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ACTUALITÉS / Estrie
Cynthia Dubé Par Cynthia Dubé
cdube@estrieplus.com

Jeudi, 14 février 2019

Des raccrocheurs se confient: et si plusieurs chemins menaient à la réussite?


Semaine de la persévérance scolaire

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Sara Beaulieu termine son secondaire à l'école Goéland. Elle dit que c'est sa prof répondante, Mélissa Milani, qui lui a donné le goût d'apprendre.

Le milieu scolaire multiplie les efforts pour faire la promotion de la persévérance scolaire et pour aider les jeunes susceptibles de décrocher à rester sur les bancs d'école. Les efforts portent fruits, mais ils sont encore trop nombreux à abandonner l'école, à ne pas se sentir à leur place dans une classe. Estrieplus.com s'est entretenu avec deux raccrocheuses qui racontent leur difficile parcours.

Sara Beaulieu, 20 ans, termine en ce moment son secondaire à l'école Le Goéland. Ancienne élève du Tournesol à Windsor, la jeune femme a décroché des bancs d'école trois fois au cours de son secondaire. Avant d'arriver au Goéland (école de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke qui permet aux jeunes de 16 à 21 ans de terminer leur secondaire), Sara était dans un programme de rattrapage, puisque ses notes étaient très faibles.

Elle dit ne pas avoir de TDAH ou de retard cognitif. Elle avait aussi beaucoup d'amis et ne se sentait pas exclue des autres par rapport à ses notes. À 14 ou 15 ans, c'est la motivation qui faisait défaut.

« C'est comme si à cette époque, tout ce que je voulais, c'était m'amuser, explique-t-elle. Je ne voyais pas l'intérêt d'apprendre. Puis, à un moment, il était trop tard pour reprendre le temps perdu, l'écart était trop grand. Plus j'avais de la difficulté à l'école, plus je perdais de l'intérêt. Les enseignants m'aidaient, mais je n'étais pas motivée. »

Après avoir décroché du secondaire une troisième fois, Sara s'est inscrite au Goéland. « Je savais bien que sans diplôme d'études secondaires, on ne peut pas faire grand-chose dans la vie », lance-t-elle. Premier objectif? Trouver la motivation nécessaire pour acquérir son secondaire 5.

« J'ai maintenant trouvé cette motivation et j'ai de bonnes notes au Goéland, ce que je n'avais jamais eu auparavant. Les enseignants font toute la différence! Ils savent que leur clientèle a plus de difficulté à l'école et travaillent dans ce sens, contrairement à une école secondaire régulière où tout le monde prend le même bateau et tant pis si certains ne suivent pas! Avec l'aide de ma prof répondante, Mélissa Milani, j'ai trouvé la meilleure façon pour moi d'apprendre; elle m'a appris à apprécier ce qu'on apprend. »

Aujourd'hui, Sara veut aller au cégep et, qui sait, peut-être aussi à l'université.

« Je me suis donné comme objectif d'aller au cégep pour aller me chercher un DEC. Ce serait quelque chose de très gros pour moi, puisque je serais la première de ma famille à avoir un diplôme collégial. Ça me motive beaucoup! Mes parents sont très fiers de moi. Ils voient que je travaille fort. »

Questionnée à savoir à qui revenait la faute pour son manque d'intérêt et ses notes très basses qui l'ont amené à décrocher, Sara répond qu'elle ne veut blâmer personne. « Ce n'est pas la faute de personne! Je pense par contre que ça prend plusieurs écoles différentes, parce qu'il y a plein d'élèves différents. »

Décrocher, parce qu'on n'y croit plus

Depuis les cinq dernières années, le taux de sorties sans diplôme du secondaire ni qualification dans le réseau public oscille entre 19 % et 21 % (moyenne des deux sexes). Le travail est donc loin d'être terminé. Parmi les objectifs stratégiques des grands enjeux pour promouvoir la persévérance scolaire, il y a la valorisation et la promotion des différents parcours de formation menant à la réussite éducative et à l'intégration au travail.

Alexandra Maurice, qui termine présentement son secondaire en formation pour adultes (Centre Saint-Michel de Sherbrooke et maintenant à Laval dû à son déménagement), a fait une partie de son secondaire au Triolet. La jeune femme de 23 ans a suivi un des parcours proposés par la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke pour les élèves qui ont des difficultés d'apprentissage (programmes créés par le gouvernement du Québec).

La Formation préparatoire au travail offre dès le secondaire 3 un parcours différent (plusieurs stages et moins de cours réguliers) de ce que l'on retrouve dans les classes régulières et ne permet pas l'obtention d'un diplôme d'études secondaires. L'élève aura plutôt droit à un certificat qui lui permettra de travailler dans des magasins ou comme préposé bénéficiaire, par exemple.

Ce chemin peut être une bonne alternative pour certains jeunes, mais Alexandra, elle, était persuadée de faire fausse route avec cette formation. Celle qui souffre d'un TDAH (déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) ne croyait pas être à sa place dans cette classe et se sentait dévalorisée.

