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La gestion de la diversité religieuse au Québec en l’an 2026

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Jeudi 12 mars 2026

Le Québec fait partie des provinces canadiennes qui accueillent le plus grand nombre d'immigrants. Cela a entraîné des changements importants dans la composition démographique de la province, qui se traduisent, entre autres, par une augmentation de la diversité religieuse de la population. Cette évolution incite les institutions et la société québécoise dans son ensemble à réfléchir sur la manière de concilier ouverture à la diversité, liberté individuelle et préservation des valeurs communes, cohésion sociale et identité nationale.

La tradition du multiculturalisme canadien

Le multiculturalisme est l'un des fondements de l'identité nationale canadienne, qui est inscrit dans l'article 27 de la Charte canadienne des droits et libertés depuis 1982. En effet, le Canada a été le premier pays à adopter une législation sur le multiculturalisme en 1988. Depuis son adoption, la loi canadienne sur le multiculturalisme a servi de base législative à la promotion de la diversité, de l'égalité et de l'inclusion dans notre pays. Elle reconnaît la diversité culturelle comme centrale à l'identité canadienne et elle s'engage à éliminer les obstacles auxquels font face les individus et les communautés de toutes origines dans leur participation à notre société.

Toutefois, depuis quelques années, on observe une diminution de l'acceptation sociale du multiculturalisme au Canada. En 2025, seuls 36 % des Canadiens étaient d'accord pour dire que la diversité et le multiculturalisme font du Canada un pays unique, soit une baisse de trois points par rapport à l'année précédente. Cette situation est généralement attribuée à la mauvaise gestion du système d'immigration, ce qui a entraîné une hausse des sentiments négatifs envers le nombre de nouveaux arrivants et la capacité de la société à les intégrer de manière pérenne.

L'interculturalisme québécois : un modèle distinct face au multiculturalisme canadien

Le Québec se distingue sur la scène canadienne par son approche centrée sur l'interculturalisme. Le rapport Bouchard-Taylor, publié en 2008, a tracé la voie pour cette perspective unique du Québec en ouvrant la discussion sur les « accommodements raisonnables » en lien avec la diversité culturelle et religieuse.

Contrairement au concept de multiculturalisme qui prévaut au Canada, au Québec, l'approche interculturaliste cherche à intégrer harmonieusement la diversité ethnoculturelle et religieuse tout en préservant la langue française et l'identité historique du Québec. Il s'agit d'encourager les nouveaux arrivants à s'adapter au mode de vie français canadien et à respecter des valeurs civiques communes. Cette démarche est considérée cruciale pour garantir la pérennité d'une nation aussi petite que le Québec, qui évolue dans un contexte de minorité culturelle et linguistique sur un continent où l'anglais prédomine.

En 2025, le Québec a franchi une nouvelle étape en adoptant le projet de loi sur l'intégration à la nation québécoise. Ce modèle, inspiré de l'interculturalisme, met de l'avant l'existence d'une culture commune, dont le français est la langue principale. En même temps, il réaffirme que l'égalité des genres et la laïcité de l'État sont des valeurs fondamentales de la société québécoise.

Le débat public sur les symboles religieux au Québec

Le rapport Bouchard-Taylor, publié en 2008, a formulé plusieurs recommandations, dont celle concernant la neutralité religieuse des institutions publiques. Une décennie plus tard, en 2019, le Québec a adopté la Loi 21 sur la laïcité de l'État, qui interdit le port de symboles religieux visibles (le hijab, le turban, la kippa ou de grandes croix), par le personnel de l'État qui occupe une position d'autorité, comme les enseignants, les juges et les policiers.

La laïcité de l'État est un thème récurrent dans les discussions publiques au Québec. Pour les résidents de la province, ce principe s'inscrit dans la tradition de la Révolution tranquille, qui a amorcé le processus d'affranchissement national du Québec et de réduction de l'influence de la religion dans la sphère publique.

Toutefois, il faut souligner que le débat entourant les signes religieux distingue deux aspects. Il y a d'abord la liberté de pratique religieuse dans la sphère privée. Puis, il y a la neutralité religieuse des organismes publics. La Charte canadienne des droits et libertés ainsi que la Charte québécoise des droits et libertés de la personne garantissent la liberté religieuse, qui n'est pas contestée dans la province.

En revanche, selon un sondage réalisé en 2025, 68 % de la population est en faveur de la laïcité de l'État. De plus, 83 % des habitants de la province sont en faveur d'un milieu scolaire neutre sur le plan religieux. En outre, il semblerait que les Québécois soient plus réticents à l'égard de certains signes religieux non chrétiens (hijab, turban, kippa) que de la croix.

L'impact sur la communauté musulmane

Depuis quelques décennies, la diversité religieuse s'est considérablement accrue au Québec. Ce phénomène a donné lieu à des débats sur la laïcité, notamment chez une portion de la population immigrante de confession musulmane, qui représentait 5,1 % de la population provinciale en 2021. Pour certains de ses membres, des symboles religieux tels que le hijab revêtent une grande importance.

Toutefois, les défenseurs de la séparation de l'Église et de l'État au Québec estiment crucial que les institutions publiques et leurs représentants gardent une attitude impartiale et égale dans l'accomplissement de leurs missions. Cela s'assure que les citoyens sont traités de manière égale et impartiale, peu importe leur appartenance religieuse ou ethnique.

Le projet de Loi 94 est la dernière mesure prise par le gouvernement provincial pour renforcer la laïcité dans le réseau scolaire au Québec. Les élèves doivent fréquenter leur école à visage découvert, et il est interdit à tout employé de porter un signe religieux.

Dans ce contexte, le non-respect des règles et des principes de laïcité au Québec peut mener à des tensions, en particulier dans les cas de l'accès à l'emploi et à la participation à la société d'accueil.

Liberté personnelle et cohésion sociale

Dans une société démocratique, le droit de choisir et de pratiquer sa religion est un principe fondamental et universel. Au Canada, la liberté de religion est inscrite dans la Constitution canadienne, aux côtés de la liberté de conscience, de pensée et d'expression.

Au Québec, cette liberté s'inscrit dans un contexte qui met l'accent sur la cohésion sociale et le partage de valeurs civiques communes. Ces valeurs servent de base au vivre ensemble et au sentiment d'appartenance, tout en respectant les spécificités culturelles et historiques de la province et des individus. En effet, la plupart des Québécois estiment que le respect de la liberté de religion implique que les institutions publiques restent neutres.

Cette perspective, la recherche d'un équilibre entre la liberté individuelle et l'unité collective, distingue le Québec du reste des provinces canadiennes. Il s'agit de trouver le juste milieu entre deux principes légitimes : la liberté de choix et de pratique religieuse, d'une part, et la nécessité de préserver un espace public favorisant la cohésion sociale et l'identité propre du Québec, d'autre part.


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