Société Arts & culture Sports Chroniqueurs Concours Annonces Classées

  CHRONIQUEURS / L'Agora

Circulez, il n’y a rien à voir…

 Imprimer   Envoyer 
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi 15 février 2023

En 1980, le grand poète et chanteur français Léo Ferré lançait un nouveau microsillon, La violence et l'ennui, une œuvre puissante. Dans l'une des chansons sur ce vinyle, il y a celle qui porte le titre de l'album, Ferré déclame ceci :

« Nous de l'autre côté de la terre et des phrases. Nous des marges, nous des routes, nous des bordels intelligents. Ô ma sœur la violence, nous sommes tes enfants. Les pavés se retournent et poussent en dedans ».

Ces paroles de Léo Ferré me sont revenues en tête lorsque nous avons appris le drame incompréhensible, pour lequel nous n'avons aucune explication, d'un chauffeur d'autobus de Laval qui s'est servi de son véhicule comme bélier dans une garderie sans histoire tuant deux jeunes enfants et en blessant six autres.

Cette nouvelle a chassé toutes les autres de ma tête. Le discours de l'Union de Joe Biden, la crise sociale en France en marge de la réforme des retraites, l'entente sur la santé du gouvernement du Canada ou encore chez nous la décision de notre conseil municipal de démolir le stationnement Webster au centre-ville de Sherbrooke. Mais comment réfléchir à voix haute sur quelque chose que l'on ne comprend pas ? Ce sera le défi de cette chronique.

La sagesse de Léo Ferré

L'album de Léo Ferré qui contient cette chanson La violence et l'ennui est une ode contre la violence même s'il décrit la turpitude et l'ineptie de notre époque. Il écrit « Moi, je ne pleure plus ». Il nous invite à vaincre nos peurs et à aimer en fuyant toutes les violences : « L'amour toujours l'amour. Ah ! Cet amour serein. Cet amour qui vous monte à la bouche comme une grenade. » Il nous invite à prendre les armes pour vaincre la déraison et la violence. Mais ces armes sont l'amour, le foutre : « Ô ma sœur la violence, ô ma sœur lassitude. Ô vous jeunes et beaux empêtrés dans vos charmes. Il faut faire l'amour comme on va à l'étude. Et puis descendre dans la rue. Il faut faire l'amour comme on commet un crime. » Il termine cette ode à la non-violence en peignant un Nous nouveau : Nous d'une autre trempée et d'une singulière extase. Nous de l'épique et de la déraison. Nous de l'autre côté de la terre et des phrases. Ô ma sœur la violence. Ô ma sœur de raison... Des portes de secours sont ouvertes là-bas. Il suffit de pousser un peu plus, rien qu'un geste... »

La poésie de Ferré fait bien à l'âme. Une âme mortellement blessée par les événements de Laval.

La perte de sens et de repères

Comment interpréter l'indicible ? Comment comprendre ce qui n'est pas accessible à la raison ? Depuis l'esprit des lumières, les humains cherchent à créer un ordre nouveau d'un monde de raison qui chasse celui des superstitions et des croyances. Pourtant, croire à un être suprême, un grand ordonnateur des choses n'est pas que sentiment religieux. Il y va de quelque chose qui s'apparente à un monde intérieur, un monde spirituel. Même Robespierre, au temps fort de la Révolution française et de la terreur, a cru bon de convaincre les membres de son assemblée à la Convention de l'importance de croire à un être suprême afin de permettre de poser des repères à la vie sociale de son époque. Dans un livre publié à Paris chez Gallimard en 2018, le philosophe français Marcel Gauchet écrit à ce sujet en citant Robespierre concernant les vérités morales : « Or, ces vérités morales trouvent dans les idées religieuses leur caution la plus sûre. Le chef-d'œuvre de la société serait de créer en l'homme un instinct rapide qui, sans le secours tardif du raisonnement, le portât à faire le bien et à éviter le mal... Or ce qui produit ou remplace cet instinct précieux, ce qui supplée à l'insuffisance de l'autorité humaine, c'est le sentiment religieux qu'imprime dans les âmes l'idée d'une sanction donnée aux préceptes de la morale par une puissance supérieure de l'homme. Il est donc indispensable de préserver le sens du lien sacré qui unit les hommes à l'auteur de leur être, en épurant l'ancienne religion de ses croyances superstitieuses et en écartant l'imposture des prêtres, pour n'en garder que le noyau fondamental. » (Marcel Gauchet, Robespierre, l'homme qui nous divise, Paris, Gallimard, 2018, 288 p.)

