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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Comme un coup au cœur

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François Fouquet Par François Fouquet
Mardi 2 janvier 2024

Cette chronique du Nouvel An 2024 est née le 30 décembre 2023. À deux petits pas de la fin de l'année.

Je suis en voiture. Tôt le matin. Je veux mettre la main sur la dernière édition papier de la Tribune. En route, à la radio, les deux premières manchettes d'un bulletin de nouvelles me frappent de plein fouet. Les sujets? Pas la FIQ (Fédération interprofessionnelle du Québec) qui n'a toujours pas d'entente avec le gouvernement; pas la guerre qui dévoile chaque jour un peu plus de son visage dégueulasse; pas les soubresauts de l'hiver et la chaleur installée; pas les urgences qui débordent...

Rien de tout ça. C'est aussi troublant, mais à un autre niveau. Je les reçois comme un coup au coeur. 

Première manchette : elle concerne Amazon. Le modèle d'affaires de l'entreprise qui assure un retour de marchandise gratuit si l'item n'est pas satisfaisant, conjugué à l'habitude des consommateurs de commander plus d'items que nécessaire en se disant qu'on retourne le surplus, créent un fiasco innommable :  un manque à gagner de mille milliards de dollars à Amazon, une multiplication des transports sur route et des surplus de marchandises qui se retrouvent on ne sait pas toujours où, bref, une catastrophe économique et écologique.

Un exemple? Une offre commerciale pour une paire de chaussures attire l'attention de Simon. Il en a un subit et puissant besoin. Il en commande trois paires pour être sûr d'en avoir une à sa pointure. « Les grandeurs en Asie sont moins fiables qu'ici », argue-t-il. Il retourne donc deux paires à Amazon.

Évidemment, Amazon ne veut et ne peut pas gérer tout ça, quand on multiplie l'exemple par un million de commandes! Naissent alors des commerces qui « ramassent » le tout et revendent des trucs à plus grand rabais encore. Mais en vente ferme (ou finale). Ce qui fait que si j'achète un bidule électronique qui a été endommagé, je le sacre à la poubelle. Ou j'encombre bien inutilement un comptoir de « serpuariens» de ma ville.

Deuxième manchette : le 9-1-1. Ça se passe en Colombie-Britannique. On y publie le registre des appels les plus niais (c'est mon qualificatif.!) qui ont été faits au 9-1-1.  Les autorités publient ces messages pour sensibiliser les gens à la réalité de ce qui est une urgence ou non.

Des exemples :

-       J'ai perdu mon téléphone cellulaire...

-       J'aimerais connaître la route du retour à la maison après le concert de Drake

-       UberEats n'a pas encore livré ma commande

-       La nuitée que j'avais réservée vient d'être annulée par l'hôte sur AirB&B...

C'est cocasse? Anecdotique? 

Ni l'un, ni l'autre, à mon oeil.

D'abord, des conneries du même type sont recensées sur une base quotidienne (ça détruit l'aspect anecdotique) et des exemples comme « le feu de circulation ne change pas assez rapidement au vert » ou « la coupe de cheveux reçue est vraiment ratée » ne sont pas cocasses, mais pathétiques.

Pourquoi si troublant?

Parce que jusque-là, je me préparais à franchir l'année en souhaitant la fin des grèves dans le secteur public, la fin des guerres à gauche et à droite, un retour de temps climatique plus « normal », etc...

Bref, je souhaitais plein de trucs sur lesquels ce sont les autres qui ont un impact. Les gouvernements, en premier lieu.

L'exemple d'Amazon et du 911 en Colombie-Britannique ramène la notion à chaque citoyen. Donc, à moi aussi...

Le fiasco d'Amazon, parce que c'en est un, est nourri par le même sentiment qui motive des gens à faire des appels non urgents au 9-1-1 : le sempiternel et exponentiellement grandissant : « oui, mais moi... »

 

Le « oui, mais moi... », c'est le dernier-né de notre liberté individuelle. Cette liberté qui, appliquée de façon résolument égocentrique, se sert de toutes les ressources disponibles pour assurer mon bien-être personnel.

Les autres?

"Qu'y fassent pareil! C'est toute!"

Bonne année 2024

Je nous souhaite une année au cours de laquelle on réapprendra personnellement et collectivement, à ne pas penser qu'à soi dans notre façon de consommer et de se servir des ressources disponibles.

Je fais le pari que l'ouverture à autre chose qu'au « oui, mais moi » peut devenir assez valorisant pour être personnellement stimulant et par lien de cause à effet, collectivement constructif.

On essaie ça?

Pas game, allez!

Bonne année à vous.

Mais surtout bonne année à nous...

 

Clin d'œil de la semaine

Je nous souhaite moins de coups au cœur et plus de coups de cœur en 2024!



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