Le Québec fait partie des provinces canadiennes
qui accueillent le plus grand nombre d'immigrants.
Cela a entraîné des changements importants dans la composition démographique de
la province, qui se traduisent, entre autres, par une augmentation de la
diversité religieuse de la population. Cette évolution incite les institutions
et la société québécoise dans son ensemble à réfléchir sur la manière de
concilier ouverture à la diversité, liberté individuelle et préservation des
valeurs communes, cohésion sociale et identité nationale.
La tradition du multiculturalisme canadien
Le
multiculturalisme est l'un des fondements de l'identité nationale canadienne,
qui est inscrit dans l'article 27 de la Charte canadienne des droits et
libertés depuis 1982. En effet, le Canada a été le premier pays à adopter une
législation sur le multiculturalisme en 1988. Depuis son adoption, la loi
canadienne sur le multiculturalisme a servi de base législative à la promotion
de la diversité, de l'égalité et de l'inclusion dans notre pays. Elle reconnaît
la diversité culturelle comme centrale à l'identité canadienne et elle s'engage
à éliminer les obstacles auxquels font face les individus et les communautés de
toutes origines dans leur participation à notre société.
Toutefois,
depuis quelques années, on observe une diminution de l'acceptation sociale du
multiculturalisme au Canada. En 2025, seuls 36 % des Canadiens étaient
d'accord pour dire que la diversité et le multiculturalisme font du Canada un
pays unique, soit une baisse de trois points par rapport à l'année précédente. Cette
situation est généralement attribuée à la mauvaise gestion du système
d'immigration, ce qui a entraîné une hausse des sentiments négatifs envers le
nombre de nouveaux arrivants et la capacité de la société à les intégrer de
manière pérenne.
L'interculturalisme québécois : un modèle distinct
face au multiculturalisme canadien
Le
Québec se distingue sur la scène canadienne par son approche centrée sur
l'interculturalisme. Le rapport Bouchard-Taylor, publié en 2008, a tracé la
voie pour cette perspective unique du Québec en ouvrant la discussion sur les
« accommodements raisonnables » en lien avec la diversité culturelle
et religieuse.
Contrairement
au concept de multiculturalisme qui prévaut au Canada, au Québec, l'approche interculturaliste
cherche à intégrer harmonieusement la diversité ethnoculturelle et religieuse tout
en préservant la langue française et l'identité historique du Québec. Il s'agit
d'encourager les nouveaux arrivants à s'adapter au mode de vie français
canadien et à respecter des valeurs civiques communes. Cette démarche est
considérée cruciale pour garantir la pérennité d'une nation aussi petite que le
Québec, qui évolue dans un contexte de minorité culturelle et linguistique sur
un continent où l'anglais prédomine.
En
2025, le Québec a franchi une nouvelle étape en adoptant le projet de loi sur
l'intégration à la nation québécoise. Ce modèle, inspiré de
l'interculturalisme, met de l'avant l'existence d'une culture commune, dont le
français est la langue principale. En même temps, il réaffirme que l'égalité
des genres et la laïcité de l'État sont des valeurs fondamentales de la société
québécoise.
Le débat public sur les symboles religieux au Québec
Le
rapport Bouchard-Taylor, publié en 2008, a formulé plusieurs recommandations,
dont celle concernant la neutralité religieuse des institutions publiques. Une
décennie plus tard, en 2019, le Québec a adopté la Loi 21 sur la laïcité de
l'État, qui interdit le port de symboles religieux visibles (le hijab, le turban,
la kippa ou de grandes croix), par le personnel de l'État qui occupe une
position d'autorité, comme les enseignants, les juges et les policiers.
La
laïcité de l'État est un thème récurrent dans les discussions publiques au
Québec. Pour les résidents de la province, ce principe s'inscrit dans la
tradition de la Révolution tranquille, qui a amorcé le processus d'affranchissement
national du Québec et de réduction de l'influence de la religion dans la sphère
publique.
Toutefois,
il faut souligner que le débat entourant les signes religieux distingue deux
aspects. Il y a d'abord la liberté de pratique religieuse dans la sphère
privée. Puis, il y a la neutralité religieuse des organismes publics. La Charte
canadienne des droits et libertés ainsi que la Charte québécoise des droits et
libertés de la personne garantissent la liberté religieuse, qui n'est pas
contestée dans la province.
En
revanche, selon un sondage réalisé en 2025, 68 % de la population est en
faveur de la laïcité de l'État. De plus, 83 % des habitants de la province
sont en faveur d'un milieu scolaire neutre sur le plan religieux. En outre, il
semblerait que les Québécois soient plus réticents à l'égard de certains signes
religieux non chrétiens (hijab, turban, kippa) que de la croix.
L'impact sur la communauté musulmane
Depuis
quelques décennies, la diversité religieuse s'est considérablement accrue au
Québec. Ce phénomène a donné lieu à des débats sur la laïcité, notamment chez
une portion de la population immigrante de confession musulmane, qui
représentait 5,1 % de la population provinciale en 2021. Pour certains de
ses membres, des symboles religieux tels que le hijab revêtent une grande
importance.
Toutefois,
les défenseurs de la séparation de l'Église et de l'État au Québec estiment
crucial que les institutions publiques et leurs représentants gardent une
attitude impartiale et égale dans l'accomplissement de leurs missions. Cela
s'assure que les citoyens sont traités de manière égale et impartiale, peu
importe leur appartenance religieuse ou ethnique.
Le
projet de Loi 94 est la dernière mesure prise par le gouvernement provincial
pour renforcer la laïcité dans le réseau scolaire au Québec. Les élèves doivent
fréquenter leur école à visage découvert, et il est interdit à tout employé de
porter un signe religieux.
Dans
ce contexte, le non-respect des règles et des principes de laïcité au Québec
peut mener à des tensions, en particulier dans les cas de l'accès à l'emploi et
à la participation à la société d'accueil.
Liberté personnelle et cohésion sociale
Dans une société démocratique, le droit de
choisir et de pratiquer sa religion est un principe fondamental et universel.
Au Canada, la liberté de religion est inscrite dans la Constitution canadienne,
aux côtés de la liberté de conscience, de pensée et d'expression.
Au Québec, cette liberté s'inscrit dans un
contexte qui met l'accent sur la cohésion sociale et le partage de valeurs
civiques communes. Ces valeurs servent de base au vivre ensemble et au
sentiment d'appartenance, tout en respectant les spécificités culturelles et
historiques de la province et des individus. En effet, la plupart des Québécois
estiment que le respect de la liberté de religion implique que les institutions
publiques restent neutres.
Cette perspective, la recherche d'un équilibre
entre la liberté individuelle et l'unité collective, distingue le Québec du
reste des provinces canadiennes. Il s'agit de trouver le juste milieu entre
deux principes légitimes : la liberté de choix et de pratique religieuse,
d'une part, et la nécessité de préserver un espace public favorisant la
cohésion sociale et l'identité propre du Québec, d'autre part.