L'hypothèse avancée par le chirurgien vasculaire italien Paulo Zamboni, comme quoi la maladie de la sclérose en plaques serait une maladie causée par une insuffisance vasculaire, est de nouveau infirmée, cette fois par une équipe du CHUS.
En effet, par le biais d'une écographie veineuse, l'équipe du neurologue Albert Lamontagne et de la résidente senior en radiologie, Dr Neda Tehranipour, a essayé de confirmer ou de documenter les changements observés il y a deux ans par le Dr Zamboni en ce qui concerne la circulation sanguine dans le corps des personnes atteintes. Or, ses résultats ne permettent pas de corroborer ceux obtenus par le Dr Zamboni.
Une hypothèse controversée
L'étude de Zamboni suppose que la Sclérose en plaques (SP) serait une maladie causée par une insuffisance vasculaire, un rétrécissement veineux ou à l'obstruction de veines dans le cou. Cela causerait dans certains cas un reflux du sang vers le cerveau, où seraient alors déposés des dépôts ferreux. L'ensemble de ces circonstances pourrait contribuer à déclencher la maladie et les réactions immunitaires qui s'en suivent. Selon lui, l'angioplastie, une chirurgie servant à débloquer les veines, aiderait à réduire les symptômes. Le Dr Zamboni avance donc que la maladie serait due à une perturbation de la circulation sanguine, alors que la communauté médicale la considère plutôt comme une maladie neurologique auto-immune.
Une étude sherbrookoise qui infirme, mais ne réfute pas l'hypothèse italienne
L'étude de l'équipe sherbrookoise a été menée sur 65 patients atteints de la SP et 65 patients en santé. Les examens et l'analyse des échographies veineuses ont permis de relever quelques changements dans la circulation sanguine des 65 patients atteints de la SP, de constater que des dépôts ferreux étaient présents dans leurs tissus nerveux et qu'entre 20 % et 30 % des patients malades présentaient effectivement un reflux sanguin vers le cerveau, comme le décrivait Zamboni. Par contre, on remarquait aussi ces changements chez les patients en santé, et ce, dans les mêmes proportions, ce qui amène l'équipe du CHUS à penser que ces facteurs ne sont pas nécessairement en lien avec la maladie.
« Je n'ai pas la prétention d'affirmer que nos résultats ont détruit l'hypothèse italienne, mais ils ne la confirment pas. Ils ne font que confirmer la prudence qui a été émise par la Corporation des médecins et d'autres associations médicales canadiennes. Cela dit, il y a d'autres études plus extensives et plus poussées que la nôtre qui sont en cours et il existe d'autres techniques pour évaluer la circulation veineuse. Pour le moment, je suggère à mes patients d'attendre les résultats de ces études, s'ils en sont capables, avant de prendre une décision parce que les résultats des études ne sont pas assez probants et que chaque chirurgie comprend son lot de risques. Les résultats de la vaste étude en cours au Canada et aux États-Unis devraient être connus en début d'année prochaine », soutient le neurologue Albert Lamontagne.
Au total, quatre grandes études sur le sujet sont en cours au Canada et trois autres aux États-Unis et quelque 1300 personnes participent aux différents projets de recherche.
Une douzaine de patients de la région de l'Estrie ont choisi de payer une dizaine de milliers de dollars pour subir une angioplastie en Europe de l'Est ou aux États-Unis, puisque le traitement n'est pas offert au Canada. Pour certains, l'opération a su améliorer leur qualité de vie, mais pas pour tous. Un seul patient serait mort des suites de complications. En Estrie, 800 personnes sont suivies à la Clinique de sclérose en plaques du CHUS.
À propos de la sclérose en plaques
La sclérose en plaques est une maladie imprévisible, souvent invalidante, du système nerveux central, constitué du cerveau et de la moelle épinière. Le système immunitaire prend pour cible la myéline, soit la couche protectrice qui entoure les cellules du système nerveux central. Pour tous les détails, consultez le site Web de la Société canadienne de la SP.