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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Le temps d’une paix

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La proximité de mon lieu de travail fait en sorte que je dîne à la maison presque toujours. Je prends mon repas, généralement, devant la télé. Un luxe quelconque, mais un petit luxe pareil. Ne le répétez pas, mais je l'avoue, je regarde souvent des bouts d'épisode du « Temps d'une paix ». Une petite gêne empêche le même aveu pour plusieurs d'entre vous, j'en suis sûr. C'est un peu comme « Bleu nuit ». Tout le monde sait ce que c'était, mais personne ne regardait ça...
Mais je m'éloigne.

« Le temps d'une paix ». Un téléroman dont le titre identifiait l'époque de l'intrigue: quelque part entre les deux grandes guerres mondiales.

Je vous en parle aujourd'hui parce que des éléments se sont entrechoqués dans ma tête cette semaine. Je vous explique.

D'abord, j'aime beaucoup les prises de bec entre Joseph-Arthur Lavoie et Zidore Leclerc. Joseph-Arthur, c'est le rouge « teindu » et Zidore est bleu. Zidore est aussi la mémère du village. Capable de virer son capot au moindre coup de vent. Mais voilà que ces deux-là ont des échanges fréquents et solides quand il est question de politique. Et des fois, ça va aussi loin que l'insulte.

Ce qui me frappe, c'est que même quand un des deux claque la porte en quittant la pièce, c'est immanquable, chaque échange se termine par un « salut ben » ou autre formule convenue.

Depuis longtemps, je me disais que, pour la télé, on embellissait les choses en ajoutant un « salut ben ». Parce que dans les faits, une chicane est une chicane et qu'on ne se salue pas quand on s'engueule. Pas de nos jours en tous les cas.

C'est le discours d'adieu du Président Obama qui m'a fait voir un autre angle.

Quand il a parlé du danger des médias sociaux qui font en sorte qu'on se referme de plus en plus sur soi, choisissant au passage des gens qu'on suit sur les médias sociaux et qui pensent comme nous. À ignorer constamment tous ceux qui ne pensent comme soi et à se replier dans sa bulle quotidienne, on devient des citoyens isolés et intransigeants. On finit par détester celui ou celle qui ne pense pas comme nous.

Obama a dit que c'était une menace à la démocratie. Il a raison. Pourquoi? Parce qu'un peuple dont les citoyens sont repliés sur soi et qui s'abreuve aux gazouillis des médias sociaux sans pousser plus loin la réflexion est un peuple très facile à manipuler.

Autrement dit, Internet, qui devait être un outil de démocratie, devient un outil de manipulation massive lorsqu'utilisé correctement. Ou incorrectement, c'est selon le point de vue.

Trump sait très bien comment ça marche et manipule le message plusieurs fois par jour. Imaginez que cet être grossier peut même se faire accepter comme victime, quand ça l'aide! Incroyable!

Mais pourquoi fallait-il que les dialogues et engueulades se finissent par un « salut ben » même si la conversation était teintée de colère? Bien, voilà! C'est là qu'Obama m'a fait comprendre la dynamique! Il fallait bien terminer par une forme de salut quelconque parce qu'on allait immanquablement se revoir physiquement, en personne, soit au magasin général, soit ailleurs. Parce que, à l'époque, l'interaction était une question de survie. On avait beau penser différemment l'un de l'autre, il fallait se garder un minimum d'humanité. Sinon, c'était la noirceur.

C'est cette noirceur-là qui nous attend, Trump ou non. La noirceur de celles et ceux qui ne socialisent plus que de façon virtuelle.

Trump n'est pas la cause de cette situation. Mais il est assez brillant pour reconnaître quelque chose qui le sert. Et ça, ça le sert bien! Il a réussi à faire croire à des Américains qu'il fallait mettre une élite dehors. Et il a réussi à les empêcher de voir qu'il ne faisait que remplacer une élite par la sienne. Incroyable, tout de même!

Les quatre prochaines années (peut-être huit) seront déterminantes. Et la réaction ne viendra pas d'en haut. Il faudra qu'elle vienne d'en bas. Des citoyens. Et le premier pas à faire est de réapprendre à socialiser autrement que virtuellement. À confronter nos idées. À s'impliquer concrètement. Sur le terrain. Pas juste à la télé ou sur les médias sociaux.
Si on ne le fait pas, on vivra autre chose que le temps d'une paix...

Clin d'œil de la semaine
Étrange, cette succession présidentielle. Le Noir représente la lumière et le blond représente le noir...


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