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Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 20 janvier 2020

La puissance de la douceur et du temps


L'art a cette faculté de déjouer le temps. De déjouer la vitesse des battements de ce cœur rythme nos vies. L'art qui entre en nous doucement. Qui prend le temps de prendre son temps. Si tant est qu'on lui ouvre la porte, évidemment!

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crédit photo: Facebook; Michel Rivard

Tout se passe vite. Défiant la logique, on dirait souvent que les événements roulent bien plus qu'ils ne se déroulent!
Le rythme est le cœur qui pompe le sang dans nos vies. Et le rythme est rapide dans notre société. Quoi qu'il arrive, la vie doit continuer. À tout prix.

Pas de pause. Les pauses, c'est pour les faibles, disent les forts...

Mais le show qui « must go on », c'est incontournable, ça?

Ça dépend!

Par exemple, Céline perd sa maman. Elle continue ses spectacles en guise d'hommage à sa mère. C'est bien ou mal?
Au décès de son père, Gildor Roy a fait arrêter un plateau de tournage pendant une semaine. C'est bien ou mal?
Visiblement, c'est personnel, en tous les cas!

Et si je me fie au nombre de fois qu'on répète que « le temps passe donc vite », la notion du show qui « must go on » s'applique à nous aussi!

Alors, voilà, ça roule, des événements qui se déroulent!

Puis, il y a eu ce samedi soir de janvier 2020.

Un samedi d'hiver. Venteux. Neigeux. « Bourrasqueux »!

Nous avons pris la route de Granby.

Une personne nous y attendait. Pour nous raconter une histoire. Son histoire.

Sur scène, Michel Rivard revient sur ses origines personnelles. Une question centrale : qui est son père biologique?
Une soirée de théâtre chanté. Ou de tour de chant parlé. C'est selon. Une soirée de grande semence, en fait.

La justesse du propos et de la mise en scène fait que l'histoire de Rivard s'installe en nous doucement. En prenant son temps. Rivard est drôle. Doucement drôle, cette fois-ci. Il parle avec le ton de celui qui te raconterait son histoire, bière à la main, au bord d'un feu, avec cet arrière-plan de ciel étoilé qui invite lui aussi à la douceur.

Sa mère, son père, ses frères et sœurs, ce sont un peu les nôtres, au final. Sa vie, c'est aussi un peu la nôtre.

Du grand art, je dirais.

Au sens où l'art a cette faculté de déjouer le temps. De déjouer la vitesse des battements de ce cœur rythme nos vies. L'art qui entre en nous doucement. Qui prend le temps de prendre son temps. Si tant est qu'on lui ouvre la porte, évidemment!

Samedi, la puissance de la douceur et du temps nous attendait. Une puissance à faire oublier les tempêtes de neige qui balaient trop souvent nos quotidiens.

Tout doucement, au rythme des tours de voiture ou de machine qu'on faisait dans le temps, Rivard raconte sa vie, tricote le récit au gré des anecdotes et des images. Saute de mailles volontairement pour nous faire voyager aussi dans le temps.

Son questionnement initial devient un peu le nôtre. Avec la dynamique douce du poète urbain, il décrit mais ne juge pas.
Bref, il fait du bien. Son histoire fait du bien!

Tant et si bien qu'on se demande bien comment il répondra à sa question initiale? Qui est son père biologique?
Au retour, je me suis imaginé près de la caisse enregistreuse d'une pharmacie. Juste à l'endroit où les magazines consacrés aux vedettes sont stratégiquement placés. J'imaginais le grand titre : « Michel Rivard dévoile enfin l'identité de son père biologique! »

Je déteste qu'on annonce des « enfin la vérité! » au nom du principe de se dire les « vraies affaires »!

Pour le rack à magazines, ce sera pour une autre fois. Ou pour un autre artiste!

Ce soir-là, Rivard a tout dit. Sans tout dire. Sinon l'essentiel : la valeur d'une vie est dans son déroulement. Pas dans son punch final.

Clin d'oeil de la semaine

Le sens, comme la beauté, est toujours dans l'œil qui regarde.


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