Enfin, la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke a eu les autorisations nécessaires pour envoyer la deuxième délégation médicale en Haïti.
Pas que les gouvernements québécois et canadiens étaient très enthousiastes de donner leur accord à cette mission, mais ils ont affirmé qu'ils la toléreraient.
« Ils avaient plus ou moins le choix. On a fourni tous les arguments afin qu'ils disent oui. D'autant plus que nous finançons cette mission nous-mêmes. Il fallait cependant qu'on leur promette qu'on ne consomme pas des ressources du réseau et que les patients actuels du système de santé n'en souffriraient pas. Pour moi, c'est la victoire de la compassion sur la bureaucratie! », explique le doyen de la Faculté de médecine et des sciences de la santé, le Dr Réjean Hébert qui s'est investi avec ardeur pour déployer cette équipe.
Cette deuxième délégation se rendra donc plus particulièrement cette fois-ci à l'Hôpital de la Communauté haïtienne situé en banlieue de Port-au-Prince. Dirigée par le professeur Robert Williams, médecin de famille à l'Hôpital Charles-LeMoyne, cette délégation compte 14 personnes, incluant du personnel infirmier, des physiothérapeutes, une intervenante psychosociale, des médecins et des médecins résidents.
L'équipe qui est partie vers Montréal hier soir à 21 h et qui a pris l'avion cette nuit à 3 h pour Port-au-Prince restera en Haïti trois semaines.
Afin de bien remplir sa mission, le groupe a amené avec lui des médicaments et des fournitures médicales nécessaires à leur travail.
Mission différente
Cette mission qui prend son envol un peu plus d'un mois après le séisme qui a détruit une grande partie d'Haïti sera fort différente de la première.
Alors que l'équipe dirigée par le Dr Vincent Échavé a dû gérer des interventions chirurgicales aiguës, cette fois-ci, l'équipe fera face à des problématiques de maladies infectieuses et chroniques, à de la réadaptation ainsi qu'à des chocs et stress post-traumatiques importants.
« Les besoins sont maintenant un peu différents. Ce sont d'autres sortes de traitements que cette équipe apportera au peuple haïtien. On travaillera maintenant à les aider à se guérir de maladies infectieuses et chroniques qui se sont développées, mais aussi à reprendre la vie normale après un choc », soutient le Dr Hébert.
Équipe motivée
La mission sera dirigée cette fois par le médecin de famille à l'Hôpital Charles-LeMoyne, le professeur Robert Williams. Le Dr Williams se trouvait actuellement en année sabbatique à Genève, où il effectue une maîtrise en aide humanitaire à l'Université de Genève. Apprenant la confirmation du déploiement de cette deuxième délégation, il s'est empressé de prendre un vol vers Montréal hier. Codirecteur du microprogramme de 2e cycle en santé internationale de l'Université de Sherbrooke, le Dr Williams a déjà plusieurs missions humanitaires à son actif, notamment à Haïti et au Vietnam.
Parmi les autres membres de l'équipe, il y a le Dr Pierre Charron qui a déjà fait un stage en Haïti.
« C'est plus qu'une motivation. Pour moi, ça venait de soi. Il fallait que je me rende là-bas pour les aider. Plus jeune, j'ai eu la chance passer huit semaines en Haïti et cette aventure a eu une grande influence sur ma famille. Ce sont de belles expériences. Nous parlons beaucoup de solidarité, nous répétons souvent ce mot, mais il faut aussi agir. »
Pour sa part, Sonia Roy, qui est infirmière, est prête à partir depuis un bon bout de temps.
« Dès le lendemain du séisme j'ai voulu m'impliquer. Le peu que je peux faire sera très important pour eux. Il est vrai qu'on ne pourra pas tout faire, mais il faut commencer à tisser la toile d'araignée. »
Du côté du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, la directrice générale, Mme Patricia Gauthier, se dit très fière de son personnel « bien que les membres de la délégation du CHUS ont fait ce choix à titre personnel, les chefs de soins et de services concernés ont été consultés. Ils verront à réorganiser les horaires pour quelques semaines afin de maintenir la même qualité de services aux patients. »
Quant à l'éventualité d'une troisième mission, le Dr Hébert affirme vouloir prendre une petite pause. « Ça demande énormément d'énergie. Il faut ne faire des téléphones pour que tout fonctionne. D'ailleurs, je connais maintenant tous les ministères et leur fonctionnement par cœur. Maintenant, je vais me reposer un peu. Il faudra aussi évaluer les besoins et voir par la suite si une troisième mission sera nécessaire et pour y faire quoi », ajoute le Dr Hébert.