Chaque automne, en
roulant entre Coaticook et East Angus, on longe des collines couvertes de
petits conifères alignés au cordeau. Ce sont des plantations de sapins de Noël,
et il y en a beaucoup plus qu'on pense. Pourtant, en décembre, bien des
familles de la région finissent par acheter un sapin naturel coupé depuis des
semaines, appuyé contre une clôture dans un stationnement.
La
région qui cultive les sapins du Québec
Les chiffres du
ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) sont
clairs. En 2024, le Québec comptait 278 entreprises productrices d'arbres de
Noël enregistrées, sur environ 9 850 hectares. L'Estrie à elle seule en
regroupait 122, sur 5 895 hectares, soit près de 60 % de toute la superficie
québécoise consacrée à cette culture. Avec la Chaudière-Appalaches, on parle de
91 % des surfaces.
Une bonne partie de
cette production prend la route des États-Unis. Selon le même portrait du
MAPAQ, 97 % des arbres exportés du Québec en 2023 ont fini chez nos voisins du
Sud, surtout dans l'État de New York, au Massachusetts et au New Jersey.
Autrement dit, un sapin baumier qui pousse à quinze minutes de Sherbrooke a de
bonnes chances de décorer un salon de Boston.
Le
vrai problème : le temps entre la coupe et le salon
Un sapin coupé
commence à perdre son eau dès qu'il quitte le sol. Tant qu'il fait froid et
humide, il tient bien. Mais un arbre qui passe dix jours sur un camion, puis
deux semaines sur un lot exposé au vent et au soleil, arrive chez vous avec une
réserve déjà entamée. C'est souvent lui qui perd ses aiguilles avant le
réveillon.
La solution la plus
simple, c'est de réduire ce délai. Certaines familles vont couper leur arbre
elles-mêmes en autocueillette, une belle sortie quand la neige est au
rendez-vous. D'autres préfèrent se faire livrer, et c'est là que le choix du
fournisseur compte. En comparant les sapins naturels proposés par
Bôsapin, par exemple,
on voit bien les trois grandes options offertes aux ménages québécois : le
baumier, le Fraser et le sauvageon, avec des grandeurs qui vont d'un petit
arbre de table jusqu'à plus de 10 pieds.
Ce genre de service
livre à une date choisie à la commande, généralement de la mi-novembre aux
jours qui précèdent Noël, et installe l'arbre dans son pied. Ce détail n'en est
pas un quand on a déjà passé une soirée à genoux sous les branches à essayer de
le redresser.
Baumier,
Fraser ou sauvageon?
Le sapin baumier reste
le classique d'ici. Il pousse naturellement dans nos forêts, dégage cette odeur
qu'on associe tous aux Fêtes et offre des aiguilles vert foncé, souples au
toucher. Il convient à la plupart des salons et c'est souvent le plus
abordable.
Le Fraser, originaire
des Appalaches du Sud, a une silhouette plus régulière et des branches plus
rigides. Il retient bien ses aiguilles et supporte les décorations lourdes. On
le choisit quand on monte l'arbre tôt en décembre et qu'on le garde jusqu'aux
Rois.
Le sauvageon, lui, a
l'allure plus aérée d'un arbre qui a poussé sans être taillé chaque été. Moins
dense, plus « forêt ». Parfait pour ceux qui trouvent les sapins de plantation
un peu trop parfaits.
Organiser
l'installation sans y laisser sa fin de semaine
Mesurez d'abord la
hauteur du plafond. Enlevez une quinzaine de centimètres pour le pied et un peu
d'espace pour l'étoile ou l'ange. Un arbre est aussi à peu près deux fois moins
large que haut : un sapin de 7 pieds occupe un cercle de plus d'un mètre de diamètre.
Dans un appartement du centre-ville de Sherbrooke ou un condo à Magog, c'est un
vrai meuble.
Ensuite,
l'emplacement. Gardez l'arbre loin des plinthes électriques, des poêles à bois
et des foyers. En Estrie, où plusieurs maisons de campagne chauffent au bois en
décembre, c'est la règle numéro un. La chaleur sèche un sapin plus vite que
n'importe quoi.
Si l'arbre arrive
avant que vous soyez prêts à décorer, laissez-le dehors, à l'abri du soleil
direct, sur la galerie ou près du cabanon. Au moment de l'entrer, recoupez une
mince tranche au bas du tronc pour qu'il puisse boire de nouveau.
L'arrosage,
la seule vraie règle
Les premiers jours, un
sapin fraîchement coupé peut boire plusieurs litres. Si le réservoir du pied se
vide complètement, la sève scelle la coupe et l'arbre cesse d'absorber l'eau.
Vérifiez chaque matin. L'eau du robinet suffit, pas besoin d'y ajouter du
sucre, de l'aspirine ou une boisson gazeuse comme le veulent certaines recettes
de grand-mère.
Bien arrosé et loin
des sources de chaleur, un sapin naturel reste beau à l'intérieur pendant trois
à quatre semaines. De quoi aller du début décembre au jour de l'An.
Et
en janvier?
La Ville de Sherbrooke
organise chaque hiver une collecte spéciale des sapins naturels, habituellement
au début de janvier. Les arbres sont déchiquetés puis valorisés. Il faut
retirer toutes les décorations, les lumières et les crochets, et ne pas mettre
l'arbre dans un sac. Dans les autres municipalités de la région, vérifiez le
calendrier de votre ville ou apportez le sapin à l'écocentre. Certains
fournisseurs offrent aussi de venir le chercher à domicile.
C'est d'ailleurs un
bon argument pour le sapin naturel. Un arbre artificiel dure des années, mais
il finit au dépotoir. Un sapin cultivé en Estrie retourne au sol sous forme de
copeaux, et le producteur replante. Quand on vit dans la région qui fournit la
majorité des sapins du Québec, ça vaut la peine d'en profiter, et de s'assurer
qu'il arrive encore frais.