Chaque humain a ses sensibilités. Chaque humain est touché,
de manière parfois imprévisible par ce qu'il touche, voit, entend ou sent.
C'est exactement ce qui arrive avec l'art. Un wow qui
s'exprime instantanément devant un dessin, une peinture, un bout de texte,
c'est de la beauté qui s'imprime en soi qui s'exprime par ces trois petites
lettres : wow.
Après le wow, vient souvent l'erreur. Celle de tenter
d'expliquer pourquoi on est touché par quelque chose.
Je dis erreur, parce la tendance est souvent de mettre bien
trop de mots à la suite des uns et des autres pour tenter d'exprimer ce qui
s'est passé en soi. Une longue série de mots qui, même si savamment alignés,
n'arriveront juste pas à rivaliser d'intensité avec le wow.
Cette semaine, je suis tombé, au gré d'un hasard guidé par
un algorithme (ce qui subitement détruit la notion de hasard, d'ailleurs!) sur
une vidéo de Jacob Collier, un musicien génial né en Angleterre. J'ai écouté
plusieurs de ses entrevues. Le mot pont revient souvent. Pont dans le
sens de relation entre les choses, entre les humains.
Il est passionné par les harmonies crées par l'ajout de
certaines notes dans des accords, par le mélange des voix qui chantent des notes
différentes, mais deviennent un air puissant quand elles sont réunies par des
ponts. Collier aime jouer avec la foule et les faire chanter des notes en
séparant la salle. Il joue ensuite au chef d'orchestre et devient un semeur de
ponts entre les gens, créant des effets d'une grande puissance!
Les ponts et les destructeurs de ponts
J'entendais Collier parler des ponts qu'il crée et je me
disais qu'il nage à contre-courant de notre ère, globalement.
De fait, et presque par définition, les influenceurs qui
inondent littéralement le paysage média-social sont des destructeurs de
ponts. Pas toutes. Pas tous. Je sais. Mais une très grande majorité.
Quand on essaie d'imposer un point de vue, une manière de
penser, bien on détruit des ponts. On se crée une sorte de fratrie toute
virtuelle, mais elle devient vite exclusive. N'entre pas qui veut. Et qui veut
doit embrasser notre point de vue.
Tout, dans le modèle de société polarisée, tend à diviser en
clans.
Jacob Collier ne peut être partout pour faire bien résonner
des voix aux notes différentes! Et faire raisonner des gens tout court...
Tout ça me passe par la tête, en cette dominicale matinée
qui donne lieu à l'écriture hebdomadaire de cette chronique.
Je lisais le compte-rendu du triomphe d'Angine de poitrine,
ce duo qui bouleverse les foules, semant, une sorte de plaisir organique sur
son passage. Le plaisir était à son comble au festival de Jazz de Montréal en
cette fin juin.
Je me réjouissais de ce succès quand j'ai vu commencer à
poindre des commentaires poches, haineux et totalement irrespectueux apparaître
sur les médias sociaux.
À n'y rien comprendre...
Ce qui me surprend, ce n'est pas que quelqu'un affirme
détester Angine de poitrine. C'est juste normal.
Ce que je n'accepte pas plus que je ne le comprends, c'est
qu'on se sente l'obligation de le crier sur tous les toits et de traiter celles
et ceux qui ont du fun de ci et de ça. Comme pour briser définitivement des
ponts.
Je ne comprends pas qu'on s'évertue à semer de la haine autour
d'une proposition musicale et théâtrale qui ne souhaite que créer des ponts et
semer du plaisir. Et qui, si elle ne plaît, nécessite seulement qu'on regarde
et écoute autre chose!
Quand on fait des statuts du genre, on brise des ponts entre
les gens parce qu'on les isole des autres. On devient plus facilement
manipulables ainsi, d'ailleurs. L'isolation et la manipulation sont les armes
de prédilection de bien des influenceurs!
Puis, tout ce temps investi à détruire des ponts en
s'attaquant à ce que l'on n'aime pas, c'est du temps qu'on soustrait à des
découvertes qui pourraient ouvrir le cœur et l'esprit.
Je l'ai déjà dit ici, mais je persiste et signe :
l'ouverture de l'esprit ne nécessite pas du tout une fracture du crâne pour se produire.
Pas plus qu'on devrait attendre une angine de poitrine pour s'oxygéner le cœur...
Clin d'œil de la semaine
Réflexion : mes mains sont semblables, mais chacune a
ses forces et ses limites. Au final, elles font des choses différentes. Mais
c'est l'union de la droite et de la gauche qui me fait accomplir le plus de
choses!