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Trop de faux diagnostics de TDAH?

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Photo : Il est extrêmement facile de confondre le TDAH avec d’autres problèmes.
Cynthia Dubé Par Cynthia Dubé
cdube@estrieplus.com
Mercredi 13 mars 2019

On n'entendait jamais parler de TDAH il y a 20 ans, mais aujourd'hui, ce trouble déficitaire de l'attention semble toucher un nombre important d'enfants. Est-ce vraiment le cas? Ou est-ce que le TDAH a tout simplement «le dos large»? Dans le cadre de la Semaine du cerveau, Estrieplus s'est entretenu sur la question avec Véronique Parent, professeure au Département de psychologie de l'Université de Sherbrooke.

Allons tout de suite droit au but; est-ce que les cas de TDAH sont plus nombreux aujourd'hui que dans les années 1980? Pas nécessairement, répond la professeure Véronique Parent. C'est plutôt le nombre de faux diagnostics qui est à la hausse. Il est extrêmement facile de confondre le TDAH avec d'autres problèmes, explique Mme Parent.

« On se base essentiellement sur l'observation des comportements pour poser un diagnostic, mais c'est facile de confondre le TDAH avec d'autres problèmes, par exemple, l'anxiété qui empêche l'enfant de se concentrer. Les gros problèmes de langage peuvent aussi porter à confusion; le jeune qui a cette problématique tente d'écouter les explications de l'enseignant, mais ça devient trop complexe pour lui, alors il décroche. C'est important de comprendre ce qui est à l'origine du comportement du jeune. Il ne faut pas oublier aussi qu'il s'agit d'enfants qui se développent. C'est normal que les enfants ne soient pas aussi attentifs que les adultes. »

Mais qui est le mieux placé pour porter un bon diagnostic? « Il faut se retourner vers les professionnels, des médecins et des psychologues, répond Mme Parent. Théoriquement, les enseignants ne peuvent pas poser un diagnostic, mais le milieu scolaire met parfois une pression importante, ce qui mènera rapidement à une prise de médication. C'est pour cette raison que j'insiste sur le fait qu'il faut une évaluation complète qui exclut toutes les autres possibilités. »

La prise de médicaments ou l'entrainement cognitif?

Un faux diagnostic peut avoir d'importantes conséquences, puisque la prise de médicaments n'est pas nécessaire et/ou pas adéquate. « Certains jeunes ont tout simplement une fragilité en ce qui a trait à la concentration et ou à la mémoire, indique Mme Parent. On peut avoir un manque de concentration sans être dans le registre du trouble. Dans ces cas-là, il y a différents entrainements cognitifs qui peuvent aider et la médication n'est souvent pas nécessaire. »

Pour les cas de TDAH, cependant, la professeure en psychologie indique que la médication est nécessaire. « Il faut comprendre que le TDAH est un trouble d'origine neurobiologique. Certains petits neurotransmetteurs ne fonctionnent pas bien. Le seul traitement reconnu pour être efficace en ce moment, c'est le traitement de première intention. Avant, on ne parlait que du Ritalin, mais maintenant on a plusieurs molécules qui permettent de traiter. D'ailleurs, on donne de moins en moins de Ritalin, parce que ce médicament a un inconvénient important; il a une courte action. L'effet ne dure que trois ou quatre heures et on doit donc en reprendre souvent. De plus, vers la fin du traitement, on voit souvent un effet rebond, c'est-à-dire que les symptômes deviennent pires que lorsqu'on ne prend pas le médicament. »

Et est-ce que les recherches liées au fonctionnement cognitif permettent d'affirmer que le TDAH se traite et peut même disparaitre avec le temps? Les avancements sont significatifs dans la recherche et dans les améliorations, mais le TDAH ne peut disparaitre, selon Mme Parent.

« C'est malheureux, mais ça ne se guérit pas. Je recommande la médication, mais en parallèle il est important d'essayer de développer des outils et des stratégies pour nous aider à mieux fonctionner au quotidien », explique la professeure qui s'intéresse particulièrement à l'exploration de différents types d'interventions qui, outre la médication, aideront les jeunes atteints du TDAH à développer certaines habiletés.

Mme Parent souligne aussi l'importance d'établir des règles claires avec les enfants (encore plus lorsqu'ils sont atteints de TDAH). D'ailleurs, l'impression que le nombre de cas de déficits d'attention est plus élevé depuis une dizaine d'années peut s'expliquer en partie par un manque de discipline.

« Pour les jeunes qui ont des déficits d'attention, le cadre est très important. Ils doivent bien connaitre les règles. Dans la réalité actuelle des parents, c'est souvent un défi que de maintenir cette cohérence et cette constance des règles. Mais ce manque de règles n'est pas au profit du jeune et peut amplifier les difficultés. Les conséquences se ressentent aussi dans le système scolaire. »

Augmentation des cas d'autisme?

Les avancées concernant les troubles cognitifs ne se limitent pas qu'au TDAH. L'évolution concerne aussi tout le volet des troubles de l'apprentissage, dont la dyslexie, la dyscalculie et la dysorthographie. « On diagnostic plus facilement les troubles de l'apprentissage, ce qui permet d'être en mesure d'apporter une aide très utile au jeune qui, plus tard, pourra même faire des études universitaires. »

Les avancées touchent aussi le trouble du spectre de l'autisme. Mme Parent, qui précise ne pas se spécialiser dans les cas d'autisme, constate tout de même une forte augmentation des demandes d'évaluation.

« L'information est tellement accessible aujourd'hui; les parents vont voir sur Internet quels sont les critères et les caractéristiques du spectre de l'autisme et accrochent sur un ou deux critères pour ensuite décider de consulter. Cette année à la clinique, c'est frappant le nombre de demandes que nous avons eu pour des évaluations du trouble du spectre de l'autisme. C'est malheureux, mais c'est un peu une mode. Il y a une dizaine d'années, on formait les professionnels dans les écoles à repérer les cas de TDAH et aujourd'hui on les forme à repérer les symptômes qui se rapprochent au trouble du spectre de l'autisme. »

Une forte augmentation pour des demandes d'évaluation de la douance a aussi été constatée. Pourtant, les cas de douance intellectuelle ne sont pas fréquents. « C'est un phénomène qui commence à prendre en émergence, parce qu'on en parle de plus en plus. Cette année, à la clinique, nous avons eu un nombre assez élevé de demandes d'évaluation de parents qui croient que leur enfant a une douance intellectuelle. On peut penser que la douance n'a que de bons côtés, mais ces jeunes développent certains problèmes à l'école. Ils trouvent leurs cours tellement faciles qu'ils finissent par s'ennuyer et, souvent, par déranger les autres. »

Véronique Parent est psychologue et professeure au Département de psychologie de l'Université de Sherbrooke sur le campus de Longueuil. Elle s'intéresse à la cognition et à l'adaptation chez l'enfant et porte un intérêt particulier aux interventions cognitivo-comportementales et basées sur la pleine conscience.

 


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