Je le dis comme il me semble que c'est, tenant pour acquis
que la notion est universelle : chacun a besoin d'un refuge.
Cela dit, il y a plusieurs types de refuges. Certains sont
concrets : la voiture pour certains, le chalet, le kayak, le sentier
boisé, etc.
Quand la pression est trop forte, quand les choses se
bousculent un peu trop à notre goût, voilà que ça prend une sorte de refuge. Un
endroit où se poser.
Et là, évidemment, les refuges prennent des formes
différentes selon les moyens à notre disposition. Parfois, les plus riches
auront un refuge doré dans une sorte de villa qu'ils occupent quelques semaines
par années. Parfois aussi, qu'on soit riche ou non, une marche de quelques
heures avec soi-même fait le travail!
Je me suis demandé, cette semaine, quel serait mon refuge.
Je ne me sens pas l'obligation de le dévoiler, mais je
voulais surtout partager la réflexion qui a amené cette question. Le
bombardement des informations par toutes sortes de plateformes ne me laisse pas
indifférent. Pas du tout. Je suis troublé par les nouvelles qui circulent. Par
le lot de mensonges aussi! J'en ai parlé déjà, mais chaque jour, sur mon fil
Facebook, il y a des confirmations d'échanges ou des pseudo-scandales touchant
des joueurs de la ligue nationale de hockey. Presque toujours fausses.
Évidemment, je ne clique plus, m'étant vite aperçu que ce sont des ramassis de
phrases vides servant de liant pour une panoplie de publicités douteuses.
C'est comme ça pour le sport, la politique, les guerres,
l'économie...
De quoi provoquer un dérapage.
Et se soustraire de tout ce qui est média social est plus
difficile qu'on le croit.
Bref.
La vie va vite, les rues sont bloquées un peu partout sur le
territoire de ma ville, les automobilistes sont nerveux, fâchés, impatients.
Eux aussi sont touchés par tout ce dont je vous parle.
Bloqué dans une longue file de voitures, je me suis demandé,
en regardant à gauche et à droite, quel était le refuge de ce monsieur ou de
cette dame. Visiblement, ce n'était pas leur voiture (!), même si chacun était
seul dans la sienne!
Je m'imaginais le chalet pour le gars de la Mercedes et le
camping pour la dame en Subaru. Pas mal cliché, mon affaire!
Puis, le temps disponible aidant, je me suis mis à inventer
des scénarios.
« Celle-là vient de vivre un deuil. Elle se retrouve à
tout organiser toute seule pour les vacances avec ses deux enfants. Elle a eu
le déni comme refuge, mais là, la réalité la rattrape. Elle rêve d'être seule
un petit peu, mais là, ce n'est pas possible. Elle a l'air stressée parce
qu'elle n'a pas identifié son prochain refuge... »
« Celui-là klaxonne pour bousculer le temps d'arrêt. Il
considère que chaque minute qu'il perd dans le trafic lui est sauvagement
enlevé par des incompétents de la planification des travaux ou des incompétents
du volant. Lui, évidemment, est bon dans les deux. Sa pression sanguine
augmente, ses jointures sont blanchies par l'effort de serrage du volant et il
a probablement plus de chance de se retrouver à l'urgence qu'au chalet... »
Nous sommes tous des réfugiés
Je me disais, ensuite, qu'au fond, j'ai souvent l'impression
de naviguer dans un quotidien qui n'est plus le mien. Je suis une sorte de
réfugié dans ce monde intense, rapide, et géré en mode urgence parce qu'il faut
tout sauver en même temps : l'économie, l'écologie, les conneries, les
tueries et les menteries...
Réfugié dans un monde de plus en plus multiculturel et de
plus en plus incertain. Pour moi, l'incertain ne vient pas avec le
multiculturalisme. Il vient avec le politique, l'économique, les changements
climatiques.
À la fin du compte, ce sont les humains que nous côtoyons
qui importent. Et je me réfugie dans le fait que, lorsque tout se met à
s'écrouler, la solidarité embarque et, soudainement, on a mieux à faire que de
deviner qu'untel ou qu'unetelle doit penser ceci ou faire cela et qu'on
ne l'aime pas à cause de ça.
La solidarité, c'est comme la mémoire : ça finit par
filtrer le moins bon et ça se concentre sur le bon. Dans le cas de la
solidarité, le bon, c'est l'utile.
On dirait que le fait de penser de cette façon-là m'aide à
éclipser un peu l'anxiété qui frappe parfois à la porte de mon quotidien.
Bon refuge à vous, quel qu'il (ou qu'ils!) soit!
Clin d'œil de la semaine
Je me suis fait une liste d'écoute musicale appelée
« refuge ». La musique est un pas pire endroit pour s'évader
tranquille...