face à une inflation galopante notamment sur le plan du coût de l'énergie et de l'insécurité lié aux crises de la pandémie et de l'Ukraine. Réflexions sur l'état des finances publiques du Québec.

Des finances publiques saines

La semaine dernière, comme nous le rapporte le quotidien Le Devoir dans son édition de samedi dernier, l'Institut du Québec (IDQ) a dévoilé une étude réalisée à partir d'outils de simulation économique du Conference Board du Canada selon laquelle il est postulé que non seulement les finances du Québec disposeront d'une marge de manœuvre financière, mais que celle-ci demeurera présente même après que les finances publiques subiront les effets du vieillissement de la population. Selon l'Institut du Québec, les finances publiques québécoises présenteront un fardeau d'endettement équivalent à celui de 2019. C'est dire le travail sérieux qui a été fait pour contenir le rythme des dépenses publiques sous le gouvernement de Philippe Couillard et de son ministre des Finances de l'époque, Carlos Leitão.

À la lumière de cette étude, nous sommes plusieurs, je m'inclus dans le lot, qui devrait regretter les propos très durs que nous avons tenus à cette époque au sujet de l'austérité budgétaire du gouvernement libéral de Philippe Couillard. Il faut rendre à César ce qui est à César et reconnaître que la discipline budgétaire rigoureuse du tandem Couillard et Leitão est l'ingrédient essentiel qui explique la bonne performance budgétaire du gouvernement Legault sur le plan des équilibres financiers du Québec. Il nous faut aussi nous rappeler la loi sur l'équilibre budgétaire du gouvernement péquiste de Lucien Bouchard et la création du Fonds des générations par le gouvernement libéral de Jean Charest. C'est dire que même si l'opinion publique se comporte comme une bête sans contrôle trop souvent, il faut fuir le bruit de la ville et se réfugier dans l'analyse des choses si l'on veut bien comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Cela est vrai aussi pour les finances publiques. Nous sommes des nains sur des épaules de géants comme l'a affirmé Bernard de Chartres, maître du XIIe siècle, dans une métaphore utilisée pour montrer l'importance pour toute personne ayant une ambition intellectuelle de s'appuyer sur les travaux des grands penseurs du passé (les « géants »). Dans ce cas-ci, référer au passé permet de conserver une certaine crédibilité intellectuelle lorsque l'on souhaite commenter l'état des finances publiques québécoises.

Des finances publiques saines

Les prévisions de l'Institut du Québec nous informent qu'à la veille du dépôt du budget par le ministre des Finances caquistes Éric Girard les finances du Québec se portent très bien. Nous nous dirigions vers un déficit de 1,6 milliard de dollars avant le versement prévu au Fonds des générations pour l'exercice 22-23. Après le Québec devrait renouer avec de légers surplus budgétaires malgré les coûts faramineux engendrés par la pandémie avec nos programmes d'aide, nos achats d'équipements de protection, les hausses de salaires des employés de l'État et les campagnes de vaccination. Toujours selon ces mêmes prévisions, ce n'est qu'à partir de 2026-2027 que nous retrouverons des déficits budgétaires qui au cours de cinq ou six ans devraient atteindre le chiffre de 10 milliards de dollars. C'est donc dire que le gouvernement de François Legault est bien en selle et selon toute probabilité il fera réélire un gouvernement majoritaire encore plus imposant que l'actuel. Ce gouvernement a amplement le temps de démontrer de quel bois il se chauffe pour mater une fois pour toutes l'hydre des déficits au pays de Québec. François Legault qui aime se décrire comme le champion de l'économie a de gros défis à relever. Il sera intéressant de voir les résultats de son action sur l'équilibre des finances publiques une fois l'effet Couillard-Leitão disparu.

Des défis urgents...

Face à l'avenir, le gouvernement Legault devra relever quatre principaux défis : le choc démographique, la crise des changements climatiques, la pénurie de main-d'œuvre et la cohésion sociale du Québec.

