Urgence et mode de vie contemporain 2026 semblent
synonymes.
L'urgence est
partout. Elle guide nos pas.
Je me mets dans
la peau d'un citoyen et je vous propose deux histoires
vraisemblables.
Histoire
numéro 1
À peine la
voiture démarrée, J'ai en tête que dans 12 minutes, je serai
arrivé à destination. Notez que le 12 peut être remplacé
par n'importe quelle autre variable, le résultat est le même.
Donc, la voiture
démarre. Comme j'ai voulu vraiment maximiser l'utilisation de
mon temps avant de démarrer la voiture, le trajet doit se dérouler
parfaitement bien. Le temps prévu pour me rendre à mon rendez-vous
est de 12 minutes.
Chaque feu qui
tourne au rouge avant que j'arrive à l'intersection provoque une
attente qui me semble infiniment longue.
« Comment
ils figurent ça, le temps de rotation des lumières, ces tarlas
d'in-nénieurs? » Je fulmine déjà.
Le cadran
numérique de ma voiture, qui m'indique l'heure en temps réel,
accélère la cadence, j'en suis sûr, et déboule les minutes de
plus en plus vite.
À l'angle de
deux rues pas si passantes, une conduite d'eau a cédé. Travaux
d'urgence. Il faut faire un détour.
« Travaux
d'urgence...et mon urgence, à moi, qui s'en occupe? »
La pression
monte.
Je m'adresse à
voix basse au conducteur qui me précède : « Envoye,
crétin, tu pourrais rouler plus vite sans que personne n'en
souffre et tu respecterais mon état d'urgence! »
Ça y est, je n'y
serai pas à temps.
Mon esprit est
comme une laveuse à spin. Je me dis que 2 ou 3 minutes
supplémentaires ne compromettront rien, après tout. Il me semble
que c'est un laps de temps acceptable avant de provoquer
l'impatience de la personne chargée de l'horaire du
professionnel que je m'en vais consulter.
J'arrive avec 8
minutes de retard. Un retard, ma foi, absolument inévitable. Une
succession d'imprévus qui me déjouent complètement. Je m'en
excuse, spécifiant que je le fais surtout au nom de tous ces
empêcheurs d'avancer qui m'ont obstrué la route.
« Oui, oui,
ça va... Madame Unetelle vous attend... », répond le
réceptionniste avant de retourner à son écran d'ordinateur.
« Aucune
empathie! », me dis-je.
Histoire
numéro 2
J'envoie un
courriel de suivi. Mon courriel confirme une donnée, mais il demande
aussi une confirmation de la part de mon correspondant.
5 minutes
passent. Je me dis que ce n'est pas si urgent, quand on y pense
bien.
Après 10
minutes, je considère la chose inconcevable. « Sibole,
réponds-moi! C'est pas comme si j'avais rien d'autre à
faire! »
2 autres minutes
passent. « Je vais le texter, ça ira plus vite! »
J'ai pris la
peine d'activer la fonction disponible pour savoir si le texto a
été lu. C'est le cas. « Il ne répond pas volontairement!
C'est fou comme le respect n'existe plus! Sibole, répond! »
Après 3 minutes,
je considère la perte de temps immense qu'il me fait subir.
J'imagine tout ce que j'aurais pu faire plutôt que de
l'attendre.
« On vit
dans un monde sans morale! », me dis-je.
Je l'appelle...
Il décroche au
bout de plusieurs sonneries. « Salut, j'ai interrompu une
rencontre, ça semble vraiment urgent? »
« C'est
pour confirmer pour jeudi prochain... »
« T'es
sérieux, pis tu gosses comme ça pour ça? C'est dans une
semaine! »
« Oui, mais
j'ai besoin de savoir pour prévoir mes choses et c'est
maintenant que je regarde mon horaire de la semaine prochaine! Toi,
si tu as à appeler le 9-1-1, tu t'attends pas à une réponse
rapide? »
L'interlocuteur
expire bruyamment : « Je ne pourrai pas y être jeudi
prochain, finalement. Je raccroche. Salut. »
« Aucun
respect pour moi. Pas d'empathie... Sibole, on s'en va où? »
Fin des
histoires.
Et la morale? Du
genre : quand on magnifie chacun de nos gestes en urgences,
on développe un sentiment de « victimite » aigue envers
tous ceux qui nous bloquent la route un tant soit peu.
Pour le moment,
je n'en suis pas là. Pour tout dire, je suis confus.
C'est que je
pense que je viens de comprendre pourquoi on ne reconnaît pas
l'urgence climatique!
On a juste trop
d'urgences plus urgentes à régler...
Clin d'œil de
la semaine
Je pourrais
perdre mon temps à sortir dehors pour admirer les couleurs de
l'automne. Mais pourquoi donc? J'ai une photo fabuleuse qui met
tout ça en lumière sur mon fonds d'écran d'ordinateur...