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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Non, non…en quelques mots seulement!

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François Fouquet Par François Fouquet
Lundi 21 septembre 2020

Ça arrive trop souvent, il me semble.

La radio propose une entrevue intéressante avec un intervenant (ou intervenante!) tout aussi intéressant.

À la fin, l'animateur pose la question à développement que j'attendais, mais en spécifiant : « on manque de temps, alors, en quelques mots, que penser de... »

Je sais, ce sont des contraintes temporelles nécessaires pour assurer un rythme d'écoute, une dynamique en ondes, et tout.

Mais c'est souvent frustrant.

Ramasse ton idée!

La notion des quelques mots m'énerve peut-être parce que je sais que j'en utilise souvent trop. Mais...

J'y reviendrai.

Il y a quelques décennies, un de mes patrons demandait que mes projets soient soumis par écrit : "ça donne", disait-il, "un temps de réflexion avant de décider". Mais il ajoutait : « si ça rentre pas dans une page 8 ½  par 11, c'est que ton idée est pas assez ramassée! »

Pour lui, il y avait deux notions, là-dedans, je crois bien : la première est l'efficacité dans la communication. La deuxième, c'est l'idée de forcer l'exercice qui consiste à mieux encadrer son idée, son concept.

Je comprends tout ça. Et j'approuve. Jusqu'à un certain point.

Mais on a franchi ce point, je crois. Et ça, ça m'inquiète.

Il y a quelques années, un personnage est apparu à la télé et sur les premiers écrans qui diffusaient les émergents médias sociaux : Brice de Nice. Vous vous en souvenez peut-être. C'était un personnage original dont la maxime était : « j't'ai cassé ! »

Le principe était simple : il jouait au gars cool qui vient briser l'argumentaire de l'autre par une phrase-choc. Et celle-ci se terminait toujours par l'exclamation : « cassé! » Son bras faisait le geste oblique du karatéka qui brise des planches avec sa main.

Brice de Nice, sans le savoir, semble régner dans l'actuelle dynamique des médias sociaux où tout doit entrer en quelques caractères, ou en moins d'une minute sur une vidéo.

C'est exactement là que je décroche.

Je vous disais, plus tôt : j'y reviendrai.

Je sais que j'ai tendance à mettre trop de mots, parfois. Mais tout n'est pas blanc et tout n'est pas noir. Et c'est souvent la nuance qui porte le sens réel d'une idée, d'un argument. 

« Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément » (Nicole Boileau Despréaux - 1647).

Aujourd'hui, on semble avoir perdu le meilleur de tous les mondes : l'instantanéité des actions et réactions sur les médias sociaux nous soustrait à la responsabilité de réflexion qu'on devrait toutes et tous avoir. L'émotion gagne donc sur la raison. Puis, comme tout doit entrer en quelques caractères pour demeurer supposément et "modernement" crédible, on y va d'affirmations trop concises dont l'objectif est de « casser » l'autre bien plus que de faire avancer un point de vue.

Tout cela nous donne des dérapes incroyables, des accusations insensées, des attentes à la personne, etc.

Avec un minimum de recul, on s'aperçoit que cette façon de faire divise tout le monde et ne fait que créer des communautés basées sur la haine de l'autre (l'autre, là, celui qui ne pense pas comme nous ! »)

On a une responsabilité quand on s'exprime. Une responsabilité morale.

Mais encore faut-il l'accepter et réfléchir un brin avant d'écrire ou de se filmer pour publier quelque chose...

 

Clin d'œil de la semaine 

Dixit celui qui vient de lire les 150 premiers mots et s'est arrêté :

« Trop de mots, estie de mon'oncle! Tu comprends rien aux médias modernes! »

Derrière, j'entends Brice de Nice : « cassé! »

 

 


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