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Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 14 novembre 2016

Homme d’État


On ne construit pas un pays au « je ».

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Trump a dit toutes les platitudes, les bêtises, les malveillances, les méchancetés, les mensonges qu’il a pu au fil des années. Et ne craignez rien, ce n’est pas fini! Le personnage qu’il a créé est plus grand que lui-même. Un être médisant qui calcule son succès aux sous qu’il a et aux conquêtes qu’il a faites. L’intérêt d’autrui compte pour très peu quand l’objectif est l’accumulation de richesse. Disons que ce sont deux concepts contradictoires.

Mais tout ce qu’il a dit et dira ne me dérange pas autant qu’un élément qui revient, tenace, résolument moderne : le « je ». Dans tous les débats, il disait encore et toujours : « je ». Je vais faire ceci, je vais agir comme cela. Je me fous de tous les autres (de mon propre parti comme de mes adversaires), je sais ce qui est bon et je vais faire ce qu’il faut pour que le « je » que j’aime tant fasse tout cela.

On ne construit pas un pays au « je ». C’est cette arrogance qui m’agace. Cette façon de tout ramener à soi. Toujours.

Et c’est symptomatique de notre époque, j’en ai bien peur. « I » phone, « I » pod… le « I » ou le « je » est le centre de l’univers. Tous les outils qui servent aux médias sociaux sont résolument tournés sur la personne qui l’utilise. C’est par les médias sociaux qu’on évite le plus les contacts réels.

Dans son discours, la nuit suivant le jour fatidique où à peine la moitié des Américains ont cru bon aller voter, il a parlé d’un mouvement. Mais on comprend bien que le mouvement est en fait une parade de gens qui suivent le grand Trump.

Non, on ne bâtit pas un pays au « je ».

Le premier mandat de René Lévesque, en 1976, a laissé des réformes et lois qui fonctionnent toujours. L’assurance automobile obligatoire (no fault system) qui a mis fin à des injustices alors qu’on devait, jusque-là, poursuivre autrui pour obtenir réparation lors d’un accident. Mon grand-père Bibeau a perdu sa fille de 2 ans dans un accident et il a perdu l’essentiel de ses liquidités quand il a voulu poursuivre pour obtenir réparation. Les petits gagnent moins souvent que les grands, en cour, encore maintenant. L’assurance automobile a réglé cette situation. Dans ce même mandat, on a protégé les territoires agricoles, inscrit une loi pour protéger le français et bien d’autres encore.

Au cœur de ce mandat, le bien commun primait. Lévesque a travaillé au « nous ». L’espoir accompagnait les gestes. Les débats étaient houleux, parfois, mais aucune de ces réformes n’a été défaite ensuite. Parce que le rôle de l’état est de voir au bien commun et non d'assurer la gloire et la puissance de la patrie.

Je pourrais remonter aux années 1960 avec les Libéraux de Jean Lesage. Une révolution tranquille qui a pavé la voie à une société qui misait subitement sur sa jeunesse et ses ressources. Le « nous » régnait.

Le ministre Castonguay avait alors piloté un projet rassembleur devant permettre à chaque citoyen de se faire soigner sans se soucier de l’argent que les soins demandent. Une application du principe du bien commun. Aujourd’hui, le ministre Barrette réforme le système tout seul, prend lui-même chaque décision et joue de démagogie en affirmant, main sur le cœur, que ses coupes budgétaires n’affectent en rien les soins des patients. Le "je" est une notion tenace, visiblement. 

On ne construit ni ne répare un pays au « je ».

Je regrette déjà Barack Obama. Pour sa classe, le respect des gens et des institutions. Il a été systématiquement bloqué dans ses grands projets par un Congrès majoritairement contre lui.  Pourtant, il a maintenu le cap en essayant de convaincre élus et citoyens de la nécessité de programmes et normes favorisant le bien commun. En perdant, il a eu le réflexe honorable d’inviter les gens à bâtir avec le nouveau président. Le nouveau président a dit « je serai le président de tous les Américains ». J’en comprends : « laissez-moi aller, retournez dans votre quotidien, mon oncle Donald s’occupe de tout. »  J’ai vu plus rassembleur. Il croit à la liberté, celle que chacun défend avec une arme à feu à la ceinture. S'il perdait, il contestait l'élection parce qu'elle est truquée. Il a gagné, elle est donc correcte. Mais bon. Quand on possède la vérité, pourquoi s’encombrer de démocratie?

Vous êtes un homme d’État, M. Obama. Ce que Trump ne sera jamais. Vous allez me… nous manquer…

 

Clin d’œil de la semaine

Trump me rappelle Ti-Mil qui parle à son fils dans la célèbre pièce Broue : « Moé, chus trop intelligent pour mes capacités! »


Genevieve Hébert, députée de Saint-Francois
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