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Le Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du CHUS en faveur de l’usage de la marihuana


par Sarah Pomar Chiquette
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Vendredi 20 juin 2014

Le Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), a annoncé cet avant-midi qu'il était « en faveur de l'usage de la marihuana séchée, à des fins médicales, lors de circonstances exceptionnelles et à certaines conditions. »

En janvier dernier, un médecin du CHUS, sans autorisation officielle de l'établissement, avait autorisé Charles Bury, un patient aux soins palliatifs, à consommer du cannabis par vaporisation dans sa chambre pour soulager ses souffrances. À la suite de cet événement, le CMDP a constitué un comité de travail multidisciplinaire afin d'élaborer un document faisant état « des récentes données scientifiques, de l'encadrement juridique applicable et d'une réflexion éthique » sur la question.

Recommandations du rapport

L'usage du cannabis thérapeutique par inhalation doit être « permise avec prudence et à des conditions précises. » Le Dr Serge Lepage, président du CMDP et cardiologue du CHUS, explique ces modalités : « Le patient doit avoir une autorisation de son médecin traitant pour la consommation, un fournisseur désigné et il doit avoir en sa possession de la marihuana et l'outil nécessaire pour l'inhalation du produit. De plus, cela doit être fait avec un appareil de vaporisation dans une chambre privée ou dans une chambre à pression négative pour contrôler les émanations. »

Les directives du Collège des médecins

« Cette annonce n'est pas en contradiction et ne déroge pas aux directives qui ont été émises en avril dernier par le Collège des médecins du Québec concernant la pratique des médecins. Le Collège ne s'oppose pas à ce qu'une telle politique soit mise en vigueur dans un établissement », a déclaré Dr Charles Bernard, président-directeur général du Collège des médecins du Québec.

Le Collège réitère depuis plusieurs mois que « l'usage du cannabis à des fins médicales n'est pas un traitement reconnu par la profession médicale. » Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins, explique les raisons : « on ne connaît pas les indications et les dosages de façon précise, on ne connaît pas non plus les effets secondaires et les effets bénéfiques » de ce produit. Il ajoute que « si le médecin veut prescrire du cannabis à des fins médicales, il ne pourra le faire que dans un cadre de recherche. » À cet effet, le Collège est en ce moment en pourparlers avec une équipe de recherche pancanadienne : « Nous préparons présentement un tel cadre de recherche avec un formulaire de consentement du patient, un formulaire de recueil de données initiales ainsi qu'un suivi des patients. Éventuellement il sera possible de constituer une banque de données à partir de laquelle de nouveaux projets de recherche pourront être identifiés et surtout des données de pharmacovigilances, c'est-à-dire que la sécurité des produits pourra être analysée pour mieux conseiller les prescripteurs et protéger les patients adéquatement pour ce produit, qu'on connaît relativement peu sur le plan médical », a indiqué Dr Yves Robert.

Dr Charles Bernard prévient qu'un médecin qui prescrirait du cannabis séché à des fins médicales selon la règlementation fédérale, mais sans toutefois participer à un projet de recherche, agirait dans l'illégalité : « Ce que nous avons émis comme règle c'est que les médecins prescrivent ce produit dans un cadre, et ce, pour amasser des informations. Le Collège souhaite créer des données scientifiques pour prouver que le cannabis inhalé est efficace. Le projet de recherche est sur le point d'être mis en place. D'ici deux ou trois semaines, il sera opérationnel », a-t-il précisé.

Selon le Collège des médecins du Québec, le médecin doit tenir un registre dans son bureau de « tous les patients à qui il prescrit du cannabis séché dans le but de pouvoir éventuellement retracer ses patients et pour qu'à des fins d'inspection, le Collège puisse vérifier que le médecin suit ses obligations déontologiques. »

La position de Santé Canada

Dans un courriel adressé à EstriePlus, Sean Upton, responsable des communications à Santé Canada, indique que « la marihuana n'est pas un médicament approuvé au Canada et n'a pas fait l'objet d'études scientifiques rigoureuses visant à en vérifier l'efficacité et la sécurité. »

Ainsi, Santé Canada « n'approuve pas l'usage de la marihuana, mais les tribunaux ont statué que les Canadiens doivent avoir un accès raisonnable à une source légale de marihuana à des fins médicales », en vertu des Chartes des droits et libertés. Par conséquent, le gouvernement veut s'assurer que l'accès soit « contrôlé afin de protéger la santé et la sécurité du public. » Selon la nouvelle réglementation fédérale en vigueur depuis le 1er avril, la production de marihuana à la maison ou dans des habitations privées est illégale. Seuls les producteurs autorisés pourront fournir du cannabis séché. La liste des producteurs est disponible sur le site web de Santé Canada et le médecin qui veut éventuellement prescrire ce produit ne peut le faire qu'auprès de ces producteurs.

La vision du CMDP

« Nous pouvons être pour ou contre, mais il y a des patients qui en consomment et qui se disent soulagés. Si un patient, dépendant à la marihuana, est hospitalisé, il peut être difficile de le soulager autrement. Est-ce que ce serait raisonnable de le laisser souffrir? Je pense que non. » Le Dr Serge Lepage reconnaît qu'il est nécessaire d'entreprendre des recherches sur la consommation du cannabis à des fins médicales. Nonobstant, il soutient qu'il faut encadrer rapidement cette pratique, puisque les patients qui réclament cette substance pour soulager leurs souffrances ne peuvent attendre les conclusions des recherches : « Est-ce qu'il est raisonnable d'obliger un patient, qui souffre d'un cancer, à participer à un programme de recherche? Puis, si nous voulons élaborer un projet de recherche, ce sera une réalisation qui sera de longue durée et des coûts y seront aussi reliés. » Selon Dr Lepage, il faut réagir rapidement, c'est pourquoi le CMDP a souhaité encadrer la consommation du cannabis dans l'établissement du CHUS. Il y aura deux types d'encadrement selon la mobilité des patients : « d'une part, ce que nous allons recommander pour les patients mobilisables c'est qu'ils se déplacent à l'extérieur pour fumer. D'autre part, si le patient est confiné à son lit, il sera isolé dans une chambre privée ou dans une chambre à pression négative avec son propre matériel. »

Pour conclure, le Dr Lepage assure que les règles primaires qui ont été précisées dans le dossier pourront « s'adapter s'il y a des changements à faire en terme de réglementation. » Des rencontres sont prévues dans les prochaines semaines avec le personnel et la direction du CHUS pour expliquer et encadrer la pratique à l'intérieur de ses installations.


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