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Deux mots à vous dire
François Fouquet Par François Fouquet

Lundi, 28 août 2017

L’image et les mots qu’elle vaut


Une image vaut mille mots

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On ne franchit une frontière que parce que ce que l’on vit est intenable. Qu’on carbure au désespoir.

Je vous raconte une fin de journée : «L'astre solaire avait occupé le ciel toute la journée sans défaillir. Au moment de tirer sa révérence, tout doucement, vers l'ouest, il a cru bon diminuer son intensité, comme s'il fermait doucement les yeux. À travers les quelques nuages effilochés et qui lui servent d'oreiller, le soleil émet maintenant des tons de jaune orangé, de rouge flamboyant. L'oreiller nuageux filtre ces jets de lumière en mauve et rose qui laissent sans voix...»

Bon. Dans le cas d'un coucher de soleil, une image bien photographiée vaut probablement mille mots, finalement. Quoique...

L'image n'est qu'une image. Et ce qu'elle représente changera en passant par le filtre de l'interprétation de chacun.

Ainsi, « les amoureux fous faisant l'amour tout habillés » (image verbale de Beau Dommage...) et baignés par la lumière oblique et feutrée du soleil couchant y verront une poésie grandiose à vous marquer le souvenir au fer rouge! Mais le même coucher de soleil dans l'œil du motocycliste qui fait Québec-Montréal sur la 20 risque de ne pas éveiller les mêmes émotions. Le danger prend la place de la poésie et il ne reste qu'à souhaiter que l'astre disparaisse avant le désastre.

Même image, pourtant...

L'image et les mots

Sur le fil des médias sociaux, j'ai vu cette photo, cette semaine : un vieillard mendiant et visiblement sans abri est assis. On lui fait dire ceci : « Je suis né ici légalement et je n'ai pas d'argent alors que les immigrants, eux, reçoivent des millions... »

Hey, lala. Populisme, quand tu nous tiens...

À croire que ces immigrants se couchent le soir en se tapant sur les cuisses et en se disant « Bordel qu'on les a bien eus! L'argent entre à pleine porte! » Pourtant, on ne franchit une frontière que parce que ce que l'on vit est intenable. Qu'on carbure au désespoir. Que le mode survie, qui est un réflexe inné, nous pousse à bouger, à abandonner le peu qu'on a en se disant que le meilleur arrivera peut-être.

Et vous savez quoi? Les mêmes populistes vont varger à deux mains sur les incapables d'itinérants nés ici et pas foutus de se prendre en main quand on parlera d'augmenter les prestations de l'aide sociale. Et, comble, on les comparera à des immigrants partis de rien et propriétaires de dépanneurs maintenant...

L'immigration illégale (ou irrégulière pour être politiquement correct), c'est un enjeu de société qui dépasse nos frontières. Les itinérants, la pauvreté en général, la solitude dans nos sociétés dites favorisées, voilà aussi des enjeux de société qu'il faut tenir en compte.

Mais mettre un enjeu en opposition à un autre ne règle, ni l'un ni l'autre.

Le gouvernement fédéral a mal agi dans les messages qu'il a laissé voyager à l'étranger. Plusieurs ont été pris au jeu, j'en suis convaincu. Les choses se clarifient et on sait maintenant que plus de 60% de ces demandeurs seront à nouveau déplacés. Réjouissant? Pas du tout. On se réjouira quand on sentira que leurs pas sont animés par un espoir réel.

Mais le moins qu'on puisse faire, comme citoyen, c'est de ne pas se fier à une image et deux trois mots qui passent entre deux photos de repas au resto sur le fil Facebook. Et plutôt que d'attendre que les explications viennent, on pourrait aussi être un peu actif et lire les mots de gens différents sur un sujet de société avant de se faire une tête.

Imaginez! On peut tout faire ça dans le grand confort de notre foyer de gens chanceux d'être nés ici plutôt qu'ailleurs et dans un contexte qui fait qu'on doit surveiller son poids tellement on en a mangé...

Clin d'œil de la semaine

Mille mots, ce n'est pas tant. Vous venez d'en lire 677...


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