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ACTUALITÉS / Estrie
Sarah Pomar Chiquette Par Sarah Pomar Chiquette
spomarchiquette@estrieplus.com

Lundi, 23 février 2015

L’accès à l’information limité au palier municipal



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Dans la foulée du débat entourant le contrôle de l'information des gouvernements du Québec et du Canada, le Mouvement Sherbrooke Démocratie (MSD) estime que la question est d'autant plus préoccupante pour les municipalités.

Les agents de communication du gouvernement du Québec ont dénoncé la semaine dernière la « Harperisation » des communications du gouvernement du Québec, soit le contrôle abusif de l'information exercé par le gouvernement, notamment en limitant l'intervention de ses ministres et en refusant de répondre aux questions des journalistes. Ils craignent de devenir des « instruments de propagande politique ».

Le coporte-parole du Mouvement Sherbrooke Démocratie (MSD) Claude Dostie est particulièrement actif sur la scène municipale depuis la dernière année. Son constat est sans équivoque : il y a vraisemblablement un contrôle de l'information auquel il faut se préoccuper à la Ville de Sherbrooke.

« Techniquement, le service de communication est apolitique, mais je crois que naturellement les services de communication de la Ville vont toujours avoir tendance à se politiser. Quand un service est censé être neutre, mais que dans les faits il suit une ligne de parti, c'est évident que c'est préoccupant pour l'avenir », précise M. Dostie qui indique avoir observé depuis un an des situations inquiétantes à la Ville.

En référence à la sortie publique des agents de communication du gouvernement du Québec, M. Dostie estime que la situation est d'autant plus inquiétante au niveau municipal : « L'avantage au provincial ou au fédéral c'est qu'on en parle dans les journaux. Si le premier ministre du Québec ou du Canada contrôle une information, les éditorialistes, les chroniqueurs vont forcément en parler. Les partis d'opposition ont également un poids significatif. » Il y a ainsi moins de surveillance qui est exercée au niveau municipal », ajoute-t-il.

Un équilibre fragile

M. Dostie a le sentiment que les journalistes irritent davantage les élus municipaux : « Sherbrooke est un petit milieu. On peut facilement se mettre des gens à dos. On ne veut donc pas trop brasser la cage même s'il y a des informations d'intérêt public. Ce contexte fait qu'il y a moins de voix qui s'élèvent pour contester les pratiques douteuses. Il y a moins de gens qui sont à l'affut, qui surveillent, qui critiquent, qui posent des questions. Les journalistes font leur travail, mais c'est tout de même fragile comme équilibre », affirme le coporte-parole du MSD.

Marie-Ève Carignan, professeure adjointe au Département des lettres et communications à l'Université de Sherbrooke, a travaillé plus de six ans au Conseil de presse du Québec : « on recevait les plaintes des journalistes, du public et des médias lorsqu'il y avait des problèmes avec la loi sur l'accès à l'information. Nous avons eu des cas où les journalistes nous appelaient puisque le conseil municipal empêchait les journalistes, les caméramans et les photographes d'assister aux assemblées municipales », témoigne la professeure.

« Il y a une méconnaissance parfois des élus municipaux quant au travail des journalistes. Ils ne comprennent pas toujours ce qu'est la liberté de presse. Nous avons d'ailleurs eu plusieurs rencontres avec les fédérations municipales pour faire prendre conscience de ces droits aux élus », poursuit-elle.

Un danger pour la démocratie

De tout temps les politiciens tentent de contrôler leur image et leur façon de se présenter dans les médias. Pourtant, la relation entre les journalistes, les médias et les politiciens a radicalement changé : « Auparavant, il était possible de spontanément poser une question au premier ministre. On le voyait souvent avec Brian Mulroney et Jean Chrétien. Maintenant, ce sont des points de presse qui sont présentés à des moments très précis et où on accepte de répondre à deux questions en français et deux en anglais », indique Mme Carignan.

Une pratique apparue lors de la prise au pouvoir du gouvernement Harper et qui est de plus en plus empruntée par différents gouvernements, précise la professeure.

Les risques de cette stratégie communicationnelle sont considérables : « On nuit au travail des journalistes en les empêchant d'assister aux événements. On leur envoie plutôt un communiqué de presse avec des photos ou une vidéo professionnelle qui avantage le politicien », explique-t-elle. « On peut se demander si c'est un système qui permet une pleine démocratie parce qu'on oublie que les journalistes ont le devoir d'être impartiaux et de publier de l'information qu'ils jugent d'intérêt public. »

Selon Mme Carignan, le danger ultime est d'avoir une vision des choses qui est complètement aseptisée et contrôlé par le politique. « On perd le contre-pouvoir que les médias avaient en filtrant l'information d'intérêt pour le citoyen. Cette information est primordiale pour permettre aux citoyens de faire des jugements éclairés et de pouvoir ainsi exercer leur devoir de citoyen quand vient le temps de voter.

Les pistes de solution

Il est du devoir des journalistes de déplorer cette pratique, affirme Mme Carignan. « Certains journalistes ont refusé de publier des vidéos, des photos, des communiqués de presse envoyés directement par les gouvernements. Mais la concurrence entre en ligne de compte. Nous sommes dans un système médiatique qui est convergent, concurrent, on cherche l'exclusivité, on veut des images, donc ça vient difficile d'appliquer cette pression auprès des gouvernements», explique-t-elle.

La professeure est d'avis que la meilleure solution serait de resserrer les lois, d'en parler et de faire prendre conscience au public des risques de restreindre la liberté de presse. "Il va certainement falloir un jour trouver un consensus entre les journalistes pour exiger certaines informations de la part des gouvernements, et ce, malgré le contexte de concurrence», a-t-elle conclu.

 


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