Le choc démographique se traduira par une réduction des revenus de l'État québécois de 2,83 % et d'une augmentation de ses dépenses de 3,27 % alors que le secteur de la santé augmentera de 4,27 %. Au-delà de ces chiffres inquiétants, c'est tout le système de santé qu'il faut revoir. La pandémie nous en a fait voir les cruelles déficiences et l'incapacité de celui-ci à nous protéger adéquatement. C'est hors de l'ordinaire que des mesures sanitaires populationnelles soient décrétées pour protéger le système de santé plutôt que la population. Le gouvernement Legault a le projet de refonder le système de santé notamment en y introduisant plus de privés. Un débat est à venir sur cette question et cela ne sera pas jojo.

La crise des changements climatiques continue de s'amplifier. Les événements météo ponctués d'inondations, de sécheresse et d'incendies sont très présents dans l'actualité. Malgré la pandémie, cette crise des changements climatiques ne ralentit pas et ses effets seront aussi ou plus dévastateurs encore que celui que nous avons vécu avec la crise sanitaire de la COVID-19. Les convictions sont friables à ce sujet, car cela exige des changements de comportements importants de toute la population. On peut le voir notamment dans la volonté de certains de renouer avec l'économie du carbone en exploitant le pétrole et construisant des pipelines pour répondre aux besoins ponctuels d'énergie de l'Europe devant la guerre en l'Ukraine. Ce qu'il faut faire c'est accélérer la transition énergétique vers des sources d'énergies renouvelables vertes et non pas se servir du prétexte de cette guerre pour justifier notre inaction.

La pénurie de la main-d'œuvre se fait sentir partout. Dans notre vie quotidienne, nous voyons de nombreux établissements commerciaux de proximité fermés faute de relève, des restaurants réduire leurs heures d'ouverture, des entreprises incapables de soutenir la croissance de leurs ventes. La pénurie de la main-d'œuvre est un vrai sujet de préoccupations. Cela demande de repenser les modes de l'intervention de l'État dans l'économie. Plutôt que favoriser la création d'emplois, ces programmes devraient favoriser la création de la richesse. Il faudra aussi repenser les politiques de main-d'œuvre et mettre à contribution toutes personnes en bonne santé et qui souhaitent contribuer à la vie collective en revoyant notamment les taux d'imposition.

Bien sûr, au lendemain de la pandémie et de la crise d'Ottawa, nous ne pouvons ignorer la cohésion sociale du Québec. S'il y a une chose que nous savons mieux maintenant qu'avant la pandémie c'est que la cohésion sociale du Québec peut être mise rudement à l'épreuve en temps de crise. L'individualisme est plus florissant que jamais. Nous sommes loin, malgré les propos du premier ministre Legault qui prétend le contraire, d'un Québec tissé serré et communautariste. La cohésion sociale du Québec devrait figurer au premier plan des préoccupations du gouvernement du Québec. Cela pourrait commencer par la mise au rancart de cette arrogance qui distribue les quolibets méprisants à celles et ceux qui ne partagent pas la vision du monde du premier ministre Legault et des troupes caquistes comme on l'a fait cette semaine à l'endroit de la député de Sherbrooke et leader de Québec solidaire, Christine Labrie, en l'affublant de l'épithète de mère Teresa parce qu'elle défendait la cause des mères sans place de garderies qui souhaitaient obtenir une rente mensuelle pour les payer à rester à la maison. Plutôt que de la baptiser, il aurait plutôt fallu rappeler à madame Labrie qu'elle défendait une position similaire à celle jadis défendue par Mario Dumont, alors chef de L'ADQ, qui voulait donner un salaire aux femmes pour qu'elles restent à la maison. Comme position de gauche progressiste, on a vu mieux.

Le budget 2022 de Legault

Nous savons depuis hier si le gouvernement Legault a réussi à présenter un budget qui répond aux véritables enjeux du Québec pour l'avenir prévisible. Je fais le pari que l'on y retrouvera de nombreuses mesures électoralistes et peu de gestes structurants qui prennent le taureau par les cornes pour assurer l'avenir du Québec en répondant aux défis que représentent le choc démographique, la crise climatique, la pénurie de la main-d'œuvre et la cohésion sociale du Québec. Remarquez, je souhaite être dans l'erreur. Quoi qu'il en soit, ce budget est électoraliste dans le sens que c'est pour le gouvernement Legault son moment de vérité...


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