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CHRONIQUEURS /
Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 22 juillet 2013

Lac-Mégantic : du rêve à la réalité



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La chronique est plus longue qu'à l'habitude. Il s'agit d'une réflexion complète en lien avec la tragédie de Lac-Mégantic. En fait, c'est l'intégral du texte préparé pour un marathon de conférences tenu le 21 juillet à Sherbrooke pour venir en aide aux sinistrés de Lac-Mégantic.

Bonne lecture!

Ce matin-là, tout était beau. Samedi matin. J'ai entendu lentement le chat monter dans l'escalier. Nonchalamment, je dirais. Comme chaque matin, et comme s'il savait lire l'heure, il venait me dire que c'était l'heure de partir ça, cette journée-là! Je suis descendu et j'ai parti ça, cette journée-là.

Je viens de vous décrire ma vie ce matin-là. Mon chez-nous. Mon petit monde. Ma bulle, quoi! Vous avez la vôtre. J'ai la mienne.

C'est le rêve ultime de notre système : confort au foyer, possession d'avoirs toujours plus luxueux, besoins qui sont devenus des caprices. Bref, le bonheur, tel que véhiculé à grand renfort de publicité. Il suffit de repenser au nombre de fois où vous avez entendu quelqu'un qui voulait vous vendre quelque chose dire : dans le confort de votre foyer!

Ce samedi-là, la bulle était confortable. Un petit matin un peu triste, gris, comme le printemps l'a été. Mais bon, je pourrai toujours me plaindre du temps qu'il fait sur Facebook dans le confort de mon foyer et comme si c'était utile de le faire...

Et c'est en prenant la première gorgée d'un café au lait que j'ai vu. Que j'ai lu. Que j'ai entendu.

Le train a sauté à Lac-Mégantic. Tout s'écroule, il me semble. Au fil des dépêches, des photos sur Facebook, des liens véhiculés par Twitter, tout prend une allure apocalyptique.

Comme vous, j'ai ressenti quelque chose de grand. Trop grand. Comme une secousse en dedans.

Et pourtant, ce n'est pas comme si les catastrophes nous étaient cachées! On en voit tous les jours à la télé, sur le Web, dans les journaux. Des morts en direct, souvent! Quand j'étais plus jeune, Yvon Deschamps disait, parlant des médias : « On veut pas le sawère, on veut le wère! » Et il s'empressait de parodier le fait que les télés américaines sont sur place quelques minutes avant l'événement! Ce n'est plus de la parodie, de nos jours. On y est en direct. Vraiment!

Malgré tout ce direct, et malgré que nous soyons immunisés à force de consommer des images de terreur, je me sentais bizarre par rapport à cet événement incroyable.

Et je me suis demandé pourquoi ça me touchait tant. Je n'ai pas de famille à Lac-Mégantic. J'ai des amis qui sont originaires de là, mais je les ai connus ailleurs et je sais qu'ils y sont encore... Ce n'est pas la proximité familiale ou amicale. Restent mes collègues de la Coopérative funéraire du Granit, mais j'ai su très vite qu'ils étaient tous sains et saufs.

Mais qu'est-ce qui me troublait tant?

Et qu'est-ce qui me trouble toujours?

Qu'est-ce qui fait que l'événement rassemble des gens, un dimanche après-midi, quelques semaines plus tard, juste pour en jaser? Qu'est-ce qu'il y a, là-dedans, pour convaincre Noémie Verhoef de vouloir organiser un marathon de conférences sur le sujet?

Qu'est-ce qui fait que, comme vous, probablement, j'ai ressenti toutes sortes de sentiments très forts en lien avec cet événement?

La surprise, la colère, l'angoisse, la peine, l'incompréhension, l'amertume, le ressentiment... Et presque un goût de vengeance!

La surprise de constater que ça pouvait arriver. Souvent, je me suis dit que les normes étaient trop sévères dans bien des éléments de nos vies. Qu'au fond, une explosion comme celle-là, c'était juste dans les films. Tous ces films, en fait, dans lesquels le héros sort tout le monde des flammes, tassant le train d'une main et tenant une petite fille dans l'autre, son petit doigt agrippant fébrilement le toutou de la petite fille qu'il a aussi réussi à sauver. J'en suis à me demander si tous ces films qui finissent toujours bien ne viennent pas nous dire, finalement, que les catastrophes peuvent toujours être évitées... Comme dans les jeux vidéo où on a plusieurs vies.

L'incompréhension et la colère quand j'ai su, au fil des heures, qu'il n'y avait pas de personnel à bord du train. Que le moteur devait absolument fonctionner pour que le train n'avance pas et que le train avançait quand le moteur était éteint.

Il me semble que pour ma voiture, c'est pas mal le contraire...

C'est qui le cave, dirait l'autre...

Colère de voir que la MMA (cette compagnie ferroviaire douteuse) tenait tout le monde pour coupable. Tout le monde, sauf elle-même... Et quand je dis tout le monde, c'est vraiment tout le monde! À un moment donné, je me suis demandé si le président n'allait pas m'accuser de quelque chose tellement il tirait partout.

