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Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 22 avril 2013

Ensemble, on est plus forts



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La phrase peut avoir ce petit air emprunté, cliché même. Pour dire vrai, j'ai emprunté (et modifié...) la phrase au monde coopératif. On y dit souvent que tout seul, on va plus vite, mais, ensemble, on va plus loin.

Il faut cependant savoir que si la phrase n'est pas accompagnée d'un geste, d'une volonté, d'une série d'actions, elle devient, effectivement, un cliché.

Ensemble, disais-je donc, on est plus forts.

Boston. La fin d'un marathon. L'événement est festif. Et reconnu comme tel sur la planète des coureurs.

Courir un marathon est déjà un exploit. Cet accomplissement survient après des heures de pratique, d'entraînement, de surpassement personnel. Généralement, l'entourage immédiat du coureur est concerné tant l'effort et l'investissement en temps est important pour assurer la réussite du défi.

C'est donc par centaines que les proches se massent au fil d'arrivée pour accueillir leur champion. Dans un marathon, gagner, c'est terminer la course! D'ailleurs, et à moins que vous ne soyez un témoin très attentionné de la chose, vous ne pourrez pas (pas plus que moi, d'ailleurs) nommer le gagnant des derniers marathons...

Au fil d'arrivée, les proches sont là, présents. Ils viennent dire à leur papa, leur maman, leur conjoint, leur sœur, leur frère qu'ils sont fiers d'eux. Pour la plupart, la course est aussi une occasion de petite escapade en famille. Une façon de se payer du bon temps. De décrocher. De visiter une ville au cachet spécial. C'est tout ça, un marathon.

C'est cette idée qui me trotte dans la tête depuis cette explosion qui a marqué la fin du marathon de Boston 2013.

Déjà, d'ailleurs, tout a été dit. Des spéculations les plus folles aux faits très précis, beaucoup de temps d'antenne, de commentaires dans les médias sociaux et de pages de journaux ont été écrits. Les radios et télés étaient sur place. Plusieurs théories ont été énoncées, à tort ou à raison. Je n'irai donc pas sur ce terrain dont la virginité est déjà labourée bien assez largement... Trop, probablement.

Ce qui me trouble, c'est la motivation du geste et cette façon de viser avec tellement de justesse une cible qui déroutent tant de personnes. Les bombes étaient artisanales, certes, mais le geste était calculé de façon professionnelle. Un calcul précis comme le geste d'un chirurgien. L'objectif ultime n'était pas de tuer ou blesser quelqu'un. L'objectif, c'était de semer la peur. L'insécurité.

Ultimement, il fallait que le geste ébranle des millions de personnes. C'est fait.

Dans nos sociétés où le chacun-pour-soi a pris une place dominante, le terreau est plus fertile à la déstabilisation. Intimider un groupe est beaucoup plus difficile que d'intimider une personne isolée. Et quand la personne est isolée, on peut travailler sur son cas patiemment, avec une cruauté grandissante.

C'est pareil pour nos sociétés. Quand le point commun qui nous unit est la consommation, on a un problème. Quand la réussite et la performance individuelle deviennent les grands standards reconnus, forcément, on se replie sur soi pour atteindre nos objectifs. Et on oublie la collectivité.

Dans un modèle de société où, dit-on, « on a tout », il manque l'essentiel : la vie en société. Un projet de société qui la rendrait plus juste et équitable.

Et ne faisons pas l'erreur de tout mettre sur le dos des islamistes.

Visons plutôt les intégristes. Tous les intégristes. Il n'y a jamais eu autant de sectes religieuses, de mouvements parallèles, de groupuscules violents et de doctrines improvisées que maintenant.

Le point en commun qui unit tous ces groupes? Cette volonté de semer la peur pour, éventuellement, regrouper le plus grand nombre dans son giron. Pour plusieurs personnes qui ne retrouvent plus de repères solides, il peut sembler plus sécuritaire d'être du côté de l'agresseur, qui sait où il va, que de l'agressé, qui cherche des alliés dans sa déroute.

Pourtant...

Si, au lieu de se fier à un sauveur ou à un quelconque possesseur de vérité, on mettait de l'avant des valeurs simples comme l'équité, la solidarité et l'entraide, on parviendrait à réparer un tissu social qui s'effrite de plus en plus. Ce sont des valeurs simples, mais qui nécessitent un ajustement majeur en ce qui a trait à nos comportements actuels.

Vous me direz que je rêve, je sais bien... Pas tant, en fait. Quand je vois la multitude des gestes qui sont posés, ici et là, par des individus qui voient bien qu'il faut sortir de nos chaumières pour s'entraider un peu, je me dis qu'iy a de l'espoir.

J'imagine un projet de société rassembleur. Le genre de projet qui provoquerait un mouvement assez fort qu'il serait difficile d'ébranler les citoyens par des gestes isolés.

Clin d'oeil de la semaine

Les marathoniens ne courent pas pour devenir célèbres, ni pour le gagner à tout prix. Les frères Tsarnaev sont devenus célèbres en courant à leur perte.


Genevieve Hébert, députée de Saint-Francois
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