Par définition, le feu de paille ne dure pas. À moins qu'il
y ait beaucoup de paille.
Les gouvernements se suivent et se ressemblent. Les
électeurs se suivent et se ressemblent.
Qui se ressemble, s'assemble. C'est une règle de vie en
société.
L'année 2026 aura ceci de particulier qu'elle convergera
vers des élections provinciales au Québec et portera l'espoir d'un rééquilibrage
des forces politiques aux États-Unis avec les élections de mi-mandat. Ça, c'est
si Trump ne les annule pas pour des raisons de sécurité nationale, raisons
qu'il aura provoquées et fabriquées de toutes pièces !
Le feu et la paille...
Je repense aux huit dernières années de la CAQ. Il y a eu,
évidemment, la séquence de 2020 qui a largement contribué à saper les surplus
accumulés dans les coffres de l'État. Mais au-delà de ça, il y a eu certaines
réformes socialement intéressantes, mais surtout une série de gestes
visiblement improvisés et menés par la recherche du gros bon sens dont
la définition a la triste habitude de varier d'une personne à l'autre.
De Northvolt jusqu'au match de hockey hors-concours des
Kings de Los Angeles à Québec (une courte dépense d'au moins 5 millions de
dollars), en passant par l'hallucinante histoire du 3e lien
Lévis-Québec, les feux de paille ont été légion dans ce gouvernement.
La Coalition avenir Québec est l'affaire d'un regroupement
de personnes aux intérêts souvent opposés et qui y sont allés de gestes
supposément susceptibles de changer le visage même du Québec.
On se souviendra de quoi, à la fin? Ma question n'est pas
partisane. Elle est réelle.
Je tente un élément de réponse. On se souviendra du rêve
d'un homme, François Legault. Le rêve d'une société en meilleur état. Où la
fierté des Québécois ressemblerait à celle des Québécois de 1976.
Mais voilà, le visage du Québec a changé. On peut se sentir
désemparé à la face même de ce changement, mais c'est comme ça. La fierté
d'être Québécois est là, mais elle s'exprime autrement.
On aura beau remodeler les lois de l'immigration, retourner
dans leur pays des milliers de personnes à qui on avait promis asile et qui travaillent
et s'assimilent à notre vie quotidienne, rien n'y fera. Les choses changent.
Rêver d'un monde qui ne change pas est une utopie. Et ça
fait mal à des humains qui voyaient ici la promesse d'une terre d'accueil. Il
me semble qu'on gère les situations comme la personne qui se tire dans le pied
en voulant sauver ses chaussures.
Le feu et la braise
La braise, c'est ce qui reste à la suite d'un feu. Une
braise qui peut ranimer des foyers d'incendie. Si les chances sont bonnes pour que
la CAQ soit considérée, éventuellement, comme un feu de paille dans l'univers
politique québécois, il me restera une braise de colère par rapport au scandale
SAAQlic.
Une inextinguible pensée pour ce fabuleux gâchis dont
personne ne semblait avoir le contrôle.
Dans ce dossier, le gros bon sens autoproclamé a pris
la clé des champs.
Cette braise-là devrait brûler en nous le plus longtemps
possible. Parce qu'elle représente l'inverse de toutes les promesses
électorales de tous les partis : transparence, écoute, imputabilité...
500 millions de dollars. Au bas mot... Ça, c'est l'excédent
des coûts prévus au départ pour le projet informatique SAAQclic.
500 X 1 million de dollars! Pour faire image, c'est un appui
de 20 millions de dollars supplémentaires, pendant 25 ans (!), aux organismes
communautaires qui s'affairent à tenir ensemble un tissu social qui s'effrite
et qui est oublié par la classe politique.
L'affaire, c'est que 10 milliards de dollars pour un 3e
lien, ça achète des votes. Le communautaire, non. Faque...
La braise...
La braise, c'est
aussi la chaleur des gestes des travailleurs de rue, des intervenants sociaux,
des membres du personnel du système de santé.
La braise, c'est la chaleur qui se maintient tant bien que mal dans une
société qui souffle le froid en croyant que la croissance économique
exponentielle illimitée est non seulement possible, mais qu'à travers elle,
comme par magie, percoleront les solutions de justice sociale.
Garder la braise allumée, c'est essentiel.
Cette chronique n'est pas un plaidoyer antiéconomique. Je
serai aussi accroché au rendement de mes REER pour nourrir ma retraite. C'est
plutôt un appel à voir l'économie autrement. À voir les ressources humaines et
naturelles d'un œil différent de celui de l'exploitant.
Et notre braise à nous
L'anxiété, le sarcasme, la démobilisation, voilà autant de
vents froids qui soufflent sur la braise de notre démocratie. Défendons-la
plutôt que de l'éteindre.
La démocratie est une voie saine qui a besoin de nos voix.
Clin d'œil de la semaine
Difficile d'entendre un gouvernement prétendre qu'il a à
cœur la capacité de payer des Québécois, alors qu'il se prétend non responsable
des dépenses en cours...