Cette colère s'est transformée en amertume. Une amertume qui s'est même appliquée à certains médias qui ont tout fait pour que la larme du survivant crève l'écran. Le mode information continue a du bon, mais il implique aussi qu'il y a beaucoup de temps d'antenne à remplir...

Et la peine. Un peu surprenante, honnêtement. Des morts et des familles décimées, on nous en présente beaucoup en une semaine, aux informations. Pourquoi cette peine, cette fois-là? Juste parce que c'est proche de nous? Ça ne peut pas être que ça, j'en suis persuadé.

Aujourd'hui, je n'irai pas dans le sens de proposer une analyse de ce qui est arrivé. L'enquête le dira.

Je vous propose simplement ma réflexion. Réflexion qui se poursuit depuis l'explosion. Et qui a, je crois, le mérite d'avoir mûri un brin. Quelqu'un me disait, cette semaine, comme pour tenter une explication : « C'est pas une catastrophe naturelle comme au Saguenay, tu sais! » Ouin, bon... Catastrophe naturelle au Saguenay. C'est sur le mot « naturelle » que j'accroche. Les pluies diluviennes ont fait en sorte que la rivière qu'on avait détournée a repris ses droits et son lit initial... Alors, disons que ça colore le mot naturel! Mais, effectivement, ce n'est pas une catastrophe naturelle et accuser quelqu'un ne diminue pas la colère et l'amertume.

Ce qui me dérange prend plusieurs visages. Plusieurs formes. Mais tous ces visages, toutes ces formes, se retrouvent sous un grand thème : le grand déraillement. Celui du train, certes, mais le grand déraillement de notre modèle sociopolitique et économique.

Je m'explique.

Un auditeur de Radio-Canada servait un avertissement dans le cadre d'une ligne ouverte radiophonique sur l'heure du midi : « Attention, disait-il, ne condamnez pas le président de la MMA trop vite. Après tout, c'est un self-made-man! »

Ben oui, comme si c'était un argument. Ou une défense potentielle!

Notre système économique mise sur la performance. Uniquement sur la performance. L'équation est simple : le pourcentage de profit supplémentaire aux prévisions est la seule donnée qui compte. L'actionnaire en veut plus. Toujours plus. Si la compagnie avait prévu faire 12% de profit et qu'elle en fait 11%, elle coupera dans les dépenses, prétextant qu'elle perd de l'argent. On ne vit que pour la fin du prochain trimestre. Point. Et on cherche, par tous les moyens à faire plus d'argent. On automatise les procédés, on diminue l'entretien, on se déleste des responsabilités qui devraient nous incomber, on fait des pressions sur les gouvernements pour assouplir les normes.

Et tout ça se fait sur le dos du sacro-saint modèle financier entrepreneurial. Sans que l'on ne s'en aperçoive trop. Jusqu'au jour où tout déraille.

Par exemple...

Je deviens, l'espace d'un moment, propriétaire d'une compagnie ferroviaire. Je vise le profit. C'est normal. Pour maximiser celui-ci, je n'entretiens les rails que lorsque ceux-ci sont vraiment hors d'état. Je diminue aussi les ressources humaines à bord du train. Pour obtenir les permissions nécessaires à ces actions, je fais du lobby auprès des instances gouvernementales pour obtenir un assouplissement des normes. Je réussis à obtenir qu'un seul employé pour 80 wagons, c'est bien assez! Je les convaincs aussi que de très vieux wagons-citernes sont encore très bons. Je leur dis aussi que la dynamique de mes trains fait en sorte que je peux laisser les moteurs tourner pendant des heures, à l'arrêt, sans personne dedans, et que c'est correct ainsi. Je plaide la santé financière de mon entreprise. Je sais que le gouvernement croit à l'autorégulation des marchés et des entreprises. C'est du bonbon!

Quand un incident survient, je limite ma responsabilité en disant que je suivais les normes.

Je caricature, vous vous dites?

Pas tant, malheureusement...

Et c'est comme ça un peu partout.

Le problème n'est pas dans le train. Le problème est ailleurs.

Le train est et demeure une des meilleures solutions de transport de marchandises et de personnes. On a même commis l'erreur de détruire trop de rails pour en faire, entre autres, des pistes cyclables. On a remplacé le tout par des milliers de camions qui sillonnent les routes. Pourquoi on a fait ça? La performance à tout prix! Il faut être en mode just in time pour que la performance des entreprises soit maximisée.

Ma réflexion m'amène à un changement culturel du modèle économique et sociopolitique.

L'économique et le politique marchent main dans la main. Et ils s'aiment beaucoup. Comme dans l'expression l'amour rend aveugle. Il est temps qu'on fasse clairement la distinction entre le bien personnel et le bien public. Il est temps de faire en sorte que le politique soit le gardien de ce qui est le bien public.

