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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Comme un coup au coeur

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François Fouquet Par François Fouquet
Mardi 11 octobre 2022

Population nomade ou sédentaire. Je me souviens de la distinction décrite par mes professeurs d'histoire quand ils parlaient des « indiens du Canada ».

Pour l'enfant des années 1960 que j'étais et qui vivait dans un bungalow modeste, mais confortable, le mot nomade représentait l'ancien temps, celui d'avant l'évolution qui, enfin, nous procurait une maison avec l'eau courante et l'électricité et tout.

« Pauvres eux autres! », que je me disais en pensant aux nomades tout en faisant mes devoirs sur un bureau juste à moi et en attendant que mon « programme » télé commence! « Imagine, quand t'es nomade, t'as rien de tout ça! », que je me disais. Imaginez, déjà, je trouvais que d'autres avaient déjà bien plus et bien mieux que ce dont je disposais!

La vie de sédentaire...

On vit au rythme de la vie qu'on s'est construite. C'est comme ça. Nous avons une dépendance pour les horloges et tout ce qui marque le temps, les minutes, les secondes. L'inconcevable retard ou l'obstacle qui bouscule ce qui était prévu est source de frustration, de colère.

Notre tolérance est nulle. Et s'exprime souvent bien plus violemment que nécessaire (comme si c'était nécessaire, d'ailleurs!)

Puis, en début de juin, ce coup au cœur, alors que je participe à un congrès de la Fédération des coopératives funéraires du Québec. Un atelier est prévu en après-midi : les rituels funéraires chez les Premières Nations. Nous sommes à Mont-Laurier. Un groupe de personnes animent l'atelier. Des aînés pour la plupart. Hommes et femmes.

J'arrive à cet atelier en portant le sac à dos des connaissances apprises sur les gens des Premières Nations. Le compartiment des préjugés est pas mal rempli.

Je trouve qu'ils s'expriment lentement. Je me dis que c'est la barrière de la langue, peut-être. Il m'a fallu un bout avant de comprendre que s'il y avait une barrière, c'était la mienne: j'étais écorché par le fait que le rythme n'était pas celui auquel on est habitués. Denise Filiatrault se serait exclamée : « Envoye, enchaîne, enchaîne! »

Puis, je me suis arrêté au propos. À leur rapport avec la vie, avec la mort. En lieu et place d'une promesse de vie éternelle, de l'appartenance à un dieu, ils reviennent souvent à l'Être qui les guide : Mère Nature (Mother Nature).

Puis, on nous explique qu'avant de faire une présentation ou un rituel, ou encore avant de s'engager dans une démarche plus solennelle, ils prennent un temps d'arrêt. Ils font brûler un peu de sauge (il me semble que c'était de la sauge). Dès que de la fumée s'échappe, ils font un geste de leurs deux mains pour amener un peu de cette fumée sur eux. Pour se rappeler qu'une intervention est importante. Qu'il faut réfléchir. Que la colère n'est pas bonne conseillère. Qu'il faut prendre le temps de bien faire et, surtout, de se préparer pour bien le faire.  

Surtout, il faut se rappeler que ce qu'on va dire ou faire doit être dit ou fait en respectant Mère Nature. Parce que la vie sur terre est régie par des lois naturelles qu'il nous incombe de respecter.

Je sais, je sais... Chez les peuples autochtones, il y a des problèmes d'alcool, de non-emploi, de violence et de suicide. Je sais. Et ils ne paient pas de taxe, je sais. Et ils détruisent les maisons qu'on leur a construites. Et tout, et tout...

Je retiens une chose : notre relation avec les Premières Nations est un gâchis fondé sur notre prétention et notre arrogance. On a tout fait pour casser leur culture leurs familles. On a tout fait pour les amener à nous ressembler.

Nous ressembler, c'est ce qui est arrivé, je crois bien : notre société est confrontée à des problèmes d'alcool, de drogue, de violence, de suicide, d'anxiété qui se généralise, de logement qui devient de moins en moins accessible...  

Comme un coup au coeur

Je reviens au coup au cœur. Il est venu en fin de présentation, à Mont-Laurier. Si certains le souhaitaient, il leur était possible de vivre le petit rituel de la sauge. Nous y sommes presque tous allés! Et tant pis pour le chamboulement d'horaire qui venait gruger le temps de pause prévu.

Cette pause-là valait bien mieux.

Une pause payante. Un moment solennel. Où on se sent habité par le bien être du temps d'arrêt.

Le rituel m'habite encore.   

 

Clin d'œil de la semaine

Nous avons bousculé impunément des peuples installés depuis des millénaires en déclarant que leur terre est nôtre. Et ce sont eux qu'on a nommés « sauvages »...



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