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CHRONIQUEURS /
Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 21 septembre 2015

Les gens d’ailleurs



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Volontairement, j'ai attendu avant d'écrire là-dessus. Vous savez, cette image on ne peut plus forte d'un bambin de trois ans, face contre le sol, au bord d'une plage, décédé à la suite d'une tentative de ses parents de se sauver d'une Syrie inhospitalière?

L'image est puissante. Plus que tous les mots.

Notre conscience personnelle est interpellée.

Je reconnais au moins deux mécanismes de défense quand cette conscience nous torture un brin. Si c'est par rapport à la consommation de biens et services, on s'apaise en plaidant le mérite : on travaille fort, donc on mérite ce qu'on a. Dans les cas humanitaires, on sent l'urgence de poser un geste. Parfois, un statut Facebook suffit. Sinon, on signe une pétition citoyenne d'Avaaz. Si c'est plus aigu, on fait un don. Et attention, ce don n'est pas rien! Dans notre société où tout est argent, faire un don implique une grandeur d'âme exemplaire!

Notre conscience se rendort alors, tout doucement, bercée dans le caramel de notre vie riche. Et les partis politiques fédéraux se disputent le nombre de réfugiés qu'ils accepteront s'ils sont élus.

Je veux bien. Mais on ne prend tellement aucune mesure des conséquences de nos gestes!

Comme dans le chiffrier d'un téléthon, on apprécie le plus gros chiffre. Et on votera pour ce chiffre, se disant que le Canada est donc bien le plus beau et grand pays du monde.

L'intégration? Avec tous les impôts qu'on paie, quelqu'un y verra. Voilà. Dossier réglé. On passe au suivant. La saison du Canadien va reprendre et les Nordiques reviendront bientôt. On a de quoi s'occuper en masse.

Je jasais avec un ami, l'autre jour. On refaisait ce monde dans lequel on vit. Il me dit, à moment donné. « Tu sais, pour l'instant, ça va, on contrôle tout le monde à la frontière. Mais tantôt, quand la pression sera plus forte partout dans le monde, les frontières ne tiendront peut-être plus. Notre richesse et l'espace dont on dispose feront de notre pays une terre convoitée! »

Ouaip...

Nous qui pensons personnellement, il faudra bien apprendre à penser collectivement. Notre défi est là.

A-t-on idée de ce que c'est que d'arriver dans une terre d'accueil où les habitudes ne sont pas les mêmes? Tout est chamboulé, jusque dans les petits détails de la vie quotidienne. Quand on est un étudiant malien, qu'on vient d'arriver ici pour étudier et qu'on trouve logis dans une maison de chambres où l'espace-cuisine est commun, tout est différent. Les règles de vie, la culture, les façons de faire, la nourriture, tout! Et comment réagit-on quand l'étudiant ne prend pas son repas du soir parce qu'il attend les autres? Juste parce que pour lui, le repas est un geste social et qu'il ne se voit pas le prendre sans les autres?

C'est un exemple réel, mais bénin. Mais il sonne une alarme, cependant. Cette alarme qui nous dit que la phrase magique « Ben, qu'y fassent comme chez-nous ou bien, qu'y partent » ne suffira plus.

Il faut dès maintenant penser plus collectivement. S'impliquer dans notre vie sociale et communautaire. Favoriser des règles générales qui sont au-dessus des religions.

Quand on arrive quelque part, on cherche des repères. Si tout ce qu'ils voient, ce sont des citoyens qui vivent chacun pour soi, gavés et lourdauds de leurs libertés individuelles, ils feront de même. S'ils débarquent dans une société où le tissu social est fort, ils s'y intégreront plus aisément.

La solution est collective.

Se contenter de chialer sur les médias sociaux et ailleurs, de répondre à la haine par la haine, de tout mettre dans un même panier, tout cela demeure stérile et inutile.

Clin d'œil de la semaine

On vit chacun pour soi et on plaide notre façon de vivre commune... La meilleure façon de laisser s'éteindre notre culture commune, c'est bien de la vivre chacun chez soi...

Genevieve Hébert, députée de Saint-Francois
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