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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Confiance et méfiance

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François Fouquet Par François Fouquet
Lundi 15 novembre 2021

Au sein des différents conseils de ville du Québec, une sorte de vent a soufflé dimanche dernier. Une des particularités du vent, c'est qu'il ne se voit pas; il se sent.  On ne peut pas l'emprisonner dans un bocal pour l'analyser ensuite.

Ainsi le vent qui a soufflé est perçu selon le biais de chacune et chacun.

Vent de fraîcheur pour les uns, vent de panique pour les autres. Vent de changement, vent de front, vent dévastateur. Vent qui porte les semences d'une nouvelle dynamique. Vent qui détruit tous les repères. C'est selon.

Le vent, c'est comme ça : ça dépend comment on le sent.

La confiance, c'est autre chose. Elle vient généralement de base, par défaut, je dirais. Comme si c'était un choix presque automatique : « On va faire confiance, on verra bien! » « On va donner la chance au coureur et on verra ».

En relisant les deux dernières phrases, on voit bien que ça ne tient pas à grand-chose, tout ça. L'affaire, c'est que c'est une potentielle confiance, pas encore une confiance établie.

Parce que la confiance se construit. Elle demande du temps, de la rigueur; de la transparence dans les explications qu'on donne; de l'écoute (de la vraie, pas juste de l'écoute autoproclamée!). Bref, elle devient solide par la démonstration.

La confiance a le fardeau de sa preuve.

Le piège des communications abusives

Le réflexe des machines politiques a été, au fil des dernières décennies, d'investir temps, efforts et ressources pour engager des spécialistes du message. L'idée n'était plus de parler ouvertement et clairement de ce qu'on souhaite faire, mais bien de naviguer au gré des humeurs mesurées des citoyens, de multiplier les sondages, d'écrire un programme aux grandes lignes prometteuses et aux petits textes sans engagements réels. On confiait littéralement à un spécialiste l'ensemble des lignes qu'on répétera inlassablement pendant la campagne électorale.

Quand on déconstruit l'édifice de la confiance, on sème le cynisme.

Et on se retrouve avec un taux de participation aux élections de 38% en moyenne au Québec. Pour le palier qu'on dit (et qui est) le plus proche des citoyens.

Le fardeau de la preuve

Je me souviens de cette remarque entendue il y a plusieurs années : « si quelqu'un t'accusait d'être en amour avec ta conjointe, y aurait-il assez de preuves pour bâtir un dossier solide? »

Quand les élues et élus nous remercient « de notre confiance », je souligne que celle-ci n'a été que manifestée. Qu'on accepte d'ouvrir le chantier, mais que le bâtiment de la confiance reste à construire.

La méfiance, elle?

La méfiance peut se construire au fil des coups et épreuves qu'on subit sur notre parcours. Chez les plus traumatisés, elle est plus difficile à déconstruire. Et la confiance devra miser sur une multitude de petits gestes pour devenir plus forte que la méfiance.

Mais le danger qui nous guette dans le propos de cette semaine n'est pas le même.

La méfiance, c'est aussi cette chose qu'on répand. Comme une couche de mélasse qu'on coule sur le plancher et qui colle aux chaussures même des mieux intentionnés.

Cette méfiance-là ne demande pas de courage. La confiance qu'on construit demande une forme de courage.

La méfiance dont je parle, c'est celle qui n'a pas besoin de preuves. Celle qui met tout en doute. Le doute est la semence de la méfiance et ça pousse partout, cette affaire-là. Les complotistes l'utilisent à grands cris et gestes. Mais eux, ils n'ont qu'à affirmer. Ils n'ont pas de preuves à faire.

Pas besoin de courage pour semer doute et méfiance.

Mon souhait

Le complot et ses théories poussent mieux dans un environnement où le bâtiment de la confiance est en décrépitude.

Je souhaite que le courage souffle dans la voile des nouvelles et nouveaux élus. Que ce courage alimente le vent. Que le vent souffle assez fort pour changer les perceptions, mais pas trop pour tout arracher autour.

Plus on bâtira la confiance et moins le terreau de la méfiance sera fécond.

La confiance se construit. La méfiance n'a qu'à se répandre.

Bâtissons.

Clin d'œil de la semaine

Gilles Vigneault affirmait ceci (citation libre et de mémoire) : plus le complotiste s'acharne à faire connaître le complot, plus il s'y enlise et plus le complot se retourne contre lui.

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