En Estrie, la
gestion des horaires de travail est devenue un enjeu de rétention autant qu'un
casse-tête d'organisation. Un restaurant de Magog qui double son achalandage en
juillet, une usine de Sherbrooke qui roule sur trois quarts, une station de ski
qui embauche des étudiants pour l'hiver : tous jonglent avec des disponibilités
qui changent chaque semaine. Quand l'horaire arrive tard ou bouge sans arrêt,
les bons employés finissent par aller voir ailleurs. Des plateformes
québécoises comme Evolia,
développée à Québec pour les équipes qui travaillent par quarts, ont été
pensées pour régler ce problème. Avant de parler d'outils, par contre, il faut
comprendre ce qui rend les horaires si difficiles à bâtir en région, et ce qui
aide vraiment à garder son monde.
Pourquoi la gestion des horaires de
travail est plus complexe en Estrie
La région a une
particularité : son économie vit au rythme des saisons. L'été attire les
visiteurs autour du lac Memphrémagog et dans les cantons. L'hiver, les stations
de ski et l'hébergement prennent le relais. Entre les deux, plusieurs commerces
ralentissent, puis repartent d'un coup.
Ajoutez à ça
une main-d'œuvre étudiante importante. Avec l'Université de Sherbrooke,
l'Université Bishop's et les cégeps de la région, beaucoup d'employeurs
comptent sur des étudiants à temps partiel. Ce sont souvent d'excellents
employés. Leurs disponibilités changent cependant à chaque session, et elles
fondent pendant les examens.
Les employeurs
qui ne dépendent pas du tourisme ont leurs propres défis. Les usines du parc
industriel de Sherbrooke, les établissements de santé et les services
municipaux tournent souvent de soir, de nuit et la fin de semaine. Certains
postes exigent une formation ou une certification précise, ce qui réduit le
nombre de personnes capables de remplacer un collègue absent. Une seule absence
peut alors bloquer toute une ligne de production ou un département.
Résultat : un
gestionnaire peut refaire son horaire trois fois dans la même semaine. Chaque
nouvelle version amène son lot de textos, d'appels et de remplacements de
dernière minute. Personne ne calcule le temps que ça prend. Il disparaît
simplement dans les soirées et les fins de semaine des gestionnaires.
Les défis d'horaire selon la saison et
le secteur
Les problèmes
ne sont pas les mêmes en juillet qu'en décembre. Le tableau suivant résume les
situations les plus fréquentes chez les employeurs de la région, et une piste
concrète pour chacune.
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Période
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Secteurs touchés
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Défi principal
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Piste de solution
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Été
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Restauration, hébergement,
attraits touristiques
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Hausse soudaine de
l'achalandage
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Offrir les quarts
supplémentaires tôt aux employés disponibles
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Rentrée scolaire
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Commerce de détail,
restauration
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Départ des étudiants à
temps plein et nouvelles disponibilités
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Faire mettre à jour les
disponibilités avant de bâtir l'horaire
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Examens
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Tous les employeurs
d'étudiants
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Disponibilités réduites
pendant plusieurs semaines
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Prévoir les remplacements à
l'avance
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Hiver et fêtes
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Stations de ski,
hébergement, services
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Fins de semaine et jours
fériés difficiles à combler
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Répartir équitablement les
quarts moins populaires
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Toute l'année
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Manufacturier, santé,
services municipaux
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Quarts de soir et de nuit,
absences imprévues
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Bassin de remplaçants
qualifiés et échanges encadrés
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Remarquez que
la plupart des solutions ne demandent pas de budget. Elles demandent surtout de
planifier un peu plus tôt et de donner aux employés une façon claire de
communiquer leurs disponibilités.
Ce que la Loi sur les normes du travail
change pour vos horaires
Les horaires
instables ne posent pas seulement un problème de rétention. Ils ont aussi une
dimension légale. Depuis la réforme de 2018 de la Loi sur les normes du
travail, un salarié peut notamment refuser de travailler s'il n'a pas été
informé au moins cinq jours à l'avance qu'il serait requis, sauf exceptions
liées à la nature de ses fonctions. Il peut aussi refuser de travailler plus de
deux heures au-delà de ses heures habituelles de travail quotidiennes.
