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Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 20 avril 2015

Parler pour chialer…



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Dimanche matin. Ici. À Sherbrooke.

Il n'y a pas si longtemps, quelques décennies à peine, le peuple se serait dirigé vers son lieu de culte chrétien. Majoritairement catholique, mais aussi orthodoxe, baptiste, évangéliste, etc. Parce que oui, à Sherbrooke et ses alentours immédiats, il y a un « etc. » dans l'énumération des appartenances religieuses, même au niveau de la chrétienté.

Qu'on soit croyant ou non, un fait demeure : se diriger, en même temps, dans plein d'endroits différents pour manifester sa foi en Dieu, ça envoie un message à quiconque regarde cela de loin. Le message d'un peuple qui sait s'unir dans un endroit commun, au même moment. Le message d'un peuple qui sait se serrer les coudes. S'unir dans les bons et les moins bons moments. Un peuple qui, ultimement, convergera dans un espace commun si jamais quelque chose trouble son quotidien. Au-delà du peuple, il y a une communauté. Affirmée. Un étranger qui débarquait voyait rapidement comment ça marchait chez nous.

Au fait, ça marche comment, chez nous? La question demeure entière, à mon avis.

J'écoutais Jean Tremblay, le maire de Saguenay, s'insurger contre le fait qu'il ne peut plus faire la prière avant les rencontres du conseil municipal. Fidèle à lui-même, il tire dans tous les sens, prétendant, d'une part, que sa grande mission sur Terre est de promouvoir le Christ et, d'autre part (et dans le même souffle!) qu'il faut faire la prière pour saluer notre histoire culturelle... Dur à suivre, le maire de là-bas, là, là...

Mais qu'est-ce qui nous rassemble, nous, de Sherbrooke, du Québec? Qu'est-ce qui dit à l'étranger « comment ça marche, chez nous »? Le Costco? Le centre commercial?

La société dans laquelle nous évoluons ne compte plus de lieux de rencontre, de convergence (et non, TVA n'en est pas un!). Ces lieux communs qui nous définissent comme société. On peut être mille en même temps au Costco, mais on ne regarde l'autre que pour lui subtiliser une place dans le rang à la caisse enregistreuse.

Le constat me semble clair : nous sommes résolument centrés sur nous-mêmes, nourrissant notre « chacun-pour-soi » dans l'auge des libertés individuelles qui nous sont si chères. On aura beau se plaindre et gueuler, invoquer notre histoire religieuse et culturelle, rien n'y fera. Ce n'est pas dans le passé que ça se passe, c'est maintenant.

Il vaudrait mieux se questionner sur le modèle social qu'on souhaite. Et se poser la question qui tue : quel est le message qu'on envoie comme société?

Tristement, le message est le suivant : nous sommes un regroupement d'êtres humains vivant en groupuscules de trois ou quatre personnes et qui n'ont à peu près plus d'interactions entre eux. On est tellement pris en charge à tous les niveaux qu'on a perdu nos réflexes de base. On peut envoyer une lettre ouverte aux journaux pour se plaindre que la Ville a laissé plein de petites roches l'hiver sur notre pelouse et que c'est épouvantable! 

On défend à grands cris nos libertés individuelles et, après, on souhaite que « les autres » ne puissent pas en bénéficier. Et on ne sait pas trop comment définir « les autres ».  

Faut-il donc revenir à la religion?

Non. La religion est et doit demeurer un acte personnel. Pas un plan d'action social.

Et puis, il faut cesser de toujours vouloir « revenir à quelque chose » (comme le souhaitent tant les conservateurs). On doit plutôt « aller vers quelque chose ».

Et ça commence par un regard autour de soi. Le nombrilisme ne mène jamais qu'à son petit soi.

Clin d'œil de la semaine

Jean Tremblay est la cloche de l'expression esprit de clocher : vide et sonore. Très sonore. 



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