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François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 12 novembre 2018

Une société écartelée



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L’écart se creuse donc entre les mieux nantis et les autres. Il devient plus difficile de parler de plusieurs classes sociales. - François Fouquet

L'économie roule à fond la caisse. Nous sommes en situation de plein emploi. De presque trop-plein d'emploi, même. Au début des années 1970, Robert Bourassa s'était fait élire avec la promesse de créer 100 000 emplois. Un wow, à l'époque. Le taux de chômage était élevé, les emplois plus rares.

On a bien compris, ensuite, que « les chiffres, c'est les chiffres! ». Essentiellement, on peut tout leur faire dire. Ainsi, une personne qui avait épuisé le programme d'assurance-chômage pouvait se retrouver sur l'aide sociale. Ah! Elle n'était plus chômeuse, un point de plus! Puis, la création d'emploi inclut les emplois temporaires et à temps partiel, ce qui déjoue la perception première de la promesse.

Aujourd'hui, pas de problème de chômage et l'économie tourne à plein.

Pourtant, l'endettement des ménages canadiens n'a jamais été aussi élevé. Si les familles manquent d'air au niveau économique, il faut aussi ajouter qu'ils sont à bout de souffle au niveau professionnel. Chaque jour non travaillé crée un trou qu'on finit par combler par la marge de crédit.

L'écart se creuse donc entre les mieux nantis et les autres. Il devient plus difficile de parler de plusieurs classes sociales. Bourassa parlait de classe moyenne en 1970. Legault parle simplement « des familles » tant l'écart entre la classe moyenne et la classe pauvre se rétrécit... par le bas!

Une triste image met en lumière cette situation : Bombardier abolit 2 500 postes au Québec après s'être abreuvée à la fontaine des fonds publics (2 milliards $ au total). Pire, le président en a profité pour augmenter son propre salaire de 4,5 millions de $ annuellement.

Ceci démontre cela : plus une entreprise est grande, plus elle oublie son rôle d'employeur et d'acteur socioéconomique local et régional. Seule la valeur de son action compte. Le reste peut bien s'écrouler. Avec une déconcertante nonchalance, un économiste proposait, plus tôt cette semaine, une analyse de cette situation : « à un moment donné, il est normal que Bombardier songe à faire un ménage de son bilan... ». Et on dit, dans la section « durabilité » du site Internet de Bombardier : « de la chaîne de montage à la salle du conseil, nous nous sommes engagés à adopter des pratiques responsables dans l'ensemble de nos activités ».

« Oui, mais t'sais, c'est de même, c'est de la gestion... ».

Le grand écart est visible aussi en politique. Mon interprétation du fait que des gens continuent d'appuyer la candidature de Trump est la suivante : l'avenir est sombre pour des millions de familles aux États-Unis. Elles peinent à joindre les deux bouts. Normal, des pans majeurs de la production de biens ont été confiés à des pays dits émergents et où les salaires sont absurdes. Trump représente le genre de bonhomme qui peut tout changer à lui seul, simplement en brassant la cage de chacun et de tout le monde.

Et je considère que son thème « Make America Great Again » (refaisons de l'Amérique une nation grandiose, en traduction très libre) est carrément passéiste : il regroupe les gens sous l'idée que seul l'Américain blanc a une valeur et que tout redeviendra comme dans la période de gloire économique de l'après-guerre dans les années 50 et 60.

C'est sûr que le réveil sera brutal, mais pour l'instant, je crois que des millions de personnes s'y raccrochent.

Notre société est écartelée.

Les dernières élections au Québec le démontrent aussi. Les deux partis pataugeant au centre depuis des dizaines d'années ont été tassés au profit d'un drôle de mélange de droite et de gauche.

Legault semble avoir les coudées franches, mais il trouvera des gens sur son chemin quand même. Les règles du jeu changent. Ainsi, lui qui avait évacué l'aspect environnemental de la campagne au profit de « l'argent dans les poches des familles » marchera avec des cailloux dans ses souliers. Des centaines de milliers de Québécois le rappelleront à l'ordre sur ce point. Entre autres...

Nous sommes sur le point de voir la couleur du mur dans lequel on fonce. En environnement. Et en économie, je le crains.
Désespoir? Non. Mais rappel à l'ordre par rapport à notre implication dans le débat, par exemple!

Clin d'œil de la semaine

Nouvelle mouture de la citation célèbre des films d'espionnage : « ce message se biodégradera dans les prochaines secondes. »

 


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