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Art public et urbain à découvrir

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Photo : Sans motifs apparents, sinon le fait d’une crânerie après une soirée bien arrosée, la sculpture vandalisée de David James a fait les manchettes de plusieurs quotidiens et médias électroniques ces derniers jours (crédit photos: Arlette Vittecoq).
Sylvie L. Bergeron Par Sylvie L. Bergeron
Vendredi 11 août 2017

En moins de deux, et pas seulement pour les amateurs et collectionneurs d'oeuvres d'art, la nouvelle a fait le tour du Québec. Sans motifs apparents, sinon le fait d'une crânerie après une soirée bien arrosée, la sculpture vandalisée de David James a fait les manchettes de plusieurs quotidiens et médias électroniques ces derniers jours.

Installée depuis le début de l'été, dans la cour arrière du Musée des beaux-arts de Sherbrooke, après celle du coq emblématique de Joe Fafard, l'œuvre « Entre ciel et terre » a été saccagée dans la nuit de vendredi à samedi. En plus d'avoir été arrachée littéralement de son socle en granit, la boule d'acier inoxydable a été jetée dans les tourbillons de la gorge, près du pont Gilbert-Hyatt qui surplombe la rivière Magog, au centre-ville.

Voilà les faits attestés par le Service de police de la Ville, lesquels ne laissent aucun doute sur la gratuité du geste. Cet acte répréhensible nous permet aujourd'hui de partager une première réflexion sur l'art public et urbain, voire sur l'art en général.

À Sherbrooke, par exemple, nous recensons 35 œuvres dans une collection qui se présente sous forme de sculptures, d'installations, de peintures, de murales et de monuments commémoratifs. Elles sont disposées dans des espaces publics, intérieurs et extérieurs, sur des murs, dans des parcs, des places ou des sites de la ville. Par leur facture, leur dimension ou authenticité, elles font partie depuis leur mise en place du paysage.

Dans cette chronique, loin de moi l'idée d'accuser sans preuve, mais l'incident du 4 août vaut tout de même une réaction. Sans être acrimonieuse, fielleuse, bougonne, atrabilaire ou grincheuse, permettez-moi une vague semonce envers ces rustauds, malotrus, goujats, pignoufs, malappris, gougnafiers..., qui ont violé l'espace public que s'efforcent d'embellir à coups d'originalité certains de nos artistes parmi les plus créatifs. Soulignons d'ailleurs les propos nuancés qu'ont émis après l'incident la directrice générale du Musée, Cécile Gélinas, ainsi que Mathieu Binette et Jean-Marc Tétro, deux sculpteurs estriens à la couenne dure.

Pour les puristes, vandaliser une œuvre d'art, de même une pierre tombale dans un cimetière, c'est comme piller, profaner, saccager, voler ou violer un bien culturel « qui possède, selon l'UNESCO, du point de vue de l'histoire, du patrimoine, de la religion, de la science, de la nature, une valeur universelle exceptionnelle ».

Bien qu'il puisse s'agir d'une simple bravade somme toute rarissime, ce n'est pas la première fois qu'on met à mal une œuvre d'art à Sherbylove ou en région. Issues de la Politique d'intégration des arts à l'architecture et à l'environnement, vieille déjà de plus de 50 ans, ou encore de la collection d'une ville, ces œuvres passent souvent inaperçues, quand elles ne sont pas pointées du doigt. Alors que certaines suscitent de vives réactions, d'autres entraînent en effet une trop fade incompréhension, tant il est vrai que pour les apprécier à leur juste valeur il faille plonger un peu plus dans leur source d'inspiration.

On se souviendra donc des tags et graffitis qui ont maquillé certains immeubles ou quelques murales au centre-ville de Sherbrousse. Que dire aussi de la disparition au Marché de la gare d'une des chaises poétiques de Michel Goulet qui, à l'instar de Montréal, Toronto et Lyon, en France, a voulu doter sa ville natale d'une installation dont le titre, « Nulle part/Ailleurs », allait ouvrir à la poésie et au voyage.

À titre indicatif, pensons encore à la sculpture-hommage à la patineuse Sylvie Daigle de Pierre Chouinard et aux bas-reliefs en bronze de la fontaine commémorative James-Simpson-Mitchell, qui ont été tous deux malmenés, et rappelons enfin les récriminations à l'égard de la très controversée sculpture de Pierre Bourgault-Legros, à l'angle des rues Frontenac et Belvédère, parce qu'elle semble entraver l'accès de l'édifice gouvernemental. Et pourtant...

L'ignorance, l'indifférence, la méconnaissance, l'aveuglement, parfois, peuvent jouer dans la juste appréciation d'une œuvre d'art. Figurative, abstraite, immatérielle, celle-ci renvoie toutefois à des fonctions essentielles : esthétiques, humaines, morales et ontologiques, c'est-à-dire débordant le cadre métaphysique pour la théorie de l'être en soi.

Or, s'il est vrai de dire, comme nous l'aura enseigné l'essayiste André Malraux, devenu ministre délégué à l'information, puis ministre à l'expansion et au rayonnement de la culture française, sous Charles de Gaulle, « l'art ne doit servir à rien, mais il reste indispensable pour vivre, car c'est lui qui fait voir le monde, autant par sa pluralité de sens, hautement critiques et libertaires, que par la sublimation de la vraie nature et de l'être essentiel. »

Dans cette optique, se poser la question de savoir à quoi sert l'art et s'il est utile, c'est poser les bases d'une réflexion fondamentale sur notre appartenance au monde. Bafouer une œuvre d'art constitue, par opposition, une forme de sacrilège, une atteinte à la culture, entendue comme l'ensemble des phénomènes matériels et idéologiques qui forment la société dont nous sommes tributaires.

Pour se convaincre alors de l'enrichissement que proposent les œuvres d'art, on pourra découvrir les circuits suivants : Art public de Sherbrooke, Balado Découverte, Apéro, arts, histoire et savoir, une randonnée au cœur de l'Université de Sherbrooke, le Chemin des fresques et la toute nouvelle application Muralis pour plonger dans l'histoire de Sherbrooke.


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