Au nom du développement économique, on accepte que des minières ne réparent pas leurs trous après avoir exploité la richesse naturelle. On accepte aussi, dans le même ordre d'idée, que les compagnies ferroviaires dictent les façons de faire sur leurs rails.

Cet après-midi, nous sommes en gare. Et nous avons un train à prendre. Pour moi, il est temps de revoir nos repères.

Lac-Mégantic a perdu les siens. Ils sont à panser leurs blessures. Ils devront rebâtir leurs repères. La devise adoptée pour l'axe de développement de leur communauté, il y quelques années, était porteuse de cet espoir, de cette image où tout était possible. Elle faisait le lien entre le ferroviaire, qui a été au coeur de la naissance de la ville et l'observatoire du mont Mégantic qu'on voit bien, du bord du lac. Ils avaient choisi la devise suivante : « De la voie ferrée à la Voie lactée » Imaginez la triste ironie.

Faut-il changer la devise?

Non!

Il faut changer nos manières. Refaire nos repères.

Les repères, c'est ce qui nous permet de savoir si on est sur la bonne voie. C'est ce qui nous guide. C'est ce qui aiguise nos réflexes. Parmi mes repères, il y a les principes coopératifs et les valeurs coopératives.

Une de ces valeurs parle de la responsabilité personnelle et mutuelle.

La responsabilité. Celle qui manque cruellement. On a fait une charte des droits et libertés. C'est bien. Mais il faut comprendre qu'en société, on a des droits et libertés dans la mesure où on a aussi des devoirs et responsabilités.

Même chose du côté des entreprises.

C'est là que le politique doit intervenir. Parce que laisser aux entreprises et industries le soin de s'autoréguler, dans un contexte où seule la performance économique compte, c'est de l'utopie. Dixit Stéphane Laporte : « demander aux entreprises de faire eux-mêmes les règles de sécurité, c'est comme demander aux Bruins de Boston d'arbitrer eux-mêmes leurs matchs ». J'ajouterais : c'est aussi utopique que de croire que Séraphin Poudrier va finir par comprendre tout seul et ne prêtera plus d'argent à haut taux d'intérêt...

J'ajouterai cette citation de Laurent Paquin : « La première chose qu'il faut nationaliser, c'est le gouvernement. Ça a pas d'allure que ça appartienne au privé, cette affaire-là! »

Nous sommes en gare. On a un train à prendre.

Il nous appartient de nous impliquer, chacun à notre façon, pour qu'on fasse de la politique autrement. Je ne dis pas à virons à gauche toute. Non. Je ne crois pas aux changements radicaux en quelques minutes de discours.

Culturellement, nous sommes pas mal au centre. Avec une tendance à droite ces dernières années. Il faut corriger cela. Avec le grand déraillement de notre système, le feu est au rouge. Politiquement, on devrait interdire le virage à droite au feu rouge...

Je sers aussi cet avis aux politiciens. Ne me dites pas : « je vais faire de la politique autrement ». Faites de la politique autrement.

Avec les ponts qui nous sont tombés sur la tête, la commission Charbonneau (qui n'était pas si inutile que cela, M. Charest, non?), les discours ne nous convainquent plus.

Mais je nous sers l'avis suivant : le changement n'arrivera pas par en haut. En haut, ils baignent encore dans la culture de la réélection à tout prix. Le changement arrivera de notre implication. Le changement viendra de notre effort à sortir de notre bulle pour travailler au bien collectif.

Je suis et je demeure touché par la catastrophe qui touche Lac-Mégantic.

Pour eux, pour vous, pour moi, pour mes et nos enfants, il est impératif qu'on réalise qu'un grand déraillement est survenu. Mais pas juste au coeur de Lac-Mégantic.

Je parlais des valeurs qui doivent être un repère.

La plus belle est probablement la solidarité. Celle qui fait que, lorsque la catastrophe est trop grosse, on a le réflexe de sortir de notre bulle et de s'impliquer. On l'avait un peu oubliée, cette valeur-là.

La solidarité, on a pris plaisir à la regarder à la télé quand on a cru que Chantal Lacroix avait accouché d'un concept extraordinaire avec sa télé-réalité Donnez au suivant. Bien assis, dans le confort de notre foyer, on trouvait ça donc beau! Elle ne faisait pourtant que mettre à l'écran des actions que nos grands-parents faisaient naturellement, sans caméras, dès qu'un événement survenait dans leur communauté.

Dans le train-train quotidien, on a laissé passer le train qui est devenu un train d'enfer il y a quelques semaines.

Lac-Mégantic a bâti tous ses rêves sur le chemin de fer. La réalité frappe dur. Très dur.

La seule consolation que je peux voir, c'est celle-ci : les rails ont été détruits lors de l'explosion. Nous avons l'occasion de reconstruire tout cela de façon beaucoup plus durable. De se remettre, collectivement, sur les rails.


Genevieve Hébert, députée de Saint-Francois
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