Le pacte des anges, malgré un titre aux consonnances romantiques, est un film sombre et lent. Mais beau, très beau. On y dévoile une intériorité masculine rarement abordée au cinéma. Le scénario ne met en scène que trois hommes, de trois générations, mais touchera un public large. Le réalisateur et les comédiens étaient à Sherbrooke, à la Maison du cinéma, mercredi.
Le réalisateur, Richard Angers, est un habitué du documentaire. Pour son premier travail de fiction, il souhaitait faire un film intergénérationnel. «Le personnage d'Adrien, joué par Marc Messier, est inspiré de mon père et mes oncles. Une génération d'hommes de la terre, de la nature, qui ne parlait pas beaucoup avec ses enfants. Quant à Cédric et William, les deux jeunes, ils me sont plutôt venus de rencontres que j'ai faites en travaillant dans des maisons de jeunes.»
Trois acteurs, trois personnages forts. Un jeu remarquable et criant de vérité. Le grand Marc Messier livre un Adrien solitaire, malhabile par moments, touchant par la tristesse qu'il traîne comme un boulet.
«Dès la première lecture du scénario, j'ai été très touché par l'histoire. J'attendais d'ailleurs ce genre de rôle depuis longtemps. J'ai été sorti de ma zone de confort, Adrien étant bien loin de moi. Un solitaire, un chasseur, un gars d'usine. C'est un rôle qui m'a déstabilisé par moments. Richard m'a poussé à aller chercher des émotions à l'état brut. »
Émile Schneider et Lenni-Kim Lalande, campent respectivement les rôles des jeunes Cédric et William d'une façon magnifique. Le trio d'acteurs nous en met plein la vue, tout autant que les paysages. Certaines scènes du film, tournées à Ste-Anne-des-Monts en Gaspésie, sont dignes de mention. Elles dépeignent un tableau d'automne de faune et de flore, une nature froide et belle.
Émotions masculines
Le pacte des anges évoque des valeurs universelles. C'est un film de famille, de fratrie, de paternité. Un film de hasard également. Cette rencontre fortuite changera drastiquement le destin d'Adrien, de Cédric et de William. D'un rythme parfois lent, parfois lourd, ce sont trois êtres fragiles qui nous sont présentés, et c'est l'alliance improbable entre les trois qui touche profondément.
«Ces temps-ci, ce sont surtout des histoires de femmes que l'on raconte. Des histoires d'abus, de condition féminine bafouée. Et c'est parfait, il faut que ce soit dénoncé. Mais on aborde rarement l'émotivité masculine au cinéma. C'est ce que j'ai voulu faire avec Le Pacte des anges», explique le réalisateur.
Marc Messier renchérit en assurant toutefois: «C'est un film grand public. Il touchera autant les hommes que les femmes, les jeunes que les moins jeunes. Chacun sera touché pour différentes raisons, en s'identifiant aux personnages peut-être. Mais chacun sera assurément touché. »
Le pacte des anges prend l'affiche actuellement. Pourquoi ne pas faire le pacte d'encourager notre cinéma québécois, si nous n'en avons pas l'habitude? La réalisation de Richard Angers de même que le jeu de Marc Messier, d'Émile Schneider et de Lenni-Kim Lalande vous convaincront même de récidiver. Nul doute, vous serez touchés.