Concrètement,
un horaire publié la veille ou un quart prolongé sans préavis peut se heurter à
un refus tout à fait légitime. Pour un gestionnaire, c'est une raison de plus
de planifier tôt et de garder une trace claire des changements. Les détails
varient selon les situations, et la CNESST demeure la référence pour vérifier
ce qui s'applique à votre entreprise.
Comment des horaires stables aident à
garder vos employés
Les employés
payés à l'heure regardent leur salaire, c'est certain. Plusieurs regardent
toutefois presque autant la prévisibilité. Un horaire qui change deux fois dans
la semaine force un choix entre l'emploi et le reste de la vie : la garderie,
les cours, le hockey des enfants, l'autre emploi.
Et ceux qui
partent en premier ne sont pas les moins bons. Ce sont les fiables, ceux qu'on
appelle chaque fois qu'il y a un trou dans l'horaire. Une fois partis,
l'horaire devient encore plus difficile à remplir, et le cycle recommence.
Quelques
pratiques font une vraie différence :
-
Publier l'horaire au moins
deux semaines d'avance quand l'achalandage le permet
-
Garder des quarts fixes pour
ceux qui ont besoin d'une routine
-
Laisser les employés mettre à
jour leurs disponibilités eux-mêmes
-
Répartir équitablement les
heures supplémentaires et les quarts moins populaires
Les échanges de quarts, une réponse
simple aux absences de dernière minute
Les absences
arrivent, peu importe la qualité de la planification. Ce qui compte, c'est la
vitesse à laquelle on les règle. Dans bien des entreprises, un employé malade
texte son gestionnaire, qui passe ensuite sa matinée à chercher quelqu'un.
L'autre
approche consiste à laisser les employés offrir leur quart à des collègues
qualifiés, avec l'approbation du gestionnaire. Le problème se règle entre les
personnes les plus proches du terrain. Le gestionnaire garde le contrôle sur
les qualifications et les heures supplémentaires, sans être le seul à pouvoir
combler un trou. Pour voir comment ça se passe au quotidien, cette page sur les échanges de quarts
explique comment s'articulent les quarts ouverts, les remplacements et les
approbations.
C'est
particulièrement utile avec une équipe étudiante. Pendant les examens, les
étudiants peuvent s'échanger des quarts entre eux plutôt que de simplement se
déclarer non disponibles pour trois semaines.
Par où commencer dans votre entreprise
Pas besoin de
tout changer d'un coup. Voici une démarche réaliste sur un mois.
- Mesurez la situation actuelle. Comptez, sur un mois, les changements de dernière
minute, les absences et les heures supplémentaires non prévues.
- Fixez une règle de publication. Décidez combien de temps d'avance l'horaire sera
publié, annoncez-le à l'équipe et tenez-vous-y.
- Faites le tour des disponibilités. Avant chaque session ou chaque saison, demandez à
chacun de mettre ses disponibilités à jour.
- Encadrez les échanges. Donnez une façon claire et approuvée de s'échanger des
quarts, que ce soit avec une application ou un processus simple.
- Comparez après un mois. Reprenez les mêmes chiffres et demandez à vos chefs
d'équipe ce qui accroche encore.
Commencez
petit. Un seul établissement ou un seul département, avec des chiffres
honnêtes, convaincra le reste de l'entreprise plus vite qu'un grand déploiement
impossible à mesurer.
Des horaires prévisibles, un avantage
pour recruter en région
Dans un marché
où chaque candidat compte, la gestion des horaires de travail n'est plus un
simple détail administratif. Elle influence les heures supplémentaires, la
qualité du service et le temps que vos meilleurs employés restent avec vous.
Les entreprises de l'Estrie qui publient leurs horaires plus tôt, partagent
équitablement les quarts difficiles et laissent leurs équipes régler les petits
changements elles-mêmes ont un argument de plus quand vient le temps
d'embaucher. Et tout ça commence par une chose simple : mesurer le désordre
qu'on tolère déjà.