Ce dont il est question ici c'est la disparition du lien social qu'est la religion dans la société révolutionnaire française. Le parallèle que nous pouvons tracer aujourd'hui avec les événements de Laval c'est que nous vivons dans une société qui a perdu tous ses repères et qui réussit difficilement sa quête de donner du sens autrement que par notre fuite en avant dans la consommation et dans l'idolâtrie d'un moi tout puissant. On peut bien évoquer sans savoir de quoi, ni de qui l'on parle, la santé mentale à tout vent. Je crois cependant que le plus grand enjeu auquel nous sommes confrontés c'est la perte de sens et de repères qui mènent à des abominations que la raison ne peut expliquer.

Respecter le deuil des familles

Je comprends que les médias en fassent leur pain et leur beurre de la tuerie gratuite d'enfants dans une garderie. Cela tombe sous le sens. Nous nous agitions tous ensemble. Nos dirigeants politiques accompagnent les endeuillés, mais nous devons à mon avis faire preuve de plus de retenue dans cette affaire. Il faut cesser de chercher le coupable. Taire nos solutions à mettre de l'avant pour éviter qu'un tel drame se reproduise. Éviter de nous projeter dans un monde où nous multiplierons les précautions autour de nos garderies en pensant qu'un tel événement risque de se reproduire. Nous devons respecter le deuil des familles des deux enfants. Il faut accepter parfois de ne pas savoir. Tout ne s'explique pas par la raison. Jean-Jacques Rousseau avait peut-être tort, l'homme n'est peut-être pas fondamentalement bon pour autrui. Parmi les hommes et les femmes, il y a des gens qui souffrent et qui refusent de le voir. Chose certaine, nous sommes devant un événement que notre raison ne parvient pas à expliquer. Ni hier, ni aujourd'hui et probablement pas non plus demain. Nous sommes face à la déraison indicible. L'événement tragique de la tuerie inutile et odieuse de deux enfants dans une garderie à Laval est ce genre d'événement pour lequel il faut nous dire : Circulez, il n'y a rien à voir...


  A LIRE AUSSI ...

Sur des chapeaux de roues…

Mercredi 9 septembre 2026
Sur des chapeaux de roues…
PSPP est-il Premier ministrable ?

Mercredi 30 septembre 2026
PSPP est-il Premier ministrable ?
Nous y sommes…

Mercredi 2 septembre 2026
Nous y sommes…
NOS RECOMMANDATIONS
MISE À JOUR Accident de travail à Sherbrooke : un homme grièvement blessé

Mercredi 23 septembre 2026
MISE À JOUR Accident de travail à Sherbrooke : un homme grièvement blessé
BIXI gratuit à Sherbrooke le jour de l’Élection

Mardi 29 septembre 2026
BIXI gratuit à Sherbrooke le jour de l’Élection
Journées de la culture à Stoke : Bertrand Gosselin de retour sur scène le 26 septembre

Vendredi 25 septembre 2026
Journées de la culture à Stoke : Bertrand Gosselin de retour sur scène le 26 septembre
PLUS... | CONSULTEZ LA SECTION COMPLÈTE...

 
Benoit Huberdeau
Jeudi, 1 octobre 2026
Tout est politique!

Daniel Nadeau
Mercredi, 30 septembre 2026
PSPP est-il Premier ministrable ?

François Fouquet
Lundi, 28 septembre 2026
Je ne sais toujours pas…

MISE À JOUR- RETROUVÉE Disparition à Sherbrooke : une adolescente de 16 ans recherchée Par Martin Bossé Mercredi, 23 septembre 2026
MISE À JOUR- RETROUVÉE Disparition à Sherbrooke : une adolescente de 16 ans recherchée
Abea Yaesa : victimes recherchées Par Martin Bossé Jeudi, 24 septembre 2026
Abea Yaesa : victimes recherchées
Imposture mise en scène... Par Daniel Nadeau Mercredi, 23 septembre 2026
Imposture mise en scène...
Une nouvelle distinction pour les Mal-Aimés à Cookshire-Eaton Par Martin Bossé Mardi, 29 septembre 2026
Une nouvelle distinction pour les Mal-Aimés à Cookshire-Eaton
Huit arrestations dans une enquête sur le trafic de cocaïne à Magog Par Martin Bossé Mercredi, 23 septembre 2026
Huit arrestations dans une enquête sur le trafic de cocaïne à Magog
25 ans de mentorat entrepreneurial à Sherbrooke Par Martin Bossé Lundi, 28 septembre 2026
25 ans de mentorat entrepreneurial à Sherbrooke
ACHETEZ EstriePlus.com
bannières | concours | répertoire web | publireportage | texte de référencement | site web | vidéos | chroniqueur vedette
2026 © EstriePlus.com, tous droits réservés | Contactez-nous