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CHRONIQUEURS /
Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 8 juin 2015

Juste une nuit. S.V.P!



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Les chansons d'amour commencent ou finissent comme cela, très souvent. Juste une p'tite nuite, des Colocs, Aide-moi à passer la nuit, reprise par autant de chanteuses qu'il en faut pour jouir (!) d'un vaste harem. Et bien d'autres chansons qui vantent les mérites d'une nuit. Juste une fois. Pour le fantasme, le dépaysement ou je ne sais trop pourquoi.

La nuit est comme l'amour. On a beau savoir comment c'est fait, une chose demeure, c'est plein de mystères, de zones ombragées, de choses claires et de choses moins claires. De cette nuit où vous avez promis d'attraper la lune au lasso pour votre bien-aimée jusqu'à celle où le voile des nuages ont empêché même les ombres lunaires, les nuits sont toutes un peu différentes. Mais elles ont un cycle. Un rythme. Comme une journée. Sauf qu'on le voit moins.

Se réveiller en pleine nuit avec une chose en tête qui n'est pas réglée peut tourner au cauchemar éveillé. La dimension des éléments est hors proportion. Un petit problème devient grand lorsqu'amplifié par l'angoisse de la nuit. Au moment où le jour se lève, les proportions reviennent à la normale, les solutions refont surface. Ces grandes zones trop ombragées pour qu'on les apprécie à leur juste valeur reprennent une luminosité correcte qui amoindrit l'effet angoissant.

La nuit, tous les chats sont gris. Vrai. Pourtant, la nuit est toute en nuances.

Il y a longtemps que je n'avais pas passé une nuit blanche. Intéressante, cette expression dans laquelle toutes les nuances de noir se coiffent du qualificatif blanche. Nuit blanche comme dans jour polaire qui dure 24 heures.

Polaire

Vivre une nuit complète sans sommeil, sans même être couché, c'est observer les différences de température dans notre corps. On devient frileux, moins à l'aise. Pas un froid polaire, mais un côté frisquet dérangeant. C'est aussi se rendre compte des  lacunes de résistance que connaissent notre corps et notre esprit quand le repos ne vient pas refaire le plein.

C'est beau, la machine humaine. Fort et faible en même temps. La vie peut s'acharner sur un vieillard sénile et immobile comme elle peut fuir lâchement un enfant qui tombe de sa planche à roulettes.

La nuit, toutes les pensées sont grises. Faux. Mais elles n'ont pas toujours la même portée que lorsqu'il fait jour.

La nuit de vendredi dernier, je l'ai passée à marcher autour du terrain de soccer du parc Jacques-Cartier. Un circuit de 0,6 km qu'on a répété 50 fois ou plus. En petits groupes. Seul, par grands moments, même si on était en petits groupes. On faisait un Relais pour la vie. Une idée de la Société canadienne du cancer. Sur 0,6 km, plus de 3000 petits sacs de papier blanc étaient alignés. Chacun illuminé d'un petit lampion. Chaque lampion saluait la mémoire ou le courage de gens atteints. La mémoire pour ceux pour qui le combat est terminé. Le courage pour ceux qui ont gagné ou qui sont en train de gagner.

Je vous l'ai dit souvent. On vit comme des fous, à vitesse grand V, se plaignant de toutes sortes de petits trucs.

Quand la règle du jeu est de demeurer dans un parc, la nuit prend une autre dimension. On devient attentif à l'environnement, au passage des nuages tassés par les vents variables. Aux lueurs de milliers de petites lanternes qui nous disent que nous sommes bien peu de choses en même temps qu'elles nous disent que la solidarité est une nécessité pour la qualité minimale de la vie. 

Quand la règle du jeu est de demeurer dans un parc pendant 12 heures, on s'arrête à plein de trucs auxquels on n'aurait pas porté attention avant. Parce qu'on veut performer. Pour réussir.

Quand la règle du jeu est de s'obliger à s'isoler du quotidien et de ses habitudes pendant 12 heures de notre vie précieuse et d'hypothéquer le lendemain parce qu'on n'a pas dormi, les repères se modifient. Les valeurs reviennent à la surface.

Après les heures les plus sombres, le ciel se colore. Une percée dans les nuages annonce le jour. Puis, c'est la splendeur du soleil qui distribue généreusement ses premiers rayons.

Et là, on se dit que c'est beau, un lendemain, quand on en a un.   

Clin d'œil de la semaine

Dans notre monde performant où le confort de l'individu est devenu ultime, le cancer n'a jamais été aussi populaire. Maudit hasard plate...


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