« On ne m'a pas obligé, mais on me l'a fortement proposé. Puisque j'étais déjà en cheminement particulier en secondaire 1 et 2, je pense que c'était plus simple de me garder là. Mais ceux qui sont en cheminement particulier n'ont pas nécessairement un trouble de l'apprentissage! Il y a beaucoup d'élèves qui sont là parce qu'ils ont des troubles de comportement. Pour ma part, c'est un TDAH, donc j'apprends plus lentement que les autres. Dans une classe régulière, c'est comme si j'équivalais à deux élèves. »

Selon elle, plusieurs jeunes décrochent pendant cette formation. C'est du moins ce qui lui est arrivée.

« Avec cette formation, tout ce qu'on peut avoir c'est un emploi au salaire minimum et c'est pas ce que je veux dans la vie. Alors, je me suis inscrite au Centre St-Michel pour terminer mon secondaire. Je suis maintenant en voie d'obtenir mon diplôme. J'ai une moyenne de 80 %. Je me suis d'ailleurs inscrite au cégep en éducation spécialisée et j'attends une réponse pour le mois d'avril », explique celle qui habite maintenant à Laval.

Et selon elle, pourquoi sa situation scolaire est si différente aujourd'hui qu'à l'époque? « Pour la simple et bonne raison que je travaille fort. Maintenant, je me sens valorisée, ce qui n'était pas le cas en cheminement particulier et en Formation préparatoire au travail. C'est une grande satisfaction pour moi de constater que je peux performer comme les autres, même si j'apprends plus lentement que les autres. »

Et quel conseil a-t-elle envie de donner aux commissions scolaires et aux élus qui travaillent à l'amélioration de notre système scolaire?

« Pourquoi on nous donnerait pas la chance de faire du régulier, mais à notre rythme, un peu comme à l'école aux adultes? Ce serait plus valorisant d'être dans des classes régulières, comme les autres élèves. »

À chacun son rythme en classe régulière?

Isabelle Boucher, directrice du service des ressources éducatives à la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, souligne que les classes régulières permettent déjà aux jeunes d'aller à leur rythme, mais jusqu'à un certain point.

« Au régulier, il y a déjà une flexibilité mais avec une limite. C'est qu'à un certain moment, le décalage est trop grand par rapport aux autres. Si l'écart du jeune est trop grand entre où il est rendu et où il devrait être, on ne l'aide pas à le laisser dans une classe régulière. L'estime peut en prendre un coup. »

Concernant la Formation préparatoire au travail, Mme Boucher concède que ce cours ne remplace pas un secondaire 5, mais pense qu'il est extrêmement bénéfique pour de nombreux jeunes qui ont des difficultés d'apprentissage.

« Pour être en Formation préparatoire au travail, l'élève (habituellement en cheminement particulier) doit avoir 15 ans et n'a pas encore réussi son primaire, explique-t-elle. L'enfant a des difficultés d'apprentissage depuis qu'il est tout-petit (troubles cognitifs, du langage, etc.). Malgré tout le soutien et les mesures mises en place pour l'aider, il n'avance pas suffisamment. À un certain moment, on constate qu'il faut penser à un autre type de parcours, puisque le jeune ne vit pas de réussite et vit des échecs depuis longtemps. »

Mme Boucher admet que certains jeunes s'y retrouvent moins. Elle souligne toutefois que rien n'empêche un élève de se diriger vers l'éducation aux adultes pour obtenir son diplôme d'études secondaires après avoir terminé la Formation préparatoire au travail. Puisque le jeune est plus âgé et plus mature, ses chances de réussite sont plus élevées.

« Les chemins ne sont pas toujours pareils, mais l'important c'est d'y arriver! Parfois, ces jeunes ne sont tout simplement pas prêts au secondaire. Ils manquent de maturité à ce niveau ou l'école est trop difficile pour leurs capacités. Il arrive aussi qu'après l'obtention du certificat de la Formation préparatoire, des jeunes réalisent qu'ils ont envie de retourner à l'école une fois sur le marché du travail. Ils apprennent à partir de cette expérience. C'est un chemin différent, mais qui est loin d'être mauvais. Moi j'ai vu de belles réussites avec cette formation », explique celle qui a été enseignante pendant de nombreuses années.

Mme Boucher insiste sur le fait que les décisions ne sont pas prises à la légère. Les enfants que la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke dirige vers le cheminement particulier et vers la Formation préparatoire vivent des difficultés depuis l'école primaire.

Rappelons que depuis lundi, plus de 300 activités dans quelque 200 lieux de l'Estrie se déroulent dans le cadre de la Semaine de la persévérance scolaire. L'Alignement stratégique 2016-2020 visant à diminuer le taux de décrochage scolaire propose 5 axes d'intervention prioritaires, soit la Mobilisation, la Sensibilisation, l'Accompagnement, la Diffusion et le transfert de connaissances, ainsi que l'Évaluation.

 

Photo dans le texte :
Alexandra Maurice a remporté pas moins de trois concours littéraires au Centre Saint-Michel.
Édifice de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

 

 


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