Société Arts & culture Sports Chroniqueurs Concours Annonces Classées

  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Jamais. Et autres mots adaptatifs

 Imprimer   Envoyer 
François Fouquet Par François Fouquet
Lundi 23 novembre 2020

Fred Pellerin propose de multiples torsions des sens et des mots, sourire en coin. Lors d'une de ses prestations, il disait quelque chose comme : « elle s'est dit, plus jamais! » Il ajoutait : « dans mon village, ça, jamais, ça dure 20 minutes... »

Le cadre et la forme portent à rire. Dans un cadre différent, des fois, c'est moins drôle.

Le gouvernement de Jean Charest, à l'époque, avait adopté une loi interdisant les déficits budgétaires annuels. Solennellement, il affirmait que, grâce à cette loi, plus jamais nous ne vivrions plus de déficit au Québec.

Ça a duré 20 minutes.

J'exagère. Un peu plus quand même. Quelques années, en fait. Le temps d'inventer d'autres mots ou expressions qui viennent enrober de sucre une pilule pourtant amère. Du genre : comptabilité créative. Celle qui vient déguiser un déficit en dépense reportée ou je ne sais trop quelle autre magouille ou vue de l'esprit.

Les mots qui anesthésient 

C'est à peu près à la même époque que la notion de développement durable est née. Je veux dire que l'expression développement durable a été intégrée aux grands projets. Je me souviens même d'une déclaration d'un ministre (j'oublie lequel), qui affirmait qu'il fallait bien comprendre que dans l'ordre, c'est le mot développement, puis durable. Qu'il ne fallait pas oublier cela! Ah, et que son gouvernement allait agir de façon responsable!

Responsable. J'y reviens plus tard.

La traduction de développement durable est peut-être erronée, déjà, à la case départ. En anglais, on parle de « sustainable development ». Je me dis qu'on aurait dû dire « développement soutenable ». C'est plus engageant, il me semble.

Rappelez-vous que le même gouvernement collait le même mot durable à l'extraction des gaz de schiste! Est-ce qu'il est « soutenable » pour l'environnement de développer de tels gaz? Peut-être pas tant! On dirait que l'étiquette durable arrive à coller sur tout, si tant est qu'on ait de bonnes équipes de communication.

Les mêmes équipes de communication qui ont appliqué le mot responsable à tout ce qui bouge parce que, c'est documenté (!), le mot fait du bien au citoyen qui a le goût de dire qu'il agit de façon responsable, mais sans changer quoi que ce soit de son quotidien duveteux.

Faites le test : un simple bout de papier et un crayon sont nécessaires. Sur le bout de papier, faites trois colonnes. La première avec le nom du projet dont le politicien parle. La deuxième colonne, écrivez simplement le mot "responsable" et, dans la troisième écrivez les mots « décisions courageuses et difficiles ».   

Écoutez ensuite l'entrevue du politicien et notez simplement le nombre de fois qu'il utilise les mots de la deuxième et troisième colonne. Assurez-vous de voir le point de presse au complet. C'est frappant!

Ensuite, si vous conservez et comparez les bouts de papier, vous allez réaliser que moins le projet est solide, plus les mots ou expressions « responsables » et « décisions difficiles et courageuses » sont utilisés.

La communication, au sens public du terme, est devenue une science. Une science aidée par les algorithmes et les sondages qui viennent mesurer la sensibilité des citoyens par rapport à certains termes qui rassurent, qui procurent un sentiment de réconfort et qui font qu'on peut dire qu'on agit de façon responsable en répétant toujours les gestes qui ont affaibli notre environnement, par exemple.

Je me disais tout ça cette semaine lors de l'annonce officielle de la loi qui viendra interdire les véhicules uniquement à essence en 2035. Mes lectures des deux ou trois dernières années démontrent que la majorité des constructeurs de voitures ont déjà annoncé que leur flotte sera électrique ou hybride avant 2030. Le projet annonce-t-il vraiment une révolution? Pas tant. Mais il est annoncé comme tel.

Notre époque est marquée par l'arrivée de deux outils majeurs à propos des mots : la polisseuse et la rectifieuse.

Tous ces mots qui ont été polis pour que, par exemple, une personne aveugle soit maintenant non-voyante, et la rectifieuse qui vient crochir le sens premier des mots pour en favoriser l'ingestion.

« Encore des mots, toujours des mots », chantait Dalida, qui cherchait désespérément l'engagement sentimental derrière la pluie de compliments du mec qui la courtisait...

 

Clin d'œil de la semaine

« M. Gérard entre ce matin dans un processus d'induction entrepreneurial intensif. »   Dit autrement, il est en entraînement chez son nouvel employeur.



  A LIRE AUSSI ...

Le soleil brille pourtant partout

Lundi 2 mars 2026
Le soleil brille pourtant partout
Outil ultime : le coup de baguette magique

Lundi 16 mars 2026
Outil ultime : le coup de baguette magique
Nous vivons dans un paradoxe social existentiel assez spectaculaire

Lundi 23 mars 2026
Nous vivons dans un paradoxe social existentiel assez spectaculaire
NOS RECOMMANDATIONS
La Semaine arc-en-ciel de retour à l’Université pour une 6e édition

Vendredi 20 mars 2026
La Semaine arc-en-ciel de retour à l’Université pour une 6e édition
Voies de fait contre des agents : arrestation à Sherbrooke

Mardi 24 mars 2026
Voies de fait contre des agents : arrestation à Sherbrooke
Une nouvelle boutique à découvrir à Coaticook

Mardi 24 mars 2026
Une nouvelle boutique à découvrir à Coaticook
PLUS... | CONSULTEZ LA SECTION COMPLÈTE...

 
Fin de saison et séries : week-end décisif pour le hockey en Estrie Par Martin Bossé Vendredi, 20 mars 2026
Fin de saison et séries : week-end décisif pour le hockey en Estrie
Bob Rae à l’Université Bishop’s pour la conférence Donald Par Martin Bossé Jeudi, 19 mars 2026
Bob Rae à l’Université Bishop’s pour la conférence Donald
Alcool au volant : série d’arrestations à Sherbrooke Par Martin Bossé Lundi, 23 mars 2026
Alcool au volant : série d’arrestations à Sherbrooke
Budget du Québec : déception à Sherbrooke Par Martin Bossé Jeudi, 19 mars 2026
Budget du Québec : déception à Sherbrooke
La Semaine arc-en-ciel de retour à l’Université pour une 6e édition Par Martin Bossé Vendredi, 20 mars 2026
La Semaine arc-en-ciel de retour à l’Université pour une 6e édition
Nous vivons dans un paradoxe social existentiel assez spectaculaire Par François Fouquet Lundi, 23 mars 2026
Nous vivons dans un paradoxe social existentiel assez spectaculaire
ACHETEZ EstriePlus.com
bannières | concours | répertoire web | publireportage | texte de référencement | site web | vidéos | chroniqueur vedette
2026 © EstriePlus.com, tous droits réservés | Contactez-nous