Bulletin de nouvelles samedi soir dernier. Une des
manchettes du Téléjournal Estrie parle de ce bateau qui s'est rendu au port de
Trois-Rivières et y a accosté tant bien que mal. Un bateau qui transporte des
fèves de cacao et qui s'est pris dans une sorte de tempête semblable à du
verglas. Des conditions de vent et d'humidité ont charrié des millions de
gouttes d'eau qui sont venues enrober le bateau de façon impressionnante! Une
couche de glace tellement épaisse que son poids pouvait mettre en péril la
sécurité du navire.
Il faudra quelques jours, à grands jets de vapeur, pour
faire fondre le tout.
Pas de drame. Heureusement!
Mais une situation qui correspond exactement à mon état
d'esprit ces temps-ci.
Voici l'image que j'ai de la situation. Je parlerai au je,
me doutant bien, quand même, que nous sommes très nombreux dans le même bateau...
Depuis le début de 2026, j'ai vu les attaques d'une police
folle aux États-Unis. Celle qu'on appelle ICE et qui glace le sang par sa
violence gratuite. Deuxième personne à mourir sous les balles en quelques jours.
Cette fois, une dizaine de projectiles tirés, dont plusieurs quand la victime
est allongée par terre après avoir été désarmée. Évidemment, on gracie les
policiers et on encense cette violence en haut lieu. J'en frémis de colère
dégoûtée.
J'ai vu aussi les attaques de la Russie sur l'Ukraine
pendant qu'on dit négocier la paix. Contreproductif, il me semble.
J'ai vu la misère en temps réel des habitants de Gaza qui
vivent littéralement dans un camp de concentration à ciel ouvert avec Israël
qui fait tout pour bloquer les vivres.
J'ai vu Trump écorcher tout le monde à Davos dans un
discours-mascarade décousu et digne d'une personne atteinte d'un trouble
mental. Je ne me sors pas de l'idée que cet homme déséquilibré a en main le
bouton déclencheur de bien des violences.
J'ai entendu le premier ministre Carney faire un discours
exceptionnellement sensé dans l'ère politique actuelle. Le même Carney qui a
proposé une entente spécifique sur le canola canadien avec la Chine en retour
de la possibilité pour la Chine de vendre des voitures électriques au Canada (49 000,
plus précisément). Ensuite. J'ai entendu Trump reprendre ses menaces de tarifs
additionnels. Alors qu'on applaudissait le discours de Carney il y a quelques
jours, on dit maintenant qu'il aurait dû s'aplaventrir devant la possibilité
d'une menace...
À Sherbrooke, j'ai encore constaté que le nombre de
personnes en situation d'itinérance et le nombre de familles ayant des
difficultés à se nourrir augmente toujours.
Et j'en passe.
Je me sens comme le bateau à Trois-Rivières. Après un simple
mois de 2026, j'ai reçu, il me semble, des millions de gouttes d'une sorte de
verglas qui s'est accumulé, formant une couche de glace coriace. J'essaie de ne
pas trop m'en faire, mais, comme le bateau, je suis déstabilisé dans ma
navigation quotidienne.
Et je sais très bien que, même si j'arrête tout pendant
quelques jours et que je me prête à un traitement à la vapeur, la couche de
glace ne fondra pas.
Il n'est pas simple de naviguer calmement ces temps-ci.
Cette chronique n'est pas un appel à l'aide personnel. C'est
une sorte de Mayday collectif.
J'aimerais savoir ce qu'il faut faire.
En parler est déjà un pas. Un pas susceptible d'éviter
l'isolement et le repli sur soi. Un pas qui peut éviter le sentiment d'être
seul sur son bateau.
Clin d'œil de la semaine
Avec l'état de l'environnement, l'expression naviguer sur
une mer d'huile prend un sens